Unis derrière Volodymyr Zelensky et l’Ukraine. Les principaux alliés européens de Kiev se sont retrouvés ce lundi 8 décembre à Londres (Royaume-Uni) pour une nouvelle réunion en présence du président ukrainien. Outre le Premier ministre britannique Keir Starmer, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont également réalisé le déplacement de l’autre côté de la Manche. L’objectif ? Évoquer les derniers développements diplomatiques visant à mettre un terme au conflit meurtrier, en cours depuis près de quatre ans dans l’est de l’Europe. Dans ce contexte, « nous avons beaucoup d’atouts », a déclaré, en préambule de la rencontre, Emmanuel Macron.
Mise à l’écart progressive de l’Europe
Des paroles qui font écho à la stratégie employée par les États-Unis depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Cet automne, son administration a entrepris des tractations bilatérales avec Moscou et Kiev pour aboutir à un plan de paix en Ukraine. Des négociations desquelles les Européens sont soigneusement mis de côté par Washington. Plusieurs proches du milliardaire républicain n’hésitent d’ailleurs pas à exprimer leur mépris des nations du Vieux continent sur ce dossier, à l’instar du propre fils de Donald Trump. Pour lui, la stratégie des Européens consisterait à « attendre que la Russie fasse faillite », a ainsi lancé dimanche Donald Trump Jr., depuis une conférence à Doha (Qatar). « Ce n’est pas un plan. »
Avec cette mise à l’écart progressive, les Européens redoutent surtout de rester impuissants face à l’ombre de Moscou planant sur le texte de paix négocié par les Américains. La version initiale du document présenté par les États-Unis, longue d’une vingtaine de points, reprenait ainsi nombre de mesures demandées par le Kremlin pour mettre fin à la guerre, y compris l’annexion russe de territoires de l’est de l’Ukraine. Si une seconde mouture de cette esquisse de plan de paix a pu être amendée par Kiev, la question des territoires demeure « la plus problématique » durant les pourparlers, a indiqué à l’AFP un haut responsable proche des discussions, sous couvert d’anonymat.
Une chose est sûre : les zigzags incessants de Donald Trump face à Vladimir Poutine ne sont pas favorables à l’Ukraine. S’il s’est déjà plaint publiquement des décisions du président russe par le passé, le locataire de la Maison-Blanche se montre en général bien plus sévère à l’égard de Volodymyr Zelensky. Dimanche, lors d’une soirée de gala organisée à Washington (États-Unis), il n’a pas hésité à pointer du doigt une nouvelle fois son homologue ukrainien. « Nous avons donc parlé au président Poutine, nous avons parlé aux dirigeants ukrainiens (…) et je dois dire que je suis un peu déçu que le président Zelensky n’ait pas encore lu la proposition », a-t-il regretté. Tout en assurant qu’un tel plan « convient » en revanche à la Russie.
Friedrich Merz « sceptique » sur « certains détails » des propositions américaines
Depuis Londres, les dirigeants français, allemand et britannique ont émis des réserves sur la méthode américaine. « Je suis sceptique quant à certains détails que nous voyons dans les documents provenant des États-Unis, mais nous devons en discuter. C’est pourquoi nous sommes ici », a relevé Friedrich Merz. Le chancelier allemand est lui-même un ex-atlantiste convaincu, mais figure désormais parmi les plus critiques en Europe envers l’administration américaine. Emmanuel Macron a de son côté identifié que « le principal problème » des négociations résidait en « la convergence entre nos positions communes, entre Européens et Ukrainiens, et les États-Unis ». Selon l’Élysée, des discussions entre ces trois parties pourraient avoir lieu dans les « prochains jours » afin de renforcer cet aspect.
Pour le moment, Donald Trump donne davantage l’impression de ne pas se soucier d’un tel enjeu. « On a le sentiment que les Américains sont tout à fait d’accord pour négocier avec les Russes sur l’essentiel des choses, en attendant des Européens soit qu’ils s’exécutent, soit qu’ils gèrent les modalités pratiques », résume auprès de Public Sénat Ulrich Bounat, analyste géopolitique et chercheur associé à au think tank Euro créative. « Pour sortir de cette espèce de logique, ça suppose que les Européens (…) soient sans doute plus acteurs que de simplement de passer en deuxième lame pour essayer de corriger les choses. » Selon lui, l’Europe doit donc impérativement devenir « une puissance autonome stratégiquement ».
« Contributions » européennes au plan américain
Or, une telle ambition est « extrêmement compliquée » à concrétiser, reconnaît le spécialiste. Rien qu’au sein de l’Union européenne, des dissensions entre nations persistent sur la façon d’agir face à la Russie. À Bruxelles, les 27 tentent ainsi toujours de s’accorder sur l’activation des avoirs russes gelés en Europe – opération à laquelle s’oppose la Belgique – pour financer un nouveau plan de soutien destiné à l’Ukraine. Les atermoiements américains, combinés à cette certaine impuissance de l’Europe, laissent en tout cas le champ libre à Vladimir Poutine, d’une constante intransigeance dans ses revendications depuis l’invasion russe de l’Ukraine, en février 2022. « Il n’a pas bougé d’un iota et il s’en tire à bon compte », résume Ulrich Bounat.
Après plus d’une heure de rencontre et une photo de groupe devant le 10 Downing Street, Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont quitté les lieux, sans prendre la parole devant les médias. Quelques minutes plus tard, l’Élysée a indiqué que le rendez-vous avait permis « de poursuivre le travail commun sur le plan américain ». Les Européens espèrent « compléter » ce document avec leurs propres « contributions », « en étroite collaboration » avec le pouvoir ukrainien. « En parallèle, le travail va être approfondi pour fournir à l’Ukraine des garanties de sécurité robustes ainsi que prévoir des mesures pour la reconstruction de l’Ukraine », a souligné la présidence française, dans une déclaration citée par l’AFP.
Volodymyr Zelensky, lui, a davantage prolongé son entrevue avec Keir Starmer. Le président ukrainien est attendu ce lundi soir à Bruxelles, où il devrait rencontrer la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen António Costa, tout comme le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte. Il s’envolera ensuite pour Rome (Italie), en prévision d’un tête-à-tête, mardi, avec la Première ministre du pays, Giorgia Meloni, réputée proche de l’administration américaine.