Importations de gaz russe  : « Nous avons toujours un niveau insuffisant de sanctions », alerte François Hollande

Auditionné dans le cadre de la commission d’enquête sur les obligations climatiques de TotalEnergies, l’ancien président de la République a été questionné sur la poursuite des activités du groupe en Russie. Pour François Hollande, l’Union européenne doit suspendre les livraisons de gaz naturel liquéfié russe, « quoi qu’il en coûte ».
Rose-Amélie Bécel

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Depuis le début de la guerre en Ukraine, les sanctions économiques européennes ne s’appliquent pas à l’importation de gaz russe dans l’UE. En 2022 et en 2023, TotalEnergies a ainsi importé 14 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) sur le continent. Une activité sur laquelle le groupe pétrolier s’était expliqué devant la commission d’enquête sénatoriale, à l’occasion de l’audition de son PDG Patrick Pouyanné.

Dernier auditionné de cette même commission, François Hollande a de son côté dénoncé une insuffisance des sanctions européennes actuelles à l’encontre de Moscou. « Nous avons toujours un niveau insuffisant de sanctions, la preuve c’est qu’elles sont en ce moment en partie contournées. La Chine, la Turquie, l’Inde, l’Iran peuvent permettre à la Russie de contourner une partie de ces sanctions pour s’approvisionner, y compris en armes », a alerté l’ancien président de la République.

L’interdiction du GNL russe en Europe : « un principe de cohérence politique »

Concernant le cas particulier du GNL, François Hollande assure qu’il « serait sans doute nécessaire, quoi qu’il en coûte, de suspendre ce type de livraisons ». « C’est un atout considérable pour la Russie, une source de financements importante », a justifié l’ancien chef de l’État, estimant que cette interdiction relevait d’un « principe de cohérence politique, par rapport à ce que l’on sait de l’action de Vladimir Poutine » en Ukraine.

Questionné sur les relations qu’il avait lui-même entretenu avec TotalEnergies lors de son mandat, François Hollande a rappelé que l’Union européenne avait choisi de ne pas interdire l’approvisionnement des gazoducs reliant la Russie à l’Europe, au moment de l’invasion de la Crimée en 2014. Un choix notamment poussé par Angela Merkel, assure l’ancien président : « C’était la position de l’Allemagne depuis plusieurs années, que le gazoduc apporterait non seulement du gaz bon marché à l’Allemagne, mais qu’il était aussi un moyen de convaincre Vladimir Poutine de ne pas aller plus loin [dans son offensive en Ukraine]. Vous connaissez le résultat… »

« La sanction, c’est un arbitrage politique. Ne laissons pas croire à l’opinion que ce sont les entreprises qui bloquent »

Toutefois, François Hollande a assuré que les groupes pétroliers, à l’image de TotalEnergies, n’avaient aucune responsabilité à prendre dans la fin de ces importations de GNL : « La sanction, c’est un arbitrage politique. Ne laissons pas croire à l’opinion, parce que ce serait trompeur, que ce sont les entreprises qui bloquent une volonté des États ». Au moment où la question de sanctions économiques contre la Russie se posait en 2014, l’ancien chef de l’État affirme d’ailleurs ne « jamais » avoir « reçu une pression de Total » pour orienter sa décision.

Auditionné le 29 avril, le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné avait de son côté concédé des erreurs dans la poursuite de ses investissements en Russie. « On avait tort, on a mal évalué ce que Vladimir Poutine avait dans la tête », avait-il regretté, tout en ajoutant, « j’aurais aimé entendre plus de voix nous dire que l’on avait tort en 2014-2015, j’ai plutôt entendu des voix me poussant à continuer à investir et à faire du gaz naturel liquéfié en Russie ».

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