Second day of the G7 Heads of State Summit, Borgo Egnazia, Puglia, Italy 14 June 2024
EMMANUEL MACRON, Abdelmadjid Tebboune during the Second day of the G7 Heads of State Summit, Borgo Egnazia, Puglia, Italy 14 June 2024//AGFEDITORIAL_SEA140624-292/Credit:Alessandro Serran˜/AGF/SIPA/2406151319

La France reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ce qui relance les tensions avec l’Algérie

Emmanuel Macron a acté un revirement majeur de la diplomatie française au Maghreb. En reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, le chef de l’Etat relance les tensions diplomatiques avec Alger et divise la classe politique.
Rédaction Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Dans une lettre adressée au roi du Maroc, Mohamed VI, et publiée mardi 30 juillet, Emmanuel Macron estime que le plan marocain « constitue désormais la seule base pour aboutir à une solution politique » au Sahara occidental. Cette ancienne colonie espagnole, située au sud du Maroc, est en conflit avec le royaume depuis 1975 et revendique son droit à l’autodétermination. Si le territoire est contrôlé de facto par le Maroc, les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie, réclament l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Après des combats entre 1975 et 1991 la conclusion d’un cessez-le-feu prévoyait une consultation sur l’autonomie du territoire.

Le roi du Maroc salue le changement de position de la France et se félicite d’une « position claire et forte » de la France dans son soutien « à l’autonomie [du Sahara occidental] sous souveraineté marocaine ».

Si la France ne mentionne pas la « marocanité » du territoire, elle admet la souveraineté marocaine. A travers cette déclaration, la France relance la querelle opposant le Maroc et l’Algérie à propos du Sahara occidental, territoire riche en phosphate et en ressources halieutiques. En réaction, Alger qualifie cette décision « d’inopportune et contreproductive » et estime qu’elle n’est pas susceptible d’aboutir à un règlement pacifique du conflit. Par ailleurs, l’Algérie a annoncé le retrait immédiat de son ambassadeur à Paris ainsi que la diminution de sa représentation diplomatique. « Ce n’est pas un simple rappel d’ambassadeur pour des consultations. C’est une diminution de la représentation diplomatique. C’est un pas important pour exprimer notre condamnation et notre réprobation », a déclaré en conférence de presse Ahmed Attaf, ministre algérien des Affaires étrangères. L’Algérie devrait prendre d’autres mesures, comme la baisse des réadmissions liées à l’exécution d’une obligation de quitter le territoire français. La visite du président algérien, Abdelmajid Tebboune, en France au début de l’automne pourrait également être remise en cause.

Il était « temps de tenir compte des réalités » salue Gérard Larcher

Le revirement français suscite également des réactions mitigées au sein de la classe politique, tant sur le fond que sur la forme. Dans un communiqué, le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), se réjouit d’une position mettant fin « à une ambiguïté stérile » et estime qu’il était « temps de tenir compte des réalités ». Le président de l’UDI et président du groupe Union Centriste au Sénat, Hervé Marseille soutient également la décision française qui, selon lui, « relance une nouvelle dynamique avec le Maroc ». Le sénateur socialiste Rachid Temal apporte également son soutien à la démarche regrettant cependant qu’elle ne fasse pas l’objet d’une consultation du Parlement.

Cependant la plupart des responsables de gauche fustigent la décision du chef de l’Etat et pointent une décision inadaptée alors que le gouvernement est démissionnaire et qu’il avait lui-même plaidé pour une « trêve politique » pendant les Jeux Olympiques. « [C’est] une erreur historique prise par un homme seul, à la tête d’un Etat sans gouvernement ni majorité », affirme Marine Tondelier. Le communiste Fabien Roussel accuse le Président de la République de créer les conditions d’une « crise diplomatique grave » avec l’Algérie, pays avec lequel les relations sont tendues depuis plusieurs années.

Un plan d’autonomie, sous souveraineté marocaine

Le plan marocain, présenté en 2007 pour résoudre le conflit, écarte la possibilité d’un référendum d’autodétermination à court terme et prévoit une autonomie pour le territoire, mais sous souveraineté marocaine. Le texte marocain propose une autonomie législative avec un gouvernement et un Parlement propre ainsi que des compétences en matière fiscale et budgétaire. Le royaume conserverait la main sur les questions régaliennes, en particulier les questions liées à la sécurité, la défense et les relations extérieures.

Avec AFP

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Présidentielle au Brésil
6min

International

« Une victoire de Flavio Bolsonaro à la présidentielle au Brésil marquerait un tournant historique vers un régime autoritaire et illibéral » selon l’historienne Armelle Enders

Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien chef d’Etat brésilien d’extrême droite, a créé la surprise dimanche en arrivant en tête au premier tour de la présidentielle au Brésil. Il affrontera le président Lula au second tour dans trois semaines, lors d’un scrutin qui pourrait être un tournant historique pour le pays en cas de retour du bolsonarisme au pouvoir, selon l’historienne spécialiste du Brésil Armelle Enders.

Le

La France reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ce qui relance les tensions avec l’Algérie
5min

International

Carburants : Comment la Bulgarie réussit à maintenir le litre d’essence à 1,66 euro

Les prix du carburant n’ont jamais été aussi élevés en Europe et continuent de flamber à cause des tensions dans le détroit d’Ormuz. Chaque Etat-membre met en place ses mesures d’aide à la population et à l’économie, mais quelle doit être la stratégie de l’Union européenne pour calmer cette crise ? On en débat cette semaine dans Ici l’Europe, émission diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le

New York : Bilateral between Trump and Macron
5min

International

ONU : la France affiche sa « volonté de rouvrir Ormuz », mais reste dépendante des négociations entre l’Iran et les Etats-Unis 

Alors que les leaders internationaux se succèdent à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, la France tente de faire avancer les efforts diplomatiques pour assurer la sécurité et la réouverture du détroit d’Ormuz. Une proposition qui reste conditionnée à la reprise des négociations entre les belligérants.

Le