“Les trois pays du Benelux font des cadeaux fiscaux injustifiés aux multinationales” selon cet eurodéputé belge

A quatre mois des élections européennes, Ici l’Europe, vous propose une série de dix grands débats consacrés aux enjeux de ce scrutin dans les différents Etats-membres. Le deuxième numéro de cette série est consacré aux pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg).
Alexandre Poussart

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Les mots de cet eurodéputé belge sont forts. « Les trois pays du Benelux volent des recettes fiscales aux Etats-membres de l’Union européenne. Ils font des cadeaux fiscaux injustifiés aux multinationales, et incitent à localiser des profits dans des endroits où ils n’ont pas été faits », estime Philippe Lamberts, eurodéputé belge, coprésident du groupe Les Verts au Parlement européen. Il se montre très critique envers son pays, qui est d’ailleurs concerné par l’affaire Lactalis. Le géant laitier français est soupçonné par la justice française d’avoir transféré en Belgique des bénéfices réalisés en France pour échapper à l’impôt. « La Belgique est un enfer fiscal pour ceux qui travaillent, et un paradis fiscal pour les multinationales », explique-t-il dans l’émission Ici l’Europe, débat consacré aux enjeux des élections européennes dans les pays du Benelux, sur France 24 et Public Sénat.

Parmi ces trois pays fondateurs de l’Union européenne, le Luxembourg est souvent pointé du doigt comme étant une place forte de l’optimisation fiscale, voire de l’évasion fiscale. Il y a 10 ans, le scandale des Luxleaks avait éclaté, révélant les arrangements fiscaux conclus entre de nombreuses multinationales et l’Etat luxembourgeois. Pour Isabel Wiseler Lima, eurodéputée luxembourgeoise, membre du Parti populaire européen, à la droite de l’hémicycle, « le Luxembourg a fait beaucoup d’efforts ces dernières années, en matière de transparence fiscale. Notre pays transpose toutes les directives européennes, et a accepté l’échange automatique de données financières. » Ces derniers mois, la Commission européenne a perdu des batailles juridiques face au Luxembourg qu’elle accusait de verser des avantages fiscaux aux multinationales comme Amazon ou le français Engie, considérés par Bruxelles comme des aides d’Etats illégales.

Les Pays-Bas, pays frugal, se satisfont du retour de la rigueur budgétaire

De leur côté, les Pays-Bas se caractérisent comme très rigoureux sur le plan budgétaire et classé parmi les pays dits frugaux de l’Union, avec le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, toujours prompts à demander une baisse des déficits et des dettes des Etats-membres. Sur ce plan, les Pays-Bas, toujours dirigés par les libéraux alors que l’extrême droite peine à former un gouvernement, sont satisfaits des nouvelles règles budgétaires sur lesquelles se sont mis d’accord les acteurs européens. Elles prévoient que les pays qui ne respecteraient pas la règle d’un déficit de 3 % et d’une dette de 60 % de la richesse nationale, se verront fixés par Bruxelles des objectifs chiffrés de désendettement à atteindre chaque année.

Pour Sophie In’t Veld, eurodéputée néerlandaise vivