Azerbaijan Armenia Tensions
8521084 20.09.2023 A view shows broken showcase of a store damaged by shelling in Stepanakert, the capital of the breakaway Nagorno-Karabakh region, Azerbaijan. Azerbaijani Defence Ministry said on September 19 that Baku had launched local "anti-terrorist activities" in Nagorno-Karabakh to "restore the constitutional order" after four soldiers and two civilians died there in landmine explosions. Aik Arutunyan / Sputnik//SPUTNIK_8521084_650ab9dc64bd1/Credit:Aik Arutunyan/SPUTNIK/SIPA/2309201139

Haut-Karabakh : « On est témoins d’une effroyable incapacité des grandes puissances à faire respecter le droit international »

Mardi 19 septembre, l’Azerbaïdjan a lancé une offensive militaire contre le territoire du Haut-Karabakh, enclave séparatiste de population arménienne. Ce territoire, disputé depuis des décennies par l’Arménie et l’Azerbaïdjan, faisait l’objet d’un cessez-le-feu depuis le 9 novembre 2020. Les frappes de ce mercredi auront duré moins de vingt-quatre heures, avant de cesser à nouveau. Les différentes parties s’installeront demain à la table des négociations. La ministre des Affaires Etrangères Christine Colonna, après avoir condamné les attaques, a contemplé l‘annonce du cessez-le-feu avec prudence : « Nous verrons si c’est bien le cas. ». Explications sur la situation avec Gaïdz Minassian, enseignant en relations internationales à Sciences Po et journaliste au Monde.
Ella Couet

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Que se passe-t-il actuellement dans le Haut-Karabakh ?

Ce que l’on sait, c’est qu’il y a eu une offensive de la part de l’Azerbaïdjan, qui était prévue, préparée et préméditée, et que cette offensive intervient dans un moment où les relations sont tendues entre l’Arménie et la Russie. Cette tension est liée à deux facteurs. D’abord, l’Arménie vient d’effectuer des manœuvres militaires, sur son propre sol, conjointement avec les Etats-Unis. Le Kremlin n’est pas dupe, il sait que ces manœuvres le concernent aussi au moins en termes de réduction de son influence. Ensuite, l’Arménie a inscrit à son ordre du jour la ratification du Statut de Rome et cela ne plaît pas à la Russie. De son côté, l’Azerbaïdjan profite de ce moment pour chercher à enregistrer une victoire politique à savoir obtenir la reconnaissance par l’Arménie de son intégrité territoriale et la démilitarisation des Arméniens du Karabakh.

Y a-t-il une volonté de « nettoyage ethnique » derrière les actions de l’Azerbaïdjan ?

Cette dimension est là, évidemment. Ce qu’on ne sait pas, c’est jusqu’où ira l’Azerbaïdjan, le régime Aliev ira-t-il jusqu’à massacrer une population ? Je ne pense pas, mais il y a différentes façons de terroriser une population. La population du Haut-Karabakh a légitimement le droit d’avoir peur d’être l’objet d’un nettoyage ethnique. C’est pour cela qu’ils sont autant sur la défensive, parce qu’ils craignent un massacre. C’est sûrement pour cette raison que les autorités du Karabakh ont décidé qu’il valait mieux rendre les armes, et c’est ce qu’ils ont fait, sous l’égide de la Russie, en acceptant les conditions d’une reddition en vue d’ouvrir des négociations.

Quelles sont les issues possibles de ces négociations ?

J’en vois plusieurs. On peut par exemple imaginer que Bakou reconnaisse dans le Haut-Karabakh une forme d’autonomie culturelle et linguistique, et qu’on lui accorde un ensemble de droits en tant que minorité. Mais on peut tout aussi bien imaginer une reddition totale du Karabakh et une normalisation de ce territoire dans l’Azerbaïdjan. Tout dépend de si les différentes parties arrivent à trouver un compromis : dans ce cas, on peut imaginer que la région obtienne au mieux une forme d’autonomie. En revanche, s’il n’y en a pas, on peut imaginer une évacuation, ou de fortes répressions de la part de Bakou. Et tout cela dépend également de la communauté internationale : sera-t-elle passive, ou décidera-t-elle d’agir en faveur d’une protection d’une minorité conformément au Droit international ?

Peut-on espérer une prise de position forte de la part de la communauté internationale ?

