Assange graffiti in London, UK – 19 Feb 2024
A person walks by a graffiti depicting Julian Assange on Leake Street. A graffiti is seen at Leake Street, the famous graffiti tunnel in central London, painted by street artist Dave Paint, depicting Julian Assange, who is due for the final hearing at Royal Court of Justice in London on 20th Feb 2024 regarding on the decision to be extradited to US for the charges of exposing the diplomatic and military policy in the Afghan and Iraq wars through WikiLeaks. - Hesther Ng / SOPA Images//SOPAIMAGES_sopa.0070/Credit:SOPA Images/SIPA/2402200837

Extradition de Julian Assange : les sénateurs communistes réitèrent leur soutien au fondateur de WikiLeaks

Dès demain, la Haute-Cour de Londres scellera le sort du célèbre lanceur d'alerte australien. Deux ans après avoir rendu une ordonnance d'extradition vers les Etats-Unis, le tribunal décidera mercredi 21 février de sa conformité. Alors qu'il risque la prison à vie pour espionnage, Julian Assange avait fait appel de cette décision en 2022. Affaibli, le fondateur de WikiLeaks ne participera pas à l'audience de ce mardi.
Rédaction Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

A partir de ce mardi, la justice britannique aura deux jours pour trancher sur l’extradition de l’Australien Julian Assange vers les Etats-Unis. Outre-Atlantique, il risque jusqu’à 175 ans de prison pour avoir divulgué près de 700 000 documents confidentiels sur les activités militaires et diplomatiques américaines. Cette audience a lieu alors que le fondateur de WikiLeaks avait fait appel contre la décision judiciaire d’autorisation de son extradition, acceptée par le gouvernement britannique en 2022. Depuis avril 2019, Julian Assange est détenu dans la prison de Belmarsh, à Londres. Il avait été arrêté par les autorités britanniques après s’être réfugié pendant sept ans au sein de l’ambassade d’Equateur au Royaume-Uni. Dans le monde entier, plusieurs groupes de soutien plaident pour sa libération. Au Sénat, les élus communistes appellent le gouvernement français à lui proposer l’asile.

Un état de santé qui suscite l’inquiétude

En janvier 2021, la juge britannique Vanessa Baraitser avait déjà rejeté la demande d’extradition de Julian Assange, invoquant le risque de suicide, mis en avant par sa défense. Mais la Haute Cour de Justice avait finalement annulé cette décision. Cette année-là, les Etats-Unis avaient tenté de rassurer le gouvernement britannique sur les conditions de détention prévues pour l’accusé. Le pays s’est notamment engagé à lui prodiguer les soins cliniques nécessaires et à ne pas l’incarcérer dans la prison de très haute sécurité ADX de Florence (Colorado).

Des garanties jugées insuffisantes pour la famille Assange et ses soutiens. Dans un communiqué publié le 6 février 2024, la Rapporteure spéciale de l’ONU sur la torture, Alice Jill Edwards, avait également exhorté le Royaume-Uni à suspendre l’extradition de Julian Assange, mettant en garde sur le risque élevé de suicide. Stella Assange, son épouse, a indiqué il y a quelques jours craindre qu’il « ne survive pas » à son extradition. Comme une preuve supplémentaire, son mari n’assistera pas à l’audience de ce mardi car « il ne se sent pas bien », selon son avocat Edward Fitzgerald. Le sénateur communiste Eric Bocquet, lui, dénonce la « véritable traque subie par cet homme de 52 ans, qui est pourchassé comme un criminel ».

Aujourd’hui, les Etats-Unis reprochent au hacker australien d’avoir publié des centaines de milliers de documents classés secret-défense sur le site internet WikiLeaks à partir de 2010. Eric Bocquet rappelle que Julian Assange a permis de « révéler des crimes de guerre reconnus par la communauté internationale ». Parmi les documents, une vidéo datant de 2007 montrait notamment le meurtre de civils, dont deux journalistes, perpétré par l’armée de l’air américaine. Le sénateur du Nord qualifie la peine encourue de « délirante » alors que le lanceur d’alerte aurait agi en « citoyen responsable et en faveur des droits de l’homme ».

