JOR : BAP H5 : Operation Chammal : Rafale
Avion de chasse Dassault RAFALE, de l'Armee de l'Air, a l'abris sous un hangar sur le tarmac de la Base Aerienne projettee au Levant (BAP H5) dans le cadre de l'Operation CHAMMAL (rotation 57). Jordanie, le 22 Decembre 2023. Dassault RAFALE fighter plane, of the Air Force, sheltered under a hangar on the tarmac of the planned Air Base in the Levant (BAP H5) as part of Operation CHAMMAL (rotation 57). Jordan, December 22, 2023.//04NICOLASMESSYASZ_2023_12_22b_617a/Credit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA/2401251855

La France doit-elle vendre 12 rafales à la Serbie ?

Emmanuel Macron est attendu ce jeudi à Belgrade pour une visite de deux jours. Au menu, la possible vente de douze avions Rafale à la Serbie. L’exportation d’armes à un pays réputé proche de Moscou suscite des interrogations, explique Florent Marciacq, chercheur associé à l’IFRI.
Fabien Recker

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Pourquoi Emmanuel Macron se rend-il en Serbie ?

« Cette visite s’inscrit dans la lignée du réengagement de la France dans les Balkans occidentaux, qui s’est amplifié ces cinq dernières années. Elle fait suite à la visite du président serbe Aleksandar Vucic à Paris au printemps dernier. L’aspect économique prévaut, puisqu’un contrat portant sur la vente de douze avions Rafale devrait être finalisé. Ce sera aussi l’occasion de marquer d’autres investissements français en Serbie, comme l’aéroport de Belgrade, passé sous concession de Vinci, ainsi que des coopérations dans le nucléaire ou dans le domaine de l’intelligence artificielle.

La vente de Rafales à la Serbie suscite des inquiétudes. Lesquelles ?

Il y a une tension entre des objectifs qui ne sont pas forcément concordants. On peut comprendre l’intérêt français d’accompagner l’industrie de l’armement à l’export. Mais il s’agit ici de développer les capacités militaires d’un pays qui n’applique pas les sanctions européennes contre la Russie, et qui entretient des liens très étroits avec Moscou, au plus haut niveau. De plus, la Serbie est marquée par un affaiblissement démocratique profond. Les dernières élections générales, en 2023, ont été marquées par un grand nombre d’irrégularités. Deux membres du gouvernement sont sous le coup de sanctions américaines. Les médias sont contrôlés, les institutions sont politisées.

La Serbie est accusée par les Occidentaux d’attiser les tensions dans les Balkans. Comment ?

La Serbie maintient des poches d’instabilité chez ses pays voisins, au Kosovo, en Bosnie et au Monténégro, partout où se trouvent des minorités serbes. La doctrine de politique étrangère serbe fait écho à la doctrine russe : utiliser les minorités à des fins d’ingérence. En armant la Serbie, on nourrit les déséquilibres régionaux. Cependant, il ne faut pas être dupe. Si elle n’achète pas de matériel français, la Serbie s’armera auprès d’autres pays.

Peut-on s’attendre à ce que ces sujets sensibles soient abordés par Emmanuel Macron à Belgrade ?

Ce qui pourrait être au menu des discussions, c’est une demande de la France de poursuivre le leader du parti pro-serbe du Kosovo, impliqué en 2023 dans une attaque qui a fait un mort à Bjanska, où vivent de nombreux Serbes du Kosovo. Cette personne vit aujourd’hui en Serbie où elle n’est pas inquiétée, alors que cette attaque a été qualifiée de « terroriste » par l’Union européenne.

Qui est Aleksandar Vucic, le président Serbe ?

Vucic dirigeait la propagande du temps de Slobodan Milosevic. C’est une personnalité très pragmatique, qui a tendance à utiliser les faiblesses de l’Occident à ses fins. Il s’est octroyé beaucoup de pouvoirs, et nourrit des liens très forts avec la Hongrie de Viktor Orban. Pour comprendre l’orientation de la Serbie, on peut regarder du côté de la Hongrie. C’est notamment en raison du veto hongrois que l’Europe a des difficultés à sanctionner les dérives autoritaires du pouvoir serbe.

Où en est le processus d’adhésion de la Serbie à l’Union européenne ?

Le processus d’adhésion existe toujours, mais les négociations sont à l’arrêt. La Serbie en tant que telle a vocation à entrer dans l’Union européenne, mais pas forcément sous la férule de M. Vucic. Il faut se demander qui sont nos alliés. Il faut les chercher dans l’opposition, la société civile, chez les gens qui sont dans la rue, où ont eu lieu de grandes manifestations ces derniers mois. »

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