Emmanuel Macron reçoit à l’Elysée des dirigeants européens, pour échanger sur la participation de l’Union européenne aux négociations pour un cessez-le-feu en Ukraine.
Emmanuel Macron reçoit à l'Elysée des dirigeants européens, pour échanger sur la participation de l'Union européenne aux négociations pour un cessez-le-feu en Ukraine.

Guerre en Ukraine : quels sont les enjeux de la réunion de dirigeants européens organisée par Emmanuel Macron ?

Plusieurs dirigeants européens sont conviés pour une réunion d’urgence à l’Elysée, afin d’échanger sur la « contribution européenne » aux négociations de paix en Ukraine. Alors que l’administration Trump multiplie les initiatives pour parvenir au cessez-le-feu, l’Union européenne peine encore à parler d’ « une seule voix », analyse Emmanuel Dupuy, président de l’institut Prospective et sécurité en Europe.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

5 min

Publié le

« Contribuer à une paix robuste, au profit de l’Ukraine, mais aussi des Européens. » C’est l’objectif de la réunion d’urgence convoquée par Emmanuel Macron ce 17 février, à partir de 16 heures. Une rencontre « informelle », à laquelle sont invités une poignée de dirigeants européens : les chefs de gouvernements du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la Pologne, de l’Espagne, de l’Italie et des Pays-Bas, ainsi que le président du Conseil européen, la présidente de la Commission européenne et le secrétaire général de l’OTAN.

Cette rencontre en petit comité vise à « faire converger les vues des uns et des autres », explique l’Elysée, avant des discussions européennes plus larges. Un défi urgent pour l’Union européenne, encore sous le choc des déclarations hostiles du vice-président américain J. D. Vance, lors de la conférence de Munich. Les Etats-Unis entendent, en effet, ouvrir les négociations pour une résolution du conflit au plus vite. Après l’appel de Donald Trump avec Vladimir Poutine, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio rencontrera le chef de la diplomatie russe Sergeï Lavrov en Arabie saoudite ce 18 février.

Craignant la négociation d’un cessez-le-feu contre les intérêts de son pays, Volodymyr Zelensky – lui-même en visite en Arabie saoudite ce 19 février – appelle ses alliés européens à tout faire pour éviter la conclusion d’un accord « dans le dos » de l’Ukraine. La réunion d’urgence à l’Elysée permettra-t-elle d’apaiser ses craintes ? Pour Emmanuel Dupuy, président de l’institut Prospective et sécurité en Europe (IPSE), l’Union européenne est encore loin d’avoir trouvé une position unanime pour peser dans les négociations.

Volodymyr Zelensky sera en Arabie saoudite au lendemain de la rencontre russo-américaine. Le président ukrainien appelle ses alliés européens à tout faire pour éviter la conclusion d’un accord « dans le dos » de l’Ukraine. Est-ce bien l’enjeu de cette réunion d’urgence organisée à l’Elysée ?

Effectivement, cette réunion ne se tient pas seulement en réponse au discours de J. D. Vance ce vendredi, son objectif est plus largement de formuler une position française et européenne face à la proposition américaine d’une résolution de la guerre qui n’associerait pas l’Ukraine. L’enjeu, pour les acteurs conviés à l’Elysée, c’est donc de déterminer une position commune.

Sur ce point, on voit déjà que l’Union européenne ne parle pas d’une seule voix, puisque seulement une poignée de dirigeants ont été invités. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán et le Premier ministre slovaque Robert Fico n’ont par exemple pas été conviés, certainement en raison de leur position très critique à l’égard de Bruxelles et de leur soutien à la méthode de Donald Trump.

Au-delà de la Hongrie et de la Slovaquie, de nombreux pays pourtant davantage alignés avec Paris ne seront pas non plus autour de la table. C’est le cas, par exemple, de la Roumanie, de la République tchèque et de la Slovénie, qui ont fait savoir ce matin qu’ils regrettaient de ne pas être conviés.

