Le Sénat propose de suspendre TikTok : « On espère que la menace suffira », explique le rapporteur Claude Malhuret

La commission d’enquête parlementaire du Sénat sur le réseau social TikTok invite le gouvernement à laisser six mois à l’application pour se mettre en règle avec les lois européennes, sous couvert d’une suspension une fois ce délai passé. Invité de la matinale de Public Sénat, le sénateur Claude Malhuret, qui a piloté les travaux de la commission d’enquête, évoque les nombreux points d’inquiétude autour de ce réseau social.
Romain David

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Le Sénat ouvre les hostilités contre TikTok. La commission d’enquête parlementaire lancée par la Chambre Haute sur ce réseau social demande au gouvernement de suspendre cette application à partir du 1er janvier 2024, si celle-ci ne s’est pas mise en conformité avec un certain nombre de réglementations. Le Sénat propose également de demander à Bruxelles sa suspension au sein de l’UE « pour des raisons de sécurité ».

« Nous exigeons une mise en conformité de TikTok par rapport aux règles européennes qui ne sont pas respectées actuellement, notamment sur la confidentialité des données et les cookies, et nous proposons de suspendre l’application jusqu’à cette mise en conformité. Non pas de l’interdire ou de la fermer définitivement. Nous ne sommes pas là pour brandir le gourdin, on espère que la menace suffira », a expliqué Claude Malhuret, le rapporteur de la commission d’enquête, au micro de la matinale de Public Sénat ce vendredi 7 juillet.

« TikTok se flatte toujours d’être transparent mais c’est d’une opacité totale »

« Il faut essayer d’être constructif, même si c’est difficile avec les réseaux sociaux parce qu’ils se moquent des lois, ils fonctionnent à l’international, il est difficile de les poursuivre et les amendes, souvent, représentent une goutte d’eau par rapport à leur budget », reconnait le sénateur, qui préside également le groupe Les Indépendants -République et Territoires au Sénat. « Quand il y a 150 millions d’utilisateurs [en Europe, ndlr] vous ne pouvez pas, du jour au lendemain, couper le robinet. Il faut expliquer ».

« Nous avons reçu en audition le ministre du Numérique, nous avons discuté avec Bercy, ce n’est pas une surprise pour eux, ils savent que notre rapport allait être musclé. Bien sûr, il ne s’agit que de recommandations, nous n’avons pas le pouvoir de décider de telle ou telle chose », rappelle l’élu. « TikTok se flatte toujours d’être transparent mais c’est d’une opacité totale. Nous voulons connaître le capital de la société, qui vote au conseil d’administration, quelles sont les liens avec la Chine… Il est normal que les gouvernements européens, avant de délivrer des autorisations, demandent ces informations »

« Une arme de guerre cognitive »

Rendu public jeudi 6 juillet, le rapport de la commission d’enquête établit la preuve d’un transfert des données des utilisateurs de TikTok vers la Chine, pays d’origine de l’application, et s’interroge sur l’utilisation qui en est faite, pointant notamment un risque d’espionnage. Le rapport alerte également sur la circulation massive de « fake news » sur l’application, décrite comme un instrument de désinformation et de propagande au service de Pékin. Autre point d’inquiétude : le caractère extrêmement addictif de l’algorithme qui régit TikTok, et son impact sanitaire et psychologique sur les plus jeunes utilisateurs alors que la plateforme est, théoriquement, interdite aux moins de 13 ans. « 45% des 11-12 ans sont sur TikTok. Il y a zéro contrôle d’âge ! », s’agace Claude Malhuret.

« TikTok est et reste un réseau social, avec beaucoup de défauts, mais c’est en même temps une arme de guerre cognitive », observe encore notre invité. « La Chine a désormais un instrument dont elle peut se servir pour n’importe quelle opération d’influence. »

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Andy Burnham, new British Prime Minister Arrives at  10 Downing Street.
4min

International

Andy Burnham, le « roi du Nord » : qui est le nouveau Premier ministre britannique ?

Après le désaveu de Keir Starmer l’ex-premier ministre, Andy Burnham a pris sa succession ce lundi 20 juillet. Plusieurs fois ministre et maire de Manchester, cet élu populaire compte bien réorganiser le pays et faire mieux que ces prédécesseurs. Reçu par le roi cet après-midi, le chef du parti travailliste a été officiellement nommé Premier ministre.

Le

U.S President Trump Joins Memorial Day Event
6min

International

Avec « le boys band masculiniste » de Donald Trump, la virilité se gouverne à coups d’hormones

En annonçant que l’armée américaine va désormais mesurer le taux de testostérone de ses soldats pour détecter d’éventuels déficits et proposer des traitements hormonaux, le ministre de la Défense Pete Hegseth franchit un nouveau cap dans la mise en scène d’une masculinité érigée en vertu politique. Pour ses soutiens, il s’agit d’améliorer les performances des troupes. Pour ses détracteurs, cette décision s’inscrit dans un projet idéologique plus vaste, celui d’un pouvoir masculiniste qui fait de la biologie un instrument politique.

Le

U.S.-WASHINGTON, D.C.-WHITE HOUSE-TRUMP-PRESS CONFERENCE-IRAN
6min

International

« Donald Trump prépare ses soutiens à contester le résultat des élections de mi-mandat, mais le contexte est plus inflammable qu’en 2020 » 

La nuit dernière, lors d’une allocution télévisée depuis la Maison Blanche, Donald Trump a dénoncé une fraude massive sous ingérence chinoise dans l’organisation des élections aux Etats-Unis. Un discours complotiste sans preuve qui vise à préparer la contestation de sa défaite aux élections de mi-mandat en novembre prochain, selon Alexis Pichard, docteur en civilisation américaine.  

Le

Explosions in Tehran March 8
10min

International

Frappes en Iran : «  Les différentes lignes du régime sont aujourd'hui en train d'entrer en collision »

Ce mercredi, les Etats-Unis ont achevé une quatrième vague de bombardements visant les côtes iraniennes, alors que le régime islamique a de nouveau verrouillé le détroit d’Ormuz en promettant qu’il resterait fermé jusqu’à la fin des « agressions américaines ». Pour David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut Français d’Analyse Stratégique (IFAS), chercheur associé à l'EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques, Washington mise désormais sur un effondrement du régime depuis l’intérieur.

Le