Permettez-moi d’en douter. Quand on parle de la communauté internationale, il y a deux éléments qui entrent en compte : les tensions entre la Russie et l’occident, liées à la guerre en Ukraine, et la garantie du respect du droit international. Demain se rassemble le Conseil de Sécurité de l’ONU sur le sujet du Haut-Karabakh à la demande de la France. Ce n’est pas la première fois que le Conseil est saisi à ce sujet, et à chaque fois il n’en est rien sorti. Cette fois-ci, c’est un peu différent, il est obligé de tenir compte du cessez-le-feu mais cela ne signifie pas qu’il en sortira nécessairement quelque chose. Il y a trois scénarios possibles, lors de cette réunion du Conseil. Soit il y aura seulement une discussion, et c’est tout, comme les fois précédentes. Soit il y aura une discussion suivie d’une déclaration, soit il y aura une discussion suivie d’une résolution. L’issue n’est pas sûre, cela dépend également de savoir si la Russie et ou la Chine, en tant que membres permanents au Conseil de sécurité, feront ou pas usage de leur droit de véto.

Ces événements ont lieu sur un fond de guerre en Ukraine, avec une communauté internationale très fragmentée et dans un monde de plus en plus éclaté. En fait, la communauté internationale fait preuve d’un grand cynisme. On est témoins d’une effroyable incapacité des grandes puissances à faire respecter le droit international. Il est probable que le Conseil de Sécurité cherche à apaiser les esprits compte tenu de l’annonce d’un cessez-le-feu. Je ne vois pas pourquoi il y aurait une bonne surprise pour les Arméniens. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Azerbaïdjan a tout fait pour obtenir un cessez-le-feu le plus tôt possible avant la réunion au Conseil de Sécurité.

Partager cet article

Dans la même thématique

U.S President Trump Joins Memorial Day Event
6min

International

Avec « le boys band masculiniste » de Donald Trump, la virilité se gouverne à coups d’hormones

En annonçant que l’armée américaine va désormais mesurer le taux de testostérone de ses soldats pour détecter d’éventuels déficits et proposer des traitements hormonaux, le ministre de la Défense Pete Hegseth franchit un nouveau cap dans la mise en scène d’une masculinité érigée en vertu politique. Pour ses soutiens, il s’agit d’améliorer les performances des troupes. Pour ses détracteurs, cette décision s’inscrit dans un projet idéologique plus vaste, celui d’un pouvoir masculiniste qui fait de la biologie un instrument politique.

Le

U.S.-WASHINGTON, D.C.-WHITE HOUSE-TRUMP-PRESS CONFERENCE-IRAN
6min

International

« Donald Trump prépare ses soutiens à contester le résultat des élections de mi-mandat, mais le contexte est plus inflammable qu’en 2020 » 

La nuit dernière, lors d’une allocution télévisée depuis la Maison Blanche, Donald Trump a dénoncé une fraude massive sous ingérence chinoise dans l’organisation des élections aux Etats-Unis. Un discours complotiste sans preuve qui vise à préparer la contestation de sa défaite aux élections de mi-mandat en novembre prochain, selon Alexis Pichard, docteur en civilisation américaine.  

Le

Explosions in Tehran March 8
10min

International

Frappes en Iran : «  Les différentes lignes du régime sont aujourd'hui en train d'entrer en collision »

Ce mercredi, les Etats-Unis ont achevé une quatrième vague de bombardements visant les côtes iraniennes, alors que le régime islamique a de nouveau verrouillé le détroit d’Ormuz en promettant qu’il resterait fermé jusqu’à la fin des « agressions américaines ». Pour David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut Français d’Analyse Stratégique (IFAS), chercheur associé à l'EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques, Washington mise désormais sur un effondrement du régime depuis l’intérieur.

Le

BELGIUM-EU-FRANCE-UKRAINE-RUSSIA-DIPLOMACY-SUMMIT
8min

International

« L’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne n’avancera que si l’agriculture est une priorité des négociations » 

L’Union européenne a ouvert mardi un deuxième volet dans les négociations d’adhésion de l’Ukraine. Si ce processus se déroule de manière accélérée, de nombreux sujets bloquants doivent être discutés entre Kiev et les 27, comme la question de la puissance agricole ukrainienne qui pourrait déstabiliser le marché européen.

Le