C’est d’autant plus étonnant que les pays qui ne sont pas conviés sont pour beaucoup directement exposés à la menace russe, en raison de leur proximité avec la frontière : la Roumanie, mais aussi l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Finlande. On peut tout de même souligner que l’Union européenne sera représentée à la réunion, par le biais du président du Conseil européen Antonio Costa et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Tout cela donne quand même l’impression que cette réunion est organisée dans l’urgence, sans réel agenda, si ce n’est un sursaut d’orgueil d’Emmanuel Macron pour montrer que la France et l’Union européenne sont toujours dans la course.

Le Premier ministre Keir Starmer a déclaré que le pays était prêt à envoyer son armée sur le terrain pour garantir le cessez-le-feu. De son côté, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a annoncé que les discussions étaient en cours pour un déploiement de troupes françaises et polonaises en appui de l’armée britannique.

Où en sommes-nous dans le reste de l’Union européenne sur la question de la participation militaire à un éventuel processus de paix ?

Si le Royaume-Uni accepte de franchir le pas, c’est sans doute pour répondre aux récentes déclarations américaines, qui appellent les Européens à prendre eux-mêmes en charge la sécurité du continent. Cette initiative va peut-être effectivement en déclencher d’autres. Mais, il faut tout de même souligner que l’idée selon laquelle les Etats-Unis contribueraient davantage que l’Union européenne au soutien à l’Ukraine est fausse. Financièrement, l’UE est déjà le premier donateur devant les Américains.

Ensuite, sur la question de l’intervention militaire, le déploiement de troupes au niveau européen nécessite un consensus, pour le moment nous en sommes loin. Au-delà des désaccords marqués de pays comme la Hongrie, le processus électoral en cours en Allemagne fige aussi la situation. Les principaux candidats aux élections législatives, qui ont encore débattu ce vendredi et ce dimanche, se sont plusieurs fois écharpés sur la question de l’aide à l’Ukraine et de l’envoi de troupes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Iran War
7min

International

Six mois de guerre contre l’Iran : « Je ne vois pas le régime islamique se fragiliser. Il est encore plus dictatorial et corrompu », estime Azadeh Kian

Six mois après les premières frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février, la guerre n’a pas produit l’effondrement annoncé de la République islamique. Le conflit s’est au contraire régionalisé, puis internationalisé autour du détroit d’Ormuz. Pour Azadeh Kian, spécialiste de l’Iran, les Etats-Unis et Israël ont sous-estimé la capacité de résistance du régime.

Le

Moscow In Pictures
6min

International

Pourquoi le patron de la CIA s’est-il rendu secrètement à Moscou ?

Mardi 25 août, pour la première fois depuis sa prise de fonction en janvier 2025, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu à Moscou. Une visite qui suscite beaucoup de spéculations, alors que le Kremlin a qualifié d'"histoires alarmistes" les informations parues dans la presse américaine selon lesquelles il s’agissait de dissuader la Russie d'attaquer l'Otan. Que peut cacher ce déplacement ? Pour Public Sénat, Clément Renault, historien et spécialiste des services de renseignement à l’IRSEM, auteur de la note « Surveiller sans voir : les services de renseignement israéliens et l’échec du 7 octobre », passe en revue les différentes hypothèses.

Le

Flooding along Bhotekoshi River causes widespread damage in Nepal
5min

International

Crue meurtrière au Népal : « C’est le genre de phénomène attendu avec le réchauffement climatique »

Le bilan de la crue dévastatrice qui a frappé mercredi le Népal et le Tibet ne cesse de s’alourdir. Alors que les causes exactes de la catastrophe restent encore à déterminer, Vincent Koulinski, hydrologue, docteur-ingénieur en géosciences et spécialiste des risques torrentiels, décrypte pour Public Sénat le scénario le plus probable et les mécanismes à l’origine de cette crue hors norme.

Le