ARMENIA Opposition demonstrations in Yerevan demanding a humanitarian corridor with Nagorno-Karabakh and the resignation of prime minister.
Erevan Armenie. Depuis l invasion du Haut Karabagh lancee par l'Azerbaidjan le 19 septembre les manifestations s'enchainent pour reclamer l'ouverture d'un couloir humanitaire ainsi que demander la demission du premier ministre Nikol Pachinian. L evacuation de la region a renforce la colere sur place. Yerevan Armenia. Since the invasion of Nagorno-Karabakh by Azerbaijan on 19 September there have been a series of demonstrations demanding the opening of a humanitarian corridor as well as the resignation of Prime Minister Nikol Pachinian. The evacuation of the region has reinforced the anger there.//DZAPAUL_Sipa.00346/Credit:PAUL DZA/SIPA/2309251244

Haut-Karabagh : « La disparition de la république séparatiste risque d’accélérer la logique de nettoyage ethnique »

La république autoproclamée du Haut-Karabagh a annoncé, ce 28 septembre, la dissolution de ses institutions après l’offensive victorieuse de l’Azerbaïdjan, lancée le 19 septembre. Un tournant historique pour un conflit commencé en 1988. Avec la reprise des tensions en 2020, la situation de cette république autoproclamée du Caucase restait précaire. Explication des conséquences de la disparition de l’Etat séparatiste du Haut-Karabakh avec Taline Ter Minassian, spécialiste de l’histoire contemporaine du Caucase, professeure des universités à l’INALCO, directrice de l’observatoire des Etats post-soviétiques et auteure de « Sur l’échiquier du Grand Jeu » paru aux éditions Nouveau Monde en 2023.
Henri Clavier

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L’Etat séparatiste du Haut-Karabagh a annoncé, ce 28 septembre, sa dissolution à compter du 1er janvier 2024, quelles sont les conséquences concrètes de cette disparition ?

Les conséquences de l’effondrement de l’Etat séparatiste du Haut-Karabagh sont claires : malheur aux vaincus. Les annonces sont sans équivoque et les institutions vont être dissoutes. A mon sens, l’État de fait qui existait dans la zone pouvait tenir mais force est de constater qu’en l’absence de reconnaissance internationale il n’a pas pu obtenir le soutien dont il avait besoin.

L’effondrement de l’Etat de fait du Haut-Karabagh aggrave-t-il la situation humanitaire sur place ?

Pour les habitants de la région, les conséquences ne se font pas attendre. L’Azerbaïdjan procède à des arrestations notamment Ruben Vardanian un ancien dirigeant de la république autoproclamée du Haut-Karabagh entre novembre 2022 et février 2023. La disparition de la république séparatiste risque d’accélérer la logique de nettoyage ethnique que l’on observe. C’est difficile d’évaluer exactement combien de personnes sont déplacées. Avant la guerre de 2020, il y avait 120 000 habitants au Haut-Karabagh, difficile de savoir combien il y en aura d’ici quelques semaines. On compte déjà plus de 60 000 réfugiés. L’évacuation est encadrée par les forces de maintien de la paix russe sans lesquelles le bilan pourrait être encore plus lourd.

Le Haut-Karabagh a-t-il subi le manque de soutien de la communauté internationale ?

Oui, certainement. Il y a un sentiment d’abandon. Du fait même de l’absence de reconnaissance internationale du Haut-Karabagh, la situation s’avérait extrêmement difficile. Les forces russes de maintien de la paix ne pouvaient pas faire plus que ce qu’elles ont fait. Le principal échec est celui des différents processus de paix qui ont été lancées depuis la chute de l’Union Soviétique. Le groupe de Minsk de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) duquel faisait partie la France, la Russie et les Etats-Unis n’a jamais réussi, depuis sa création en 1994, a dégagé un compromis entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Depuis le cessez-le-feu de 2020 et le déclenchement par la Russie de la guerre en Ukraine, d’autres tentatives de conciliation ont vu le jour. Notamment du côté des Européens et des Américains qui ont voulu marginaliser la Russie.

En quoi consistaient les tentatives européennes ?

Il y a eu une rencontre, organisée par l’Union européenne à Prague en octobre 2022, où le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, s’est entretenu avec son homologue azerbaïdjanais, Ilham Aliyev. A l’issue de cette réunion, Nikol Pachinian a confirmé son attachement à la déclaration d’Alma Ata de 1991 et chaque Etat a reconnu la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’autre. Les négociations pour la paix étaient un jeu de poker menteur, à travers la réaffirmation de la déclaration d’Alma Ata, l’Azerbaïdjan perçoit la reconnaissance de sa souveraineté sur le Haut-Karabagh. En effet, cette région est essentiellement peuplée d’Arméniens mais se trouve sur le territoire de l’Azerbaïdjan tel que défini par les accords d’Alma Ata qui dessinaient les frontières entre les anciennes républiques socialistes du Caucase.

Quelles sont les conséquences politiques pour l’Arménie ?

Les conséquences sont catastrophiques. On assiste à une fragilisation du pouvoir en place. Des manifestations demandent le départ du Premier ministre, au pouvoir depuis 2018, et considéré comme en partie responsable de cette situation et de la marginalisation de l’Arménie dans les négociations. En tout cas, il y a une perte d’influence certaine pour l’Arménie qui ne reçoit que peu de soutien de ses alliés. Des sanctions européennes semblent peu probables et l’aide humanitaire reste limitée (l’Union européenne a accordé une aide de 5 millions d’euros).

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