Hostilité au CETA : « L’Europe est peut-être en train de sortir de l’histoire », alerte Jean-Pierre Raffarin

Jean-Pierre Raffarin se désole des ergotages de son ancienne famille politique, Les Républicains, à voter la ratification du CETA. L’ancien Premier ministre considère le libre-échange et les accords comme la seule façon pour la France et l’Europe de sortir du marasme économique, sans quoi le risque de déclassement pourrait devenir une réalité.
Rédaction Public Sénat

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L’ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin est « très inquiet ». Le CETA, accord économique controversé entre l’Union européenne et le Canada, fait son retour dans le débat public. Et pour cause : les sénateurs se prononcent jeudi sur sa ratification définitive. Mais après avoir été ratifié de justesse il y a 5 ans par l’Assemblée nationale, l’accord avec le Canada passera-t-il l’obstacle de la Chambre haute ? C’est tout l’objet de l’inquiétude de Jean-Pierre Raffarin, après que ses « amis » politiques des Républicains ont annoncé qu’ils voteraient contre le CETA au Sénat. Une décision que l’ancien Premier ministre « ne comprend pas » : le CETA fait pour lui partie des moyens de sortir l’agriculture de sa torpeur, et de remettre la France sur les rails de l’exportation. D’autant plus que, controversé et sous le feu des critiques pour des enjeux environnementaux et protectionnistes, le traité a longtemps été mis à l’épreuve : « On a construit une période transitoire pour voir les résultats. Les résultats sont convaincants. On voit que notre commerce extérieur augmente d’un tiers, les exportations agricoles sont renforcées, nos fromages se vendent magnifiquement ».

« Nous ne sommes pas les plus forts »

 

Pour Jean-Pierre Raffarin, cette hostilité à un tel traité de libre-échange est le signe que l’on « abandonne l’idée de compétitivité dans ce pays ». « On parle aux agriculteurs, on leur donne des normes à suivre dont ils n’ont pas les moyens. C’est l’Etat qui doit payer, or l’Etat n’a pas d’argent. On est en train de nationaliser l’agriculture. On est en train de socialiser notre économie », s’emporte l’ancien Premier ministre, pour qui les parlementaires français agissent sans comprendre que « nous ne sommes pas les plus forts ». Et Jean-Pierre Raffarin de prendre l’exemple de la Chine : « On a raison de taxer les véhicules électriques pour pas qu’on ait une invasion de la Chine. Mais que fait la Chine ? Elle taxe le Cognac ! » L’ancien Premier ministre en est convaincu, il n’y a pas d’alternative à « l’ouverture » et au « libre-échange » pour maintenir le rang de la France et de l’Europe dans le monde. Le protectionnisme n’est pas adapté à la hiérarchie mondiale dans laquelle s’inscrit le Vieux continent : « Si on était les plus forts on pourrait le faire », explique Jean-Pierre Raffarin. Mais dans la situation actuelle, « les grandes puissances vont pouvoir prendre des mesures de rétorsion qui seront plus fortes que nos coups de menton », avertit-il. Et celui qui fut 12 ans sénateur de la Vienne trouve d’autant plus incompréhensible le refus de ratifier le CETA que le Canada est un partenaire de longue date : « On voit bien que les Etats-Unis et la Chine nous font des pressions très fortes. Le Canada c’est vraiment un pays ami ! »

« Le confort du repli »

Mais Jean-Pierre Raffarin perçoit aussi les dynamiques de l’opinion, alors que les sondages montrent l’hostilité générale des Français pour le libre-échange, tandis que la crise agricole, au cours de laquelle ce principe était sous le feu des critiques, couve toujours. « Je vois bien que le souverainisme, le populisme sont en train de se développer. On préfère le confort du repli plutôt que l’effort de la performance », déplore l’ancien Premier ministre, pour qui « cela ne conduit nulle part, on va s’appauvrir progressivement. Plus on s’isole, plus on s’appauvrit », assure-t-il. Pour lui, il est absolument nécessaire d’empêcher le protectionnisme de remporter l’adhésion de la société. « Je pense qu’il faut que les Français soient conscients que l’Europe est peut-être en train de sortir de l’histoire. Les grandes puissances peuvent un jour gouverner le monde sans l’Europe ». Pour Jean-Pierre Raffarin, l’Europe est suffisamment faible aujourd’hui, tant économiquement que politiquement, pour que le reste des grandes puissances lui tournent le dos, voire la cannibalise. « Quand on parle de la tension entre la Chine et les Etats-Unis, il y a deux scénarios : ils vont à la guerre et nous sommes victimes ; ils vont à la paix, et ils font la paix contre nous. Ils peuvent très bien s’arranger sur les puces électroniques et tout ça », assure l’ancien Premier ministre.

Faire passer ce message sera, d’après Jean-Pierre Raffarin, l’enjeu majeur des élections européennes de juin prochain. Mais à l’heure actuelle, c’est le Rassemblement national de Jordan Bardella, chantre du protectionnisme et pourfendeur des accords de libre-échange qui caracole en tête des intentions de vote. Pas de quoi inquiéter outre mesure l’ancien Premier ministre, pour qui les listes libérales, à commencer par celle de Valérie Hayer, ont le temps de rattraper leur retard : « L’opinion publique a aujourd’hui d’autres soucis que les élections européennes », relativise Jean-Pierre Raffarin.

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