La mémoire du Débarquement doit servir à créer « du sens commun » dans la société, selon l’historien Vincent Duclert

Pour l’historien, invité de la matinale de Public Sénat, les commémorations autour du débarquement du 6 juin 1944 doivent permettre de développer l’attachement du peuple à la démocratie, dans une période où la tentation des extrêmes est forte
Rédaction Public Sénat

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Il y a 80 ans, des milliers d’Américains, de Canadiens et d’Anglais posait un pied sur une plage de Normandie – Omaha beach. Une opération militaire entrée dans l’histoire non seulement par l’importance qu’elle recouvre dans la suite de la seconde guerre mondiale mais aussi comme le symbole d’une bataille pour la liberté et la fraternité humaine face au nazisme. 80 ans plus tard, ce jeudi, 25 dirigeants étrangers et 200 vétérans du Débarquement seront reçus au même endroit pour rendre hommage aux héros qui ont permis le succès de l’opération, avant un discours prononcé par Emmanuel Macron en fin de journée. Une journée de commémoration saluée par l’historien Vincent Duclert, pour qui « tout cela se fait de manière assez mesurée ». « Il y a la reconnaissance très forte que si la France a été libérée c’était grâce aux alliés – ce que le Général de Gaulle ne souhaitait pas trop développer, il disait que la France s’était libérée seule, ce qui était faux ».

Message aux nouvelles générations

Surtout, l’événement doit permettre selon lui de rappeler aux Français l’importance de vivre en démocratie et le combat que certains ont eu à mener au nom de ce principe. « La libération de la France s’est jouée avec le sacrifice d’hommes et de femmes », insiste l’historien, pour qui cette histoire montre que « l’on est tous en situation, à un moment donné, d’être obligés de choisir et de combattre ». Alors que les derniers témoins de la seconde guerre mondiale tendent à disparaître, Vincent Duclert affirme la nécessité de s’adresser aux nouvelles générations : « Ce message-là, il ne faut pas qu’il soit traumatisant pour les jeunes, mais leur dire que la meilleure façon d’éviter les catastrophes, c’est de s’y préparer moralement ». Car pour l’historien, c’est la force des idéaux qui a permis autrefois à certains de se soulever contre le nazisme : « Si on regarde l’engagement de la jeunesse dans la Résistance, c’était pour une certaine idée de la nation. Une idée de la nation qui était politique : les valeurs républicaines, la démocratie locale, le sens de la fraternité ».

 

 

Eviter « les extrêmes »

Commémorer le Débarquement de Normandie doit donc, à travers l’exemple des héros du passé, de « donner du sens à une société pour éviter qu’elle aille vers les extrêmes », prône Vincent Duclert, pour qui « les extrêmes c’est la destruction de nos sociétés ». « On se construit avec la connaissance du vécu des autres », ajoute l’historien, convaincu de la nécessité de « recréer du sens commun » à travers ce type d’événements.  « Il faut des lieux qui ne précipitent pas les jeunes dans l’effroi du passé, mais qui leur disent qu’il y a des combats qui nous dépassent. La possibilité de vivre en démocratie, on pensait que c’était acquis après la chute du mur de Berlin. On s’aperçoit aujourd’hui que c’est périlleux, que les menaces sont multiples ».

Et l’historien d’insister sur le fait que cette commémoration soit aussi un moment de fraternité entre les peuples : « Ce débarquement, c’est un grand moment national qui n’a de sens que si on le prend sur le plan international et sur le plan de la fraternité entre les nations démocratiques ».

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