ICE aux États-Unis : « Une milice MAGA, avec un certain nombre de réflexes qu’on a vu en Europe dans les années 1930 », pour Claude Malhuret

Au Groenland, en Iran, mais aussi aux États-Unis avec le déploiement de l’ICE, les interventions de Donald Trump sont aussi craintes que pointées du doigt. Face aux revendications du président américain sur le territoire nordique, les Européens haussent le ton. Une position saluée pour son efficacité par le sénateur Horizons.
Aglaée Marchand

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Après son discours sévère à l’égard du président américain à Davos la semaine dernière, Emmanuel Macron reçoit les Premiers ministres danois et groenlandais à l’Élysée ce mercredi. D’autres pays européens durcissent aussi le ton face aux velléités de Donald Trump dans le Grand Nord et à ses menaces de hausser les droits de douane, de quoi conduire le chef d’État américain à faire machine arrière. « Depuis quelques jours, on est en train de s’apercevoir que Trump, ça n’est pas ce qu’on croyait », estime le sénateur Claude Malhuret (Horizons), « aux États-Unis, ils le savent depuis longtemps. Ils l’appellent ‘TACO’ (ndlr : ‘Trump always chicken out’), ça veut dire que Trump se défile toujours quand des forces lui résistent ». Et de résumer : « Les gros mots, c’est pour la parade ». Il en tient pour exemple le Groenland : « Les Européens ont enfin décidé de réagir, ont décidé de s’opposer. […] Et immédiatement, on s’aperçoit qu’on peut discuter ».

S’il estime qu’Emmanuel Macron « a raison » de vouloir tendre vers « une défense militaire européenne » et « une souveraineté stratégique », l’élu de l’Allier considère que l’alliance avec les États-Unis est « nécessaire, parce que l’Europe n’est pas suffisante ». De la même manière que Washington a « besoin d’alliés », souligne-t-il. « Mais malheureusement, Trump fait aujourd’hui tout pour décrédibiliser » l’OTAN, déplore-t-il.

Les menaces américaines sur l’Iran : « Pas une solution »

Au Moyen-Orient, le locataire de la Maison Blanche a ordonné le déploiement d’une armada navale pour mettre la pression sur l’Iran, en proie à des manifestations mortellement réprimées. Claude Malhuret explique que les interventions militaires extérieures ne sont « souvent pas la solution ». « J’ai peur, malheureusement, que la plupart du temps, ça induise un réflexe nationaliste qui risque autant d’être favorable aux mollahs, qu’à l’opposition démocratique iranienne ». Il pointe aussi du doigt les motivations sous-jacentes du président américain, qui cherche avant tout à éradiquer les forces nucléaires de Téhéran. « Un peu comme au Venezuela », précise le président du groupe des Indépendants au Sénat.

« Il faut absolument arrêter » l’ICE

Sur son territoire, Donald Trump a ordonné depuis plusieurs mois le déploiement massif de la police de l’immigration (ICE), responsable de la mort de deux citoyens en janvier. De nombreuses voix civiles et politiques s’élèvent pour dénoncer des atteintes directes à l’État de droit. Claude Malhuret veut croire que ce territoire « reste l’une des plus grandes démocraties », bien qu’elle soit « en train de s’abîmer ». La faute notamment à l’entourage du président américain : « Des gens plus que suspects et pro-Poutine, sans compter les milliardaires de la tech, qui sont carrément une sorte de techno fascisme à venir ». Il voit aussi en l’ICE, une « milice MAGA et trumpiste », avec « un certain nombre de réflexes et de tendances qu’on a vu en Europe dans les années 1930, qu’il faut absolument arrêter, avant qu’on ne puisse pas revenir en arrière ».

« Mais on est loin de ça, on est en Amérique malgré tous les efforts de ces extrêmes. […] On peut espère, comme après le premier mandat de Trump, qu’ils reviennent en arrière », poursuit le sénateur Horizons. « C’est un pays fédéral, [avec] une force de résistance dans la moitié des États », explique-t-il, « les Américains ne sont pas le genre de peuple qu’on peut réduire sous sa botte ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Treasury Secretary Bessent Announces Sanctions on Nations Tied to Iran
7min

International

« Les sanctions américaines touchent davantage la population que les dirigeants du régime iranien » 

La guerre économique monte d’un cran. Ce lundi, lors d’une conférence de presse à Washington, le ministre des Finances américain Scott Bessent a présenté un nouveau train de sanctions contre l’Iran. Celles-ci, dites « secondaires », visent désormais les partenaires économiques du régime islamique, et portent sur l’or, la technologie, les actifs numériques, l’aviation et le transport maritime. Pour Public Sénat, Azadeh Kian, professeure émérite de sociologie à l’université Paris Cité et autrice de « Rethinking Gender, Ethnicity and Religion in Iran » (Bloomsbury, 2025), analyse les conséquences potentielles de ces sanctions sur la société iranienne.

Le

President Trump Hosts Team USA Olympians at White House
4min

International

États-Unis : « Cette guerre en Iran sera le moment où les historiens dateront la fin de l'ère américaine »

Alors qu'Israël a modifié unilatéralement le plan de paix pour Gaza et que l’accord sur le détroit Ormuz n'a pas impliqué les États-Unis, la question de l’influence réelle de Donald Trump sur la situation au Moyen-Orient revient avec insistance. Décryptage de ce recul de l’influence américaine avec Romuald Sciora, chercheur associé et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS.

Le

The party officially nominates Flavio Bolsonaro as its candidate for president of the republic in the 2026 elections.
10min

International

Élection présidentielle au Brésil : « Flávio Bolsonaro reste, à mon sens, un candidat relativement faible » 

Alors que le premier tour de l’élection présidentielle au Brésil se tiendra le 4 octobre, un duel entre le président sortant, Lula, et Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, se dessine. Entre le camp progressiste et une extrême-droite décomplexée, le duel s’annonce disputé et le résultat pourrait être contesté. Décryptage des enjeux de la campagne et du scrutin avec Thomas Zicman de Barros, chercheur associé au CEVIPOF et spécialiste du Brésil.

Le