« Rester à domicile », « se tenir éloignés des fenêtres », « demeurer à l’écoute des instructions officielles »… Depuis samedi, et le début des frappes israélo-américaines sur l’Iran, le Quai d’Orsay a actualisé ses recommandations de sécurité à l’attention des Français établis à l’étranger pour six régions : l’Iran, Israël, Jérusalem, la Cisjordanie, le Qatar et les Emirats arabes unis. Si ces derniers jours les vidéos relayées par de nombreux influenceurs expatriés à Dubaï, paniqués devant les détonations et les colonnes de fumée dans le ciel de l’oasis, ont pu prêter à sourire sur les réseaux sociaux, ce sont quelque 25 000 personnes qui se sont déjà manifestées auprès du ministère des Affaires étrangères, a indiqué le ministre Jean-Noël Barrot sur BFMTV.
Pour l’heure, tous les vols tricolores dans la région sont suspendus jusqu’à jeudi, mais le flou sur les objectifs et la durée de l’opération militaire conjointement menée par Washington et Tel-Aviv pourraient pousser les compagnies aériennes à reporter cette date. Donald Trump a parlé d’une opération militaire de 4 ou 5 semaines. La « grosse vague » de l’offensive américaine est encore à venir, a promis le locataire de la Maison-Blanche.
Selon les chiffres du quai d’Orsay, quelque 400 000 Français, pour certains bi-nationaux, sont actuellement recensés dans la zone, soit en tant que résidents ou simplement en transit. Il faut dire que l’attaque s’inscrit en plein dans le calendrier des vacances d’hiver des zones B et C en métropole. Dans le détail, ils sont 63 700 aux Émirats arabes unis, 8 200 au Qatar, et plus d’un millier à Bahreïn. Le dernier rapport du gouvernement sur la situation des Français établis hors de France fait également état de 20 350 ressortissants au Liban, mais ce chiffre date de 2024. Plusieurs milliers d’entre eux auraient quitté le territoire depuis les affrontements qui ont opposé les forces israéliennes et le Hezbollah il y a un peu plus d’un an.
La France se prépare à organiser des rapatriements
À ce stade, les espaces aériens demeurent ouverts en Jordanie, en Égypte, à Oman et en Arabie saoudite. « Des équipes consulaires » sont présentes aux frontières avec ces pays, pour faciliter le passage des Français qui ont emprunté les routes terrestres dans le but de trouver un vol retour depuis ses pays, a indiqué Jean-Noël Barrot. L’espace aérien libanais reste également ouvert en direction de l’Europe.
Par ailleurs, la France est en train d’affréter des vols « pour que des personnes plus vulnérables puissent en bénéficier ». Les listes sont établies par « les postes diplomatiques, au contact des ressortissants et en lien avec le Quai d’Orsay », a précisé le chef de la diplomatie française, toujours sur BFM TV. Ces listes peuvent concerner, par exemple, des rapatriements pour raison médicale. Les personnes sélectionnées pourront avoir accès à « des blocs de places » réservées par Paris sur des vols commerciaux, ou à des vols civils spécifiquement affrétés pour l’occasion. Le gouvernement s’autorise également à « solliciter des avions de la République française » si la situation l’exige, a encore fait savoir le ministre des Affaires étrangères.
« On reçoit beaucoup de messages d’inquiétude. Dès que l’espace aérien d’un pays ferme, les gens se sentent prisonniers et peuvent avoir tendance à paniquer. Il faut les rassurer », nous explique Hélène Conway-Mouret, sénatrice socialiste des Français établis hors de France et ancienne ministre déléguée chargée des Français de l’étranger sous François Hollande. « Aux Emirats, et notamment à Dubaï, les gens ont été très choqués. Ils se croyaient dans un pays ultra-sécurisé. Par ailleurs, face à ce genre de situation, ce sont des populations moins résilientes que les Libanais et les Israéliens, hélas davantage habitués à vivre avec les tirs de roquettes », relève Évelyne Renaud-Garabedian, également sénatrice des Français de l’étranger.
« Pour l’instant, les bombardements se concentrent sur l’Iran, qui a essayé d’impliquer les autres pays de la région par des tirs de missiles, mais il est probable que Téhéran ait déjà épuisé une partie de son arsenal. Les Français savent très bien que s’il devait se passer quelque chose de grave, nous enverrions aussitôt l’armée pour les ramener à la maison », ajoute Hélène Conway-Mouret.
Dernière manœuvre de ce type : l’opération « Sagittaire » au Soudan, en avril 2023, qui a permis le rapatriement de plus de 900 personnes en cinq jours, dont 184 Français. En 2006, l’opération « Baliste », dans le cadre de la guerre israélo-libanaise, a permis de rapatrier 14 000 personnes depuis le Liban, dont 10 000 Français.
Le « Fil d’Ariane »
« J’ai eu tous les ambassadeurs français de la région au téléphone, et je peux vous dire qu’ils sont tous sur le pont pour assurer la sécurité de nos ressortissants. Chaque ambassade dispose d’une cellule de crise qui fonctionne 24 heures sur 24. », poursuit Hélène Conway-Mouret. « J’invite les ressortissants à être attentifs et disciplinés, c’est-à-dire à suivre les instructions régulièrement communiquées par les ambassades, et les touristes à quitter la région dès qu’ils le pourront ».
Pour se tenir informés, les voyageurs français peuvent utiliser le service « Fil d’Ariane », mis en place en 2013, dans la foulée des printemps arabes. Il s’agit d’un outil de signalement volontaire, accessible gratuitement sur le site officiel France Diplomatie. Les utilisateurs créent un compte, renseignent les informations relatives à leur voyage et rentrent un numéro de téléphone portable valide à l’étranger. Ils pourront alors recevoir des recommandations de sécurité ou, le cas échéant, des consignes d’urgence par SMS.
Le Fil d’Ariane permet aussi aux autorités françaises d’identifier chaque ressortissant en déplacement, et ainsi de faciliter le travail du Centre de crise et de soutien du Quai d’Orsay si la situation nécessite d’organiser une prise en charge ou une évacuation.
En ce qui concerne plus spécifiquement les expatriés, chaque Français inscrit auprès de son consulat est rattaché à un « îlot », une sorte de parcelle déterminée en fonction du nombre de Français vivant dans la même zone. Au sein de chaque îlot, des chefs d’îlot bénévoles – que l’on appelle « îlotiers » – jouent un rôle de référent sécurité : ils sont chargés de répertorier les ressortissants confrontés à des situations graves. « Le problème, c’est que les Français qui ne se signalent pas auprès du consulat prennent le risque de ne pas être contactés s’il y a un rapatriement », alerte Évelyne Renaud-Garabedian.
720 Français recensés en Iran
Un flou demeure sur la situation des Français en Iran. Les vols depuis et vers l’aéroport de Téhéran sont actuellement suspendus. « Les ressortissants Français qui seraient encore présents sur place malgré les recommandations sont appelés à limiter leurs déplacements au maximum, à se tenir soigneusement à l’écart de tout éventuel rassemblement et à se tenir informés de l’actualité et d’éventuels messages ou consignes de l’ambassade de France en Iran », indique France Diplomatie.
Officiellement, quelque 900 ressortissants sont inscrits sur les listes électorales consulaires pour pouvoir voter depuis l’Iran. Auprès de Public Sénat, une source consulaire fait plutôt état de 720 Français recensés sur le territoire, du moins avant les bombardements. « Pour la plupart, ce sont des Franco-iraniens. Ils ont des attaches, de la famille sur place, ce qui leur permet de se fondre dans la population », souligne Hélène Conway-Mouret. Avec une difficulté néanmoins : le régime des mollahs ne reconnaît pas la binationalité, et peut s’opposer à ce qu’un Franco-iranien bénéficie d’une protection française.
Enfin, rappelons que la Française Cécile Kohler et son compagnon Jacques Paris, détenus arbitrairement pendant plus de trois ans en Iran, restent assignés à l’ambassade de France à Téhéran depuis leur libération en octobre. « Ils sont en sécurité », a indiqué une source diplomatique à l’Agence France-Presse ce week-end.