Guyana : le Sénat insiste sur la nécessité de développer la coopération régionale

Seul Etat européen présent en Amérique du Sud, la France doit y devenir « un acteur régional clé », considère la commission des Affaires étrangères du Sénat. Dans un rapport présenté ce mercredi, les élus formulent vingt recommandations pour renforcer les relations entre Paris et le Guyana, et lutter contre les activités illégales en Guyane.
Aglaée Marchand

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« On est le premier pays européen à avoir inauguré une ambassade au Guyana », se félicite Cédric Perrin (LR), président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, face à la presse ce mercredi. Aux côtés d’Étienne Blanc (LR) et d’Olivier Cigolotti (UC), le sénateur du Territoire de Belfort insiste sur le symbole de cette présence française outre-Atlantique. Dans un rapport rendu public aujourd’hui, voté à l’unanimité en commission, les rapporteurs présentent vingt recommandations focalisées sur la situation sécuritaire et économique en Guyane, et au Guyana. Des constats face auxquels la France doit se doter d’un rôle, d’après les élus.

L’orpaillage illégal « pille » 1,2 milliard d’euros à la France

Porte française sur l’Amérique du Sud, la Guyane est en proie à l’orpaillage illégal, exposent les sénateurs. Alors que la production légale s’élève à 1,2 tonne d’or par an en moyenne, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 50 millions d’euros, « le montant volé à la France » par les orpailleurs clandestins s’élèverait à près de 1,2 milliard d’euros chaque année, précise Cédric Perrin. Cette somme est « ensuite exploitée notamment par la Chine, via le Suriname », explique-t-il. « Les ressources aurifères sont prises en mains par des comptoirs chinois qui vendent à crédit les produits nécessaires à l’extraction illégale », complète son collègue centriste, Olivier Cigolotti. Pour « arrêter de se faire piller », leur travail préconise l’ouverture contrôlée des mines d’or en Guyane. Une manière, selon les sénateurs, de limiter les risques économiques, écologiques et sanitaires du trafic, mais également d’empêcher l’expansion de « factions armées brésiliennes » dans cette activité.

En termes de sécurité, la commission des Affaires étrangères du Sénat recommande également de miser sur le développement de la filière pêche, pour contenir celle illégale, de renforcer le contrôle des frontières, pour bloquer l’entrée de « garimpeiros » (des chercheurs clandestins d’or), et de concentrer les factionnaires dans certains établissements pénitentiaires, pour éviter leur propagation.

L’ombre de la menace américaine

Autre alerte lancée par les sénateurs : renforcer la coopération régionale avec le Guyana, territoire frontalier au Venezuela. Ce pays, à « la plus forte réserve pétrolière par habitant au monde », enregistre ces dernières années « la plus forte croissance » sur la planète, souligne Cédric Perrin. D’après les estimations du Fonds monétaire international (FMI), « le Guyana pourrait se hisser au premier rang mondial d’ici 2030, devant Singapour, le Luxembourg et le Qatar », indique le LR Étienne Blanc. Et d’ajouter : « Il est extrêmement important pour la France d’être présente, compte tenu de cette réussite financière et économique, qu’on attend dans les prochaines années ». Le sénateur des Bouches-du-Rhône évoque notamment le risque de « maladie hollandaise », soit le phénomène de dépendance excessive à la rente pétrolière.

Pour ce faire, le rapport propose notamment de doter la nouvelle ambassade d’une section consulaire lui permettant la délivrance de visas pour la France, ou encore de renforcer les efforts « déjà engagés » afin de soutenir les entreprises françaises qui voudraient y développer des activités. L’ouverture d’une ligne aérienne entre Georgetown et Cayenne permettrait aussi de dynamiser les échanges, soutient Cédric Perrin.

Le différend territorial avec son voisin vénézuélien est également à surveiller selon les élus, alors que Caracas revendique l’Essequibo, un territoire du Guyana que Nicolás Maduro considère comme vénézuélien. Si « le soutien des Américains au Guyana ne s’est jamais démenti, ni sous l‘administration Biden, ni sous celle de Trump », reconnaît Olivier Cigolotti, l’extradition du président du Venezuela le week-end dernier « change la donne et rebat les cartes ». Hasard de calendrier, le rapport est en effet publié quelques jours après l’intervention des Etats-Unis sur ce territoire d’Amérique du Sud, largement décriée sur la scène internationale.

« Reste à voir si le principal prédateur du Guyana ne deviendra pas les Etats-Unis », souffle le sénateur centriste, Washington pourrait avoir des vues sur les ressources pétrolières. Une mise en garde partagée par Cédric Perrin : « Si Donald Trump déploie des forces au large du Guyana, ce n’est pas pour les beaux yeux d’Irfaan Ali [ndlr : le président de la République coopérative du Guyana] ».

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