Serviceman holding the position in the trenches, Kharkiv front line, Ukraine – 28 Apr 2023
Mandatory Credit: Photo by Jose Hernandez/Shutterstock (13891600am) Serviceman of the 209th Battalion of the 113th Kharkiv Defense Brigade. The job of this brigade is to hold the position right in front of the Russian army and repel all enemy attacks. Serviceman holding the position in the trenches, Kharkiv front line, Ukraine - 28 Apr 2023/shutterstock_editorial_Destroyed_buildings_at_Kharki_13891600am//2304291255

Guerre en Ukraine : « Si les défenses russes sont enfoncées, tout peut aller très vite »

Annoncée depuis plusieurs semaines, la contre-offensive ukrainienne prend forme. Le ministère de la défense ukrainien a déjà annoncé que sept villages avaient été repris par l’armée. En cas de succès, la contre-offensive pourrait être décisive pour la suite du conflit entre l’Ukraine et la Russie.
Henri Clavier

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Lundi 12 juin, le ministère de la défense ukrainien communiquait pour la première fois sur l’avancée de l’armée ukrainienne dans le Donbass et dans le sud-est du pays, des zones toujours occupées par les troupes russes. Le même jour, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que le combat était « difficile » mais que l’offensive « progressait ». Lundi 12 juin au soir, Emmanuel Macron confirmait que les Ukrainiens avaient déclenché la contre-offensive, affirmant qu’elle  « a vocation à se déployer sur plusieurs semaines, plusieurs mois”. Annoncée depuis début mai, l’approche de la contre-offensive implique également une forme d’opacité, le « brouillard » de la guerre. « Dans ce contexte nous avons peu d’informations, et celles que nous avons sont déjà anciennes », prévient le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française à l’ONU.

 « Nous sommes passés d’une première phase, stratégique, à une phase de reconnaissance »

« Nous sommes passés d’une première phase, stratégique, à une phase de reconnaissance », explique le général Trinquand. Concrètement, après avoir rassemblé et réorganisé leurs forces, les Ukrainiens cherchent encore l’endroit où débuter l’offensive. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce sont des combats au sol qui vont se dérouler sur trois axes, Zaporijia (sud-est), Donetsk (est) et Bakhmout (nord-est). L’objectif ukrainien est d’obtenir une rupture du front grâce aux offensives menées sur chacun des trois axes », explique le général Trinquand.

La deuxième phase de l’opération vise donc à ouvrir une brèche sur le front afin de déterminer l’endroit le plus propice pour amplifier l’effort militaire et ainsi passer dans une troisième phase, celle de l’orientation. « C’est pour cette raison que trois brigades sont actuellement engagées sur le front, mais neuf brigades restent en réserve. L’idée est de tester la ligne de front et de trouver une faiblesse pour ensuite y mobiliser fortement les troupes en réserve », détaille le général Trinquand. Pour l’instant, les principales avancées se font dans l’ouest de la province de Donetsk et dans l’ouest de l’oblast de Zaporijia. Concentrer les efforts sur l’axe le plus central, donc celui de Zaporijia, pourrait permettre de couper le front en deux.

Le dispositif de défense russe

Alors que très peu d’informations filtrent côté ukrainien, le succès de l’offensive « dépend de l’endroit où les Ukrainiens pourront attaquer et donc du point sur lequel ils pourront mobiliser leurs réserves », analyse le général Trinquand. Si l’offensive ukrainienne peut être décisive, l’armée russe a pris le temps de consolider ses lignes de défense. « La défense russe s’articule autour de deux dispositifs, le premier, statique, consiste à créer un important dispositif défensif sur la ligne de front. Le deuxième dispositif repose sur la mobilisation de la réserve et sa vitesse de déploiement », analyse le général Trinquand.

Pour le succès de la contre-offensive, « le timing est absolument déterminant »

Alors que les effectifs engagés sont relativement similaires, les « rapports de force peuvent évoluer très vite » en fonction des évolutions sur le terrain faisant du timing et de la vitesse d’intervention un élément clé de la réussite ou de l’échec de la contre-offensive. « Le timing est absolument déterminant, s’il y a une rupture du front, les réserves doivent être capables de se déployer rapidement », estime le général Trinquand qui note également que « le dispositif de réserve russe est solide mais lent ».

Néanmoins, « l’aviation russe n’est pas engagée », précise le général Trinquand. Sans doute préservée, l’aviation permet une action rapide et ciblée capable de ralentir les avancées ukrainiennes. En tout état de cause, « il n’y aura pas d’évolution du conflit sans une percée efficace », considère le général Trinquand également convaincu que « si les défenses russes sont enfoncées, tout peut aller très vite ».

Influencer la situation sur le front par d’autres opérations

Malgré l’importance de la contre-offensive, Russes et Ukrainiens cherchent à influencer la situation sur le front par d’autres moyens. Comme l’expliquait Jérôme Clech, le conflit ukrainien est également « cognitif, c’est une guerre informationnelle ». La ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, rapporte, ce 13 juin, que la France et d’autres États européens ont subi une opération d’ingérence numérique provenant de la Russie. Une vaste opération de désinformation nommée  « Doppelgänger » consistant à imiter les pages internet de quotidiens comme Le Monde, le Parisien, 20 minutes ou Le Figaro et à y diffuser des fausses informations. Une cette dimension également « intégrée à la stratégie ukrainienne avec les incursions de troupes russes pro-Ukraine dans l’oblast de Belgorod. Le fait que ces troupes soient russes, illustre la possibilité d’une alternative à Poutine », souligne le général Trinquand.

La stratégie de la Russie consiste à ralentir les troupes ukrainiennes afin de pouvoir conforter les positions occupées sur la ligne de front. « C’est exactement la démarche derrière la destruction du barrage de Kakhovka, ralentir l’offensive », considère le général Trinquand qui prévient qu’« il faudra au moins attendre quinze jours avant de pouvoir jauger les prochaines évolutions ».

 

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