Migration Italy

Immigration : que contient le pacte passé entre le Parlement européen et les Etats membres ?

Le 20 décembre, quelques heures après l’adoption par le Parlement français de la loi immigration, l’Union européenne s’accordait elle aussi sur une réforme de ses règles en matière d’accès au territoire. Ce pacte d’asile et migration, négocié entre les eurodéputés et les représentants des Etats membres, renforce largement les contrôles aux frontières de l’UE.
Rose Amélie Becel

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Mercredi 20 décembre, après deux jours de discussions ininterrompues, les négociateurs du Parlement européen et du Conseil de l’UE ont adopté les cinq règlements les plus emblématiques du pacte asile et migration. Un accord qualifié d’« historique » par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui portait ce projet de refonte de la politique migratoire depuis 2020.

Auditionnée deux jours plus tard au Sénat, la secrétaire d’Etat chargée des Affaires européennes Laurence Boone a salué l’adoption d’un pacte qui rendra la politique européenne d’asile « plus juste, plus humaine et plus efficace ». En 2023, l’Union européenne a enregistré plus de 355 000 arrivées irrégulières, un nombre record depuis 2015, où plus d’un million de réfugiés avaient fui la guerre en Syrie.

Une obligation de solidarité entre les Etats membres

Depuis 2013, le « règlement Dublin III » confère l’examen du dossier d’un demandeur d’asile au pays par lequel il est entré dans l’Union européenne. Si cette règle ne change pas, elle s’accompagnera désormais d’un mécanisme de « solidarité obligatoire », permettant de mieux répartir l’accueil des demandeurs d’asile entre les pays d’Europe du sud (Italie, Grèce, Espagne…) qui concentrent les arrivées, et les autres.

Selon ce nouveau règlement inscrit dans le pacte, chaque année, 30 000 demandeurs d’asile feront l’objet d’une « relocalisation » vers un autre pays de l’UE en attendant l’étude de leur demande. Si un pays s’oppose à ce principe de solidarité, il devra s’acquitter de 20 000 euros d’amende par demandeur d’asile refusé.

En juin dernier, lors d’une réunion des chefs d’Etats européens en sommet à Bruxelles, la Pologne et la Hongrie avaient manifesté leur vive opposition à cette mesure, bloquant la possibilité pour les Vingt-Sept d’émettre une déclaration commune sur la politique migratoire. Sans surprise, l’accord trouvé le 20 décembre sur ce règlement n’a donc pas obtenu l’adhésion de Viktor Orban. Son soutien n’était toutefois pas nécessaire, car l’adoption du pacte ne nécessite qu’un vote à la majorité qualifiée. De son côté, la Pologne a entretemps changé de position sur le sujet, avec l’arrivée au pouvoir du pro-européen Donald Tusk.

Des contrôles renforcés aux frontières de l’UE

Le pacte asile et migration comprend une autre mesure majeure : le filtrage des demandeurs d’asile aux frontières de l’Union européenne. Le pays d’arrivée sera chargé de mener des contrôles – prélèvement d’empreintes digitales, photo, examen des documents d’identité – pour ensuite orienter les personnes migrantes vers une procédure de demande d’asile classique ou accélérée, ou bien rejeter leur demande. La procédure concernera tous les arrivants, y compris les enfants à partir de 6 ans, seuls les mineurs non accompagnés seront exemptés.

Pour assurer l’accueil pendant cette période de contrôle qui pourra durer jusque six jours, le pacte asile et migration promet aussi la création de 30 000 places d’hébergement supplémentaires dans des centres d’accueil dédiés. Une politique de filtrage des arrivées dénoncées par les ONG. « Cet accord porte sur plus de détentions, notamment d’enfants et de familles, dans des centres de type carcéral », estime Stephanie Pope, conseillère en politique migratoire pour Oxfam, interrogée par l’AFP.

Au cours de son audition par la commission des affaires européennes ce 21 décembre, Laurence Boone a également été interrogée sur ce sujet par la sénatrice écologiste Mathilde Ollivier, qui fustige de son côté un « fichage prévu dès l’enfance ». « Je me souviens de m’être retrouvée dans des discussions avec un groupe de cinq ou six pays qui voulaient construire des murs et des barbelés, je crois qu’il faut regarder d’où on vient », a tempéré la secrétaire d’Etat.

