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Les frappes se multiplient sur les infrastructures énergétiques au Moyen-Orient : « Les Iraniens ne s’arrêteront pas, ils sont dans une logique de punition » 

Au lendemain des frappes contre des sites pétroliers et gaziers dans le Golfe, le conflit entre l’Iran et Israël et les Etats-Unis entre dans une nouvelle phase. Ce jeudi, les prix du gaz et du pétrole ont flambé atteignant des niveaux inédits depuis le début de la guerre.
Henri Clavier

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Les prix du gaz et du pétrole ont flambé depuis les frappes israéliennes puis iraniennes sur différentes infrastructures de la région. Ce jeudi matin, le prix du baril de pétrole atteignait les 118 dollars – contre 71 dollars avant le début de la guerre – et les prix du gaz européen progressaient de 35 %. Mercredi soir, Israël a mené des frappes sur le gisement gazier iranien de South Pars qui fournit environ 70 % du gaz naturel consommé en Iran. La République Islamique d’Iran a répliqué en frappant le complexe gazier de Ras Lafan au Qatar. Plusieurs raffineries au Koweït et en Arabie saoudite ont également été touchées faisant craindre un ciblage croissant des infrastructures énergétiques. 

« Les Iraniens ne s’arrêteront pas et sont dans une logique de punition » 

Alors que les sites énergétiques ont été relativement épargnés depuis le début de la guerre, notamment par les frappes américaines, une intensification des frappes pourrait faire basculer le conflit dans une nouvelle dimension. En effet, dans le Golfe, les monarchies haussent le ton. Le Qatar a déploré que les attaques « aient franchi toutes les lignes rouges ». Et l’Arabie saoudite se « réserve le droit » désormais de répliquer militairement. Alors que les risques qui pèsent sur le passage du détroit d’Ormuz, où transite un tiers du commerce mondial de pétrole et 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) ont déjà largement contribué à l’augmentation des prix des hydrocarbures, les dernières frappes pourraient accentuer la pression internationale sur les belligérants. « Avec des prix à 150 dollars le baril les conséquences sur la croissance mondiale serait très forte avec un risque de diffusion de cette problématique dans les différents secteurs de l’économie », explique Emmanuel Hache, directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste de la prospective énergétique et de l’économie des ressources naturelles dans une vidéo publiée sur le site de l’IRIS. 

Cet après-midi, six pays dont la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie ont déclaré être « prêts à contribuer aux efforts nécessaires pour garantir la sécurité du passage dans le détroit ». Pour Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques, ces frappes rappellent un conflit dans lequel était déjà impliqué l’Iran : « Les Iraniens ne s’arrêteront pas et sont dans une logique de punition. C’est une approche qui fait apparaître un certain nombre de similitudes avec ce qu’il s’est passé durant la guerre Iran-Irak avec une pression sur le trafic pétrolier. » 

Un risque d’intensification 

Alors que les frappes pourraient s’intensifier, la perspective d’un apaisement du conflit à court terme semble s’éloigner. « Les Etats-Unis et Israël ne poursuivent pas les mêmes objectifs, Benyamin Netanyahou cherche à torpiller d’éventuelles négociations alors que Donald Trump cherche un narratif pour se sortir de cette guerre et se déclarer victorieux », analyse Pierre Razoux, également auteur de « Iran-Irak, la première guerre du Golfe » aux éditions Perrin. 

Une divergence stratégique qui explique notamment le choix israélien de frapper le site de South Pars alors que les Etats-Unis refusaient jusque-là de frapper les infrastructures gazières et pétrolières iraniennes, notamment pour ménager leurs alliés du Golfe. Donald Trump a d’ailleurs assuré dans la nuit, sur son réseau Truth social que les Etats-Unis ne « savaient rien » de l’attaque israélienne. 

Malgré cela, à court terme, les dernières frappes ne devraient pas précipiter des négociations pour aboutir à un cessez-le-feu. « Je ne pense pas que les prix des hydrocarbures soient déterminants pour la stratégie américaine. A court terme, cela peut profiter aux Etats-Unis qui sont des exportateurs nets de pétrole, donc jusqu’à l’été ils peuvent prendre le risque à l’approche des élections de mi-mandat ils vont devenir plus nerveux », juge Pierre Razoux. 

La perspective d’une guerre sur le long terme 

Le scénario d’un enlisement se concrétise donc alors que le Pentagone a indiqué ne pas avoir de « calendrier défini » pour la fin de la guerre. Par ailleurs, l’élimination d’une grande partie des dirigeants iraniens depuis le début de la guerre, dont le guide suprême Ali Khamenei, n’a pas provoqué de renversement du régime. « Tout le système iranien depuis 1979 a été conçu pour être redondant, résilient et permettre à la révolution de survivre peu importe le destin des chefs avec des chaînes de dévolution et de succession très approfondies », rappelle Pierre Razoux. Au contraire, ce dernier estime que le conflit pourrait pousser le régime iranien à se radicaliser. 

Reste à savoir si l’armée iranienne peut conserver sa capacité de nuisance sur le long terme alors que le secrétaire américain à la défense, Pete Hegseth, a affirmé que les attaques iraniennes de missiles balistiques et de drones à usage unique contre les forces américaines ont « diminué de 90 % depuis le début du conflit ». « C’est très facile de frapper les infrastructures d’hydrocarbures qui sont des cibles énormes, immobiles et peu défendues. L’Iran a réduit l’intensité de ses frappes mais conserve suffisamment de lanceurs et de munitions pour mener une guerre d’attrition sur le long terme », souligne Pierre Razoux.

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