UKRAINE – KYIV – COMBINED AERIAL ATTACK
Les secours ukrainiens recherchent des victimes dans les décombres d'un immeuble, après les frappes russes sur Kiev dans la nuit de mercredi à jeudi. Credit : Kantorowicz Torres/SIPA/2508281649

Frappes sur Kiev : « C’est une manière de nous faire peur, Vladimir Poutine ne mène pas simplement une guerre contre l’Ukraine, mais contre l’Union européenne »

La capitale ukrainienne a subi d’intenses bombardements russes, dans la nuit de mercredi à jeudi, ayant fait au moins 23 morts. Des bâtiments diplomatiques de l’Union européenne et du Royaume-Uni ont été endommagés. Washington a dénoncé de “terribles attaques”.
Alexandre Poussart

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La capitale ukrainienne a subi d’intenses bombardements russes, dans la nuit de mercredi à jeudi, ayant fait au moins 23 morts. Des bâtiments diplomatiques de l’Union européenne et du Royaume-Uni ont été endommagés. Washington a dénoncé de « terribles attaques ».

598 drones et 31 missiles tirés en une nuit. Plusieurs quartiers de la capitale ukrainienne Kiev ont subi d’intenses frappes de l’armée russe, qui ont éventré des immeubles d’habitation et fait au moins 18 morts dont 4 enfants, dans la nuit de mercredi à jeudi. Des bâtiments diplomatiques de l’Union européenne et du Royaume-Uni ont également été endommagés.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déploré « un massacre de civils horrible et délibéré » : la Russie « choisit de continuer à tuer et non de mettre fin à la guerre ».

Une attaque russe contre Kiev qui intervient alors que les Etats-Unis de Donald Trump essayent tant bien que mal de concrétiser des négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine. Le Kremlin Dmitri Peskov a d’ailleurs assuré jeudi matin que la Russie restait « intéressée » par des négociations de paix avec l’Ukraine mais qu’elle continuerait de bombarder son voisin.

L’émissaire spécial de Donald Trump pour l’Ukraine Keith Kellogg Washington a réagi à « ces terribles attaques qui menacent la paix que le président des Etats-Unis cherche à obtenir », relevant que les frappes ont tué des « civils innocents ».

Emmanuel Macron a condamné « la terreur et la barbarie » de la Russie avec « ces attaques insensées d’une grande cruauté. « Soutien total au peuple ukrainien, compassion profonde pour toutes les familles endeuillées », a tweeté le président français.

« Ne nous laissons pas endormir par le discours des Russes »

« Ces frappes montrent clairement que Vladimir Poutine veut semer la terreur à Kiev, en tuant des enfants. La Russie est un Etat terroriste », martèle Christophe Grudler, eurodéputé français Modem. « Nous ne devons pas nous laisser endormir par le discours des Russes qui assurent qu’ils sont prêts à négocier. Ce qu’ils veulent c’est la reddition pure et simple de l’Ukraine et annexer un maximum de territoires. »

Pour l’eurodéputé allemand social-démocrate Tobias Cremer, « c’est le signe que Vladimir Poutine ne veut pas d’un cessez-le-feu et d’une paix durable en Ukraine, il poursuit sa stratégie : il donne des petits espoirs de paix à Donald Trump puis le lendemain il retourne à Moscou et relance les attaques contre l’Ukraine. » « Cela montre bien que Poutine se joue de Trump qui lui a permis de revenir sur la scène internationale comme un chef d’Etat fréquentable par d’autres puissances », ajoute l’ancien Premier ministre socialiste belge Elio di Rupo, qui siège désormais au Parlement européen.

L’immeuble de la délégation de l’Union européenne à Kiev « gravement endommagé »

Les bureaux de la délégation de l’Union européenne à Kiev tout comme ceux du British Council ont été « gravement endommagés » par l’onde de choc d’une frappe contre un bâtiment situé à proximité, selon les diplomates sur place, mais sans faire de victimes.

« L’UE ne se laissera pas intimider. L’agression de la Russie ne fait que renforcer notre détermination à soutenir l’Ukraine et son peuple », a réagi Antonio Costa, le président du Conseil européen.

« Si ces frappes contre des représentations diplomatiques sont volontaires, c’est très grave. Et je ne vois pas comment elles pourraient ne pas l’être, vu le niveau de précision des technologies actuelles et des drones », commente Elio di Rupo qui remarque que « ces frappes touchent les bâtiments diplomatiques de deux puissances unies, malgré le Brexit, dans la défense du territoire européen et dans le soutien à l’Ukraine ». « C’est une manière de nous faire peur », note Tobias Cremer, ancien diplomate de profession. « Cela montre bien que Vladimir Poutine ne mène pas simplement une guerre contre l’Ukraine, mais contre l’Union européenne, symbole d’un modèle de liberté et de démocratie qui peut fragiliser son régime. »

Des sanctions européennes renforcées contre la Russie

Cet épisode devrait accélérer la mise en place du 19e paquet de sanctions de l’Union européenne contre la Russie depuis son agression de l’Ukraine en février 2022. Réunis de jeudi à samedi à Copenhague, les ministres de la Défense et des Affaires étrangères des 27 Etats-membres de l’Union européenne vont discuter de nouvelles mesures à prendre pour accroître la pression sur Moscou. Le pétrole et le gaz russe mais aussi le contournement des paquets de sanctions précédents via des pays tiers devrait être au menu des discussions. « On sait très bien que Poutine se joue des sanctions européennes en les contournant via des pays comme la Géorgie et la Turquie », regrette l’ancien Premier ministre belge, dubitatif sur ce 19e paquet de sanctions contre la Russie.

L’utilisation des plus de 200 milliards d’euros d’avoirs russes gelés en Europe devrait être une nouvelle fois débattue au sein de l’Union européenne, qui pour l’instant n’utilise que les intérêts de ces avoirs, pour financer le soutien à l’Ukraine. « Le débat est encore ouvert », explique Tobias Cremer. « Certains estiment qu’il faut confisquer tout simplement ces avoirs russes et les dépenser pour financer la guerre, d’autres proposent de les placer sous une autorité tiers dans l’optique de la reconstruction de l’Ukraine. »

Sur le plan militaire, les Européens vont-ils accroître leur soutien à l’armée ukrainienne ? « Il faut autoriser les Ukrainiens à faire, avec nos armes, des frappes en profondeur dans le territoire de la Russie pour détruire ses infrastructures militaires, énergétiques, mais sans toucher de civils », estime Christophe Grudler. Pour son homologue allemand, « nous devons mettre encore plus de pression sur Poutine pour qu’il comprenne qu’il ne peut pas gagner cette guerre. »

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