Lui offrir l’asile en France

« Depuis 13 ans, un innocent est en prison. Son seul forfait ? Avoir dévoilé des vérités dérangeantes pour les Etats-Unis », a réagi le sénateur communiste Ian Brossat. Fin 2023, des élus du groupe CRCE avaient rencontré le père de Julian Assange pour lui témoigner leur soutien.

De son côté, le sénateur Eric Bocquet avait déjà interpellé le gouvernement fin 2021 rappelant que les révélations de Julian Assange avaient permis de découvrir que trois présidents français (Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande) avaient été placés sur écoute téléphonique par les Américains.

Aujourd’hui, les élus communistes plaident notamment pour que la France accorde le droit d’asile au fondateur de WikiLeaks. Si le tribunal britannique venait à confirmer l’extradition de Julian Assange, « il faudra donner une suite au niveau politique et pourquoi pas réinitier une proposition d’asile et d’accueil sur notre territoire », indique Eric Bocquet. Ian Brossat, lui, souligne qu’il « est grand temps que la France agisse pour sa libération. Pour lui, et pour la liberté de la presse ». A ce jour, l’Australien n’a déposé aucune demande d’asile en France.

Ian Brossat appelle donc le Royaume-Uni à « affirmer sa souveraineté », au risque d’envoyer le signal de son « inféodation aux Etats-Unis ». Si le recours déposé par Julian Assange venait à être refusé par la justice britannique, sa dernière option resterait de saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Dans une interview accordée aujourd’hui à France Culture, Stella Assange partage néanmoins sa préoccupation concernant le peu de temps dont il disposera pour agir : « Le ministère de l’Intérieur [britannique, ndlr] prendra ou a déjà pris des dispositions […] pour le déplacer rapidement ».

Julian Assange était également visé par une enquête pour viol en Suède. Le parquet suédois avait finalement classé l’affaire sans suite, face à l’impossibilité de faire comparaître l’accusé, protégé par l’ambassade d’Equateur à Londres. La plaignante n’avait pas fait appel de cette décision.

Myriam Roques-Massarin

Partager cet article

Dans la même thématique

Extradition de Julian Assange : les sénateurs communistes réitèrent leur soutien au fondateur de WikiLeaks
4min

International

Guerre au Moyen-Orient : « l'Europe ne pas rester passive », alerte cet eurodéputé espagnol

L’Union européenne se maintient dans une position défensive au Moyen-Orient alors que la guerre américano-israélienne contre l’Iran s’intensifie. Donald Trump aimerait que les Européens interviennent pour rouvrir le stratégique détroit d’Ormuz, mais les 27 refusent et demandent d’abord un cessez-le-feu. La stratégie européenne au Moyen-Orient, c’est le débat de la semaine dans Ici l’Europe, émission diffusée sur France 24, LCP et sur Public Sénat, le samedi à 16h30.

Le

Extradition de Julian Assange : les sénateurs communistes réitèrent leur soutien au fondateur de WikiLeaks
4min

International

Guerre en Iran : « La question, c’est de produire plus vite » du matériel militaire, estime le sénateur Rachid Temal (PS)

Au lendemain des annonces de Sébastien Lecornu sur l’augmentation des commandes de munitions, les sénateurs Christian Cambon (LR) et Rachid Temal (PS), tous deux membres de la commission des Affaires étrangères, appellent à renforcer les capacités militaro-industrielles du pays. Alors que la France épuise rapidement ses missiles pour défendre ses alliés contre les drones iraniens, l’enjeu est de « produire plus vite » selon le socialiste.

Le

APTOPIX Lebanon Israel Iran War
8min

International

Des troupes américaines au sol déployées au Moyen-Orient ? « Ce serait une nouvelle escalade, dont il serait très difficile de redescendre »

Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran continue d’embraser le Moyen-Orient. Alternant entre volonté de négocier et avertissements rageurs, Donald Trump continue de souffler le chaud et le froid sur ses intentions quant à la suite de la guerre. Le président américain s’est de nouveau exprimé en marge du conseil des ministres ce jeudi. D’après la presse américaine, le Pentagone réfléchirait à une opération terrestre pour prendre le contrôle d’îles iraniennes dans le golfe Persique. Un épisode qui marquerait une nouvelle montée en tension dans la région.

Le