Les Etats-membres de l’Union européenne ont une nouvelle fois été secoués ces derniers jours par les décisions et les déclarations de Donald Trump. C’est d’abord l’ambiguïté qui a primé dans la réaction européenne après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les forces spéciales américaines. Le président français Emmanuel Macron a salué la fin de la dictature de Nicolas Maduro avant de critiquer la méthode employée « ni soutenue ni approuvée » par la France. L’Italienne Giorgia Meloni a concédé que « l’action militaire extérieure n’était pas le moyen de mettre fin aux régimes totalitaires », tout en jugeant « légitime une intervention défensive contre les attaques hybrides à sa sécurité ». De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez était le seul à condamner fermement la violation du droit international par le locataire de la Maison Blanche. La présidente de la Commission européenne, l’Allemande Ursula von der Leyen, a elle, réagi, en rappelant que « toute solution doit respecter le droit international et la Charte des Nations Unies. » Un message finalement soutenu par tous les Etats-membres, sauf la Hongrie.
« La réponse européenne à cette capture de Maduro n’a pas été immédiatement coordonnée », juge Fabienne Keller, eurodéputée française, membre du groupe Renew au Parlement européen. « C’est un signe de la faiblesse de la diplomatie européenne face à des chancelleries nationales qui n’ont pas toutes la même analyse. Mais il faut reconnaître que les Européens se sont montrés unis dans leur réaction sur le Groenland. »
Ces derniers jours, Donald Trump a rappelé sa volonté d’annexer le Groenland, île arctique autonome mais qui appartient au Danemark et dont les habitants sont des citoyens de l’UE (lire notre article). « Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper. Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois. Parlons du Groenland dans vingt jours », a-t-il assuré dimanche, à bord d’Air Force One.
« Le Groenland appartient à son peuple », affirment les Européens
Ce mardi, à Paris, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne et le Danemark ont publié un communiqué en réponse aux menaces de Donald Trump. « Le Groenland appartient à son peuple. Il appartient au Danemark et
au Groenland, à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland. »
Les dirigeants européens rappellent que « la sécurité dans l’Arctique doit être assurée collectivement, conjointement avec les alliés de l’OTAN, y compris les États-Unis, en respectant les principes de la Charte des Nations unies, notamment la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’inviolabilité des frontières. Il s’agit là de principes universels, ils continueront « à les défendre sans relâche ».
« Les Danois apprécient ce soutien des Européens sur le Groenland depuis que Trump menace d’en prendre le contrôle, juste après sa réélection. Emmanuel Macron s’est par exemple rendu sur place en juin dernier et cela a été très bien vu », rappelle Tore Keller, correspondant pour le quotidien danois Dagbladet Information. « Le Danemark vit la plus grande crise de politique étrangère de son histoire depuis la Seconde Guerre mondiale. Les Groenlandais sont très inquiets d’une éventuelle annexion américaine. »
« Il faut que les principaux dirigeants européens se déplacent ensemble au Groenland pour envoyer de nouveau ce message à Donald Trump : le Groenland fait partie du Danemark et donc de l’Europe », estime Fabienne Keller.
Certains eurodéputés prônent plus de fermeté dans la réponse européenne à Donald Trump. Raphaël Glucksmann propose ainsi d’installer durablement une base militaire européenne au Groenland, alors que les Américains disposent de la base de Pituffik, à l’ouest de l’île, avec 150 hommes. « Quels Etats européens voudront y envoyer des troupes ? », s’interroge Christophe Gomart, eurodéputé français du Parti populaire européen, et ancien Directeur du renseignement militaire. « Je ne suis pas certain que cela fonctionne. Et puis il faut attendre que le Danemark nous fasse une demande d’aide militaire. » « L’envoi de troupes européennes au Groenland est vu par le gouvernement danois comme une escalade militaire dont il ne veut pas pour l’instant. Mais les choses peuvent changer très vite », précise Tore Keller.
Selon Christophe Gomart, pour qui « l’affaire du Groenland est déjà pliée et va se régler en douceur dans un accord financier entre les Américains et les Groenlandais et via un réferendum », « l’enjeu pour les Européens est de bâtir une véritable architecture de sécurité européenne avec un Etat-major capable de conduire une guerre, ce qui n’est pas le cas pour le moment. Car la Première ministre danoise l’a rappelé aujourd’hui, « si les Etats-Unis annexent le Groenland, ce sera la fin de l’OTAN. »