Guerre en Iran : « La question, c’est de produire plus vite » du matériel militaire, estime le sénateur Rachid Temal (PS)

Au lendemain des annonces de Sébastien Lecornu sur l’augmentation des commandes de munitions, les sénateurs Christian Cambon (LR) et Rachid Temal (PS), tous deux membres de la commission des Affaires étrangères, appellent à renforcer les capacités militaro-industrielles du pays. Alors que la France épuise rapidement ses missiles pour défendre ses alliés contre les drones iraniens, l’enjeu est de « produire plus vite » selon le socialiste.
Christian Mouly

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La guerre au Moyen-Orient dure depuis près d’un mois. Ses effets se font beaucoup sentir sur les prix des hydrocarbures. Moins visibles, la guerre a aussi des conséquences sur le stock de missiles français, utilisés pour défendre ses alliés du Golfe face aux attaques de drones iraniens. C’est pourquoi Sébastien Lecornu a annoncé 8,5 milliards d’euros supplémentaires d’investissement pour l’achat de munitions d’ici 2030, à l’occasion d’un débat au Sénat mercredi sur la situation au Moyen-Orient.

Un stock mis à rude épreuve puisque les drones iraniens frappent sur deux fronts, au Moyen-Orient mais aussi en Ukraine, où ils sont utilisés par l’armée russe, a rappelé le sénateur Rachid Temal (PS), vice-président de la commission des Affaires étrangères, dans la matinale de Public Sénat ce jeudi 26 mars. Au-delà de ces conflits immédiats, l’incertitude internationale invite à s’équiper davantage.

Le Premier ministre prévoit également la création d’une plateforme France Munitions, sorte de « grossiste de munitions », financée à la fois par l’État et des investisseurs privés. « Ces annonces étaient attendues et elles vont dans le bon sens », a estimé auprès de Public Sénat le président de la commission des affaires étrangères au Sénat, Christian Cambon (LR).

« Il faut que les industriels se sentent motivés pas le gouvernement »

« Au-delà des commandes, il y a nécessité de combattre ces drones iraniens avec les mêmes moyens et le même coût » que celui mis en œuvre pour les fabriquer, a poursuivi son collègue Rachid Temal. Ces drones Shahed, légers et peu coûteux, visent précisément à épuiser les défenses adverses. Pour les neutraliser, la France doit engager des missiles dont le coût excède parfois un million d’euros l’unité. « Vous pouvez toujours commander plus de missiles, mais on voit qu’il y a une question de coût », appuie le socialiste.

Dans ce contexte, doit être posée « la question de notre capacité à produire plus vite, à la fois de la technologie mais également ce qu’on appelle du bas de gamme et du gros. Car dans ce genre d’opérations, on perd beaucoup de missiles », insiste-t-il. Et si « la France est un des seuls pays à pouvoir engager autant de moyens pour se déployer », il faut désormais mettre l’accent selon lui sur la réactivité et la force de production du complexe militaro-industriel.

Pour cela, « il faut que les industriels se sentent motivés pas le gouvernement », abonde Christian Cambon. Car « aujourd’hui, nous sommes légers en profondeur » de stock, confirme-t-il.

« Ce n’est pas un « quoi qu’il en coûte » »

Autant de questions au menu des discussions parlementaires à venir sur l’actualisation de la loi de programmation militaire. Le gouvernement souhaite accélérer les débats, avec un examen début mai à l’Assemblée nationale, puis début juin au Sénat. « L’objectif reste toujours d’avoir un texte le 13 juillet. L’accélération vantée par le gouvernement, c’est du pipeau », a rétorqué Rachid Temal.

Pour autant, le sénateur approuve l’objectif gouvernemental d’augmentation des moyens de défense. « Ce n’est pas un « quoi qu’il en coûte » », a-t-il assuré. « Il faut continuer à développer notre capacité de protection de nos territoires, de nos concitoyens et aussi de nos intérêts vitaux de par le monde », a-t-il plaidé, saluant la fabrication du nouveau porte-avions baptisé « La France libre » d’ici 2038 – si le calendrier est respecté.

Escorte française dans le détroit d’Ormuz

Rapporteur de la loi de programmation militaire, Christian Cambon ne dit pas autre chose : « Il fallait rattraper le retard subi pendant 20 à 25 ans, où nous avons sacrifié nos forces armées. » Les nouveaux moyens mis sur la table s’ajoutent aux plus de 400 milliards d’euros prévus par la loi de programmation pour la défense.

Quant à la position de la France dans le conflit, « le gouvernement a eu raison de rappeler que nous sommes dans une posture uniquement défensive, a-t-il jugé. Maintenant, s’il y a un cessez-le-feu, il est tout à fait acceptable que la France, avec ses moyens de marine nationale, puisse escorter des navires dans le détroit d’Ormuz qui seront encore en danger avec les mines. » Devant les sénateurs, le gouvernement s’est dit prêt à participer à une mission internationale de la sorte, mais se refuse à « ouvrir le détroit par la force ».

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