Les contestations en Iran perdurent partout dans le pays malgré la répression et la coupure des télécommunications. Des mobilisations contre le régime des mollahs qui résonnent partout dans le monde au sein de la communauté iranienne. En France, Ali est arrivé à l’âge de 8 ans, en 1981, avec son père Abolhassan Bani Sadr qui venait d’être contraint à l’exil suite aux pressions de l’ayatollah Rouhollah Khomeini.
Quelques années auparavant, celui qui sera élu premier président de la République islamique d’Iran en 1980 avec plus de 70 % des voix était un proche de l’icône de la révolution islamique de 1979. Depuis la France, ils ont préparé ensemble le mouvement pour renverser le régime du Shah. Président indépendant des religieux et relativement proche de l’armée, Abolhassan Bani Sadr est destitué un an après son élection. « Mon père a été trahi parce que Khomeini avant la révolution avait dit que les religieux n’interféreraient pas dans la sphère politique », reconnaît Ali, âgé de 54 ans aujourd’hui et qui vit en région parisienne.
Un combat pour une démocratie en Iran
Attaché à la ligne politique de l’ancien Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh (1952-1953) qui a notamment contribué à nationaliser le pétrole iranien, Abolhassan Bani Sadr défendait la démocratie et la liberté. Une lutte menée depuis la France après son exil. « Son combat n’était pas de retourner en Iran pour prendre un poste. Il voulait simplement le retour de la liberté, de la démocratie, une république en Iran pour que notre jeunesse ait un avenir et ne soit pas condamnée soit à la mort, soit à l’exil », détaille son fils. Décédé en 2021, le premier président de la République islamique d’Iran est enterré à Versailles. Mais son combat continue à travers les tenants d’une « république, démocratique, laïque, sociale et écologique » en Iran complète Ali qui est cadre dirigeant dans un groupe automobile français.
Dans le contexte actuel des mouvements de contestation du régime des mollahs, son héritage du combat politique revient sur le devant de la scène. Problème : depuis la disparition en 2021 du premier président de la République islamique d’Iran, aucune figure n’incarne ce courant. « Il faut qu’une personne arrive à l’incarner. Une personne de confiance fédératrice ou au moins un mouvement pour incarner cela. C’est là où il aurait été d’une aide majeure pour nous aider à incarner une proposition en aspiration avec le souhait de notre peuple », admet l’héritier d’Abolhassan Bani Sadr qui a aussi deux sœurs.
« Une autre dictature en changeant un turban par un roi »
Depuis les Etats-Unis, une autre opposition se mobilise : celle incarnée par Reza Palhavi, fils du Shah qui a été renversé en 1979. « C’est une opposition monarchique qui souhaite restaurer une autre dictature en changeant un turban par un roi. C’est le représentant des Israéliens et de Netanyahou », critique Ali Bani Sadr qui cible la volonté de Palhavi de s’appuyer sur une intervention étrangère pour cibler les piliers du régime comme les Gardiens de la révolution et les bassidjis. Pour lui, il y a une autre méthode pour renverser le régime : « Pour limiter la violence, il faut parvenir à faire que les forces armées rejoignent le peuple comme lors de la révolution de 1979. Il ne faut pas menacer les gardiens et les bassidjis. Si vous les menacez, ils vont vers le régime. Et quand le régime dit tirez, ils tirent car ils ont peur pour leur famille. »
« On souhaite que le peuple iranien parvienne à cela, à se libérer de ce régime mais par lui-même sans les bombes américaines et sans les envoyés de l’étranger. L’idée est de préparer une alternative démocratique », insiste le fils Bani Sadr. Une alternative qui permettrait aussi de rapatrier dans son pays d’origine Abolhassan Bani Sadr aujourd’hui enterré à Versailles. « Nous souhaitons aussi ramener mon père en Iran mais dans un Iran libéré. Au plus profond de mon cœur, je veux vivre ce moment-là », confie Ali avec émotion.
Nicolas Dendri