« Les plus grands amis de Poutine dans les pays occidentaux sont soit à l’extrême gauche, soit à l’extrême droite », pointe l’opposant russe Vladimir Kara-Mourza

Auditionné au Sénat, l’historien et ancien prisonnier politique russe Vladimir Kara-Mourza a épinglé « les liens financiers entre le régime de Poutine et les partis d’extrême gauche et d’extrême droite ». Il a notamment cité « le crédit bancaire du Front national », emprunté à une banque russe pour financer les campagnes du parti aux élections régionales et départementales de 2015.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Arrêté en 2022 pour avoir dénoncé l’invasion en Ukraine, condamné à 25 ans de prison pour « haute trahison », plusieurs fois empoisonné, l’opposant politique russe Vladimir Kara-Mourza était auditionné au Sénat ce 10 avril. Après avoir livré sa perspective sur la société russe, l’opposition au Kremlin et la guerre en Ukraine, le vice-président de la fondation Russie Libre a aussi été interrogé sur sa vision de la politique française.

« De vos yeux de Russe, pouvez-vous expliquer pourquoi l’extrême gauche et l’extrême droite, dans nos pays européens et notamment en France, sont aujourd’hui pro-Poutine et anti-Zelensky ? », lui a ainsi demandé le président du groupe Les Indépendants Claude Malhuret.

Une référence au « crédit bancaire du Front national »

« Quand je parle devant les parlements des pays européens, chaque fois que des députés d’extrême droite et d’extrême gauche s’expriment, ils pourraient parler sur la première chaîne de la télévision russe, parce qu’ils utilisent les mêmes mots », pointe Vladimir Kara-Mourza. « Les plus grands amis de monsieur Poutine dans les pays occidentaux sont soit à l’extrême gauche, soit à l’extrême droite », ajoute-t-il.

Pour l’opposant russe, la sympathie de certains partis occidentaux à l’égard du chef du Kremlin s’explique notamment par des intérêts financiers. « Je suis sûr que, lorsqu’il y aura un changement politique en Russie et que les archives seront publiées, nous allons trouver pas mal d’informations intéressantes sur les liens financiers entre le régime de Poutine et les partis d’extrême gauche et d’extrême droite », observe-t-il.

Sans s’étendre davantage sur le sujet, Vladimir Kara-Mourza a tout de même cité « le crédit bancaire du Front national ». Une référence au prêt contracté par le FN auprès d’une banque russe, la First Czech Russian Bank, pour financer la campagne du parti aux élections régionales et départementales de 2015. De son côté, Marine Le Pen s’est toujours défendue d’entretenir des liens avec le Kremlin, même si elle a été reçue officiellement par Vladimir Poutine en 2017. La cheffe de file du RN assure n’avoir eu d’autre choix que de recourir à des emprunts de banques étrangères, face à la frilosité des banques françaises à soutenir son parti. Devenu de plus en plus encombrant depuis l’invasion russe en Ukraine, le Rassemblement national a finalement remboursé en 2023 son prêt de plus de 6 millions d’euros.

Partager cet article

Dans la même thématique

« Les plus grands amis de Poutine dans les pays occidentaux sont soit à l’extrême gauche, soit à l’extrême droite », pointe l’opposant russe Vladimir Kara-Mourza
4min

International

Accord UE-Inde : il risque « d’augmenter nos importations de médicaments génériques », et d’aggraver notre dépendance, alerte cette députée européenne

L’Union européenne et l’Inde ont signé fin janvier un accord de libre-échange. Un traité commercial qui suscite beaucoup moins d’opposition que celui du Mercosur, même s’il comporte des failles. Si la promesse d’un marché de deux milliards d’individus promet des débouchés nouveaux à l’heure de la hausse des tarifs douaniers avec les Etats-Unis, peut-on se lier avec un pays dans lequel les normes sociales sont faibles, et surtout allié objectif de la Russie de Valdimir Poutine ? On en débat cette semaine dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le

FOCUS | U.S., Iranian delegations start talks in Muscat
9min

International

Négociations Iran/Etats-Unis : « Il n’y a aucune confiance, une hostilité évidente, mais des deux côtés, on a besoin d’un accord »

Au moment où s’engagent des pourparlers entre Téhéran et Washington sur le nucléaire iranien, Bernard Hourcade, chercheur émérite au CNRS, estime que les deux parties ont intérêt à un accord, car « l’Iran a besoin de lever les sanctions et les Etats-Unis ont besoin de dire que les Iraniens ont accepté sur le nucléaire ».

Le

Justice Department Jeffrey Epstein
6min

International

Affaire Epstein : « L’objectif est de noyer le public sous une masse de documents pour détourner les yeux de la Maison-Blanche »

Le département de la justice a révélé le 30 janvier de nouveaux documents liés à l’affaire du prédateur sexuel Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019. Plusieurs personnalités de premier plan sont éclaboussées, comme Bill Gates, Richard Branson, Elon Musk ou encore Howard Lutnick, l’actuel secrétaire au Commerce de Donald Trump. Pour Public Sénat, Nicole Bacharan, politologue spécialiste des Etats-Unis, analyse les potentielles répercussions de cette affaire.

Le

« Les plus grands amis de Poutine dans les pays occidentaux sont soit à l’extrême gauche, soit à l’extrême droite », pointe l’opposant russe Vladimir Kara-Mourza
4min

International

Vers une intervention américaine en Iran ? « Comme toujours avec Donald Trump, c'est une affaire de deal », analyse Gilles Kepel

Alternant entre ultimatums et propos visant à calmer le jeu, Donald Trump continue d’agiter la menace d’une nouvelle intervention militaire américaine en Iran. « Toutes les préparations sont faites pour mettre la pression maximale sur Téhéran pour les contraindre à une négociation », estime Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe, ce lundi 2 février sur Public Sénat.

Le