Une procédure accélérée pour les ressortissants de certains pays

Après ce premier contrôle, les demandeurs d’asile orientés vers la procédure d’asile « classique » pourront effectuer leur demande dans le pays d’arrivée, ou bien faire l’objet d’une « relocalisation » vers un autre pays d’Europe qui reçoit moins de demandes. En revanche, les demandeurs d’asile dirigés vers une procédure « accélérée », autre mesure initiée par ce pacte asile et migration, devront effectuer leur demande directement à la frontière du pays d’arrivée.

Cette procédure rapide concernera tous les ressortissants des pays pour lesquels le taux moyen de reconnaissance du statut de demandeur d’asile dans l’Union européenne est inférieur à 20 %, comme le Maroc, la Tunisie, ou encore le Bangladesh. Dans ce cas, la demande d’asile sera examinée en 12 semaines maximum. À titre de comparaison, la durée moyenne de traitement de ces demandes en France s’établit aujourd’hui à 8 mois. « Nous pourrons accueillir les demandeurs d’asile avec la dignité qui leur est due, puisque leurs demandes seront traitées plus rapidement », a justifié Laurence Boone devant les sénateurs.

De son côté, Mathilde Ollivier a dénoncé la création par cette procédure accélérée d’un filtrage des migrants par nationalité, en opposition aux principes fondamentaux du droit d’asile : « C’est une appréciation individuelle des cas qui doit être adoptée pour définir le droit d’asile des personnes exilées qui le demande ». Pour Laurence Boone, cette procédure accélérée permettra de maximiser « les capacités de traitement des vraies demandes d’asile, qui sont engorgées par la migration économique ».

Sur fond de montée de l’extrême droite dans une large partie des Etats membres, l’UE espère une adoption de l’ensemble des textes du pacte asile et migration avant les élections européennes de juin prochain.

Dans la même thématique

Victory Day military parade, Moscow, Russia – 09 May 2022
6min

International

L’année 2023 de Poutine : « Une militarisation de la société russe »

Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine fait rage pour un deuxième hiver consécutif, Public Sénat fait le point sur ce qui a changé cette année dans la société russe. Pour Françoise Daucé, directrice de recherche à l'EHESS et directrice du Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC), la Russie traverse actuellement une transformation historique.

Le

Niger Coup France
4min

International

Les derniers soldats français ont quitté le Niger, marquant la fin de plus de dix ans de présence française au Sahel

Ce 22 décembre, les troupes françaises ont définitivement quitté le Niger. Fait rarissime, Paris a également décidé de fermer son ambassade à Niamey. Après l’arrêt de l’opération Barkhane au Mali et l’évacuation des forces spéciales basées au Burkina Faso, cette nouvelle séquence acte le désengagement militaire de la France au Sahel.

Le

Immigration : que contient le pacte passé entre le Parlement européen et les Etats membres ?
5min

International

En déplacement en Israël, les sénateurs sous le choc visitent le kibboutz de Kfar Aza, attaqué par le Hamas

En visite en Israël et dans les territoires palestiniens depuis le 19 décembre, Gérard Larcher et les présidents des groupes politiques ont visité le kibboutz de Kfar Aza, où de violents massacres ont été perpétrés par le Hamas le 7 octobre. Les lieux, déserts et silencieux, lourds des événements qui s’y sont produits, ont marqué les sénateurs.

Le

Immigration : que contient le pacte passé entre le Parlement européen et les Etats membres ?
4min

International

En déplacement en Israël, Gérard Larcher et les présidents de groupes politiques veulent porter « un message de solidarité  »

Le président du Sénat est en déplacement depuis mercredi 20 décembre en Israël et dans les territoires palestiniens. Gérard Larcher est accompagné de la quasi-totalité des présidents de groupe du Sénat, tous bords politiques confondus. Lors de la première étape de ce déplacement, la délégation s’est rendue au Parlement israélien, la Knesset. L’occasion pour le président du Sénat de porter un « message de solidarité et de compassion avec le peuple israélien ». Autre message porté par les sénateurs : le soutien de la position diplomatique de la France en faveur d’une solution à deux Etats.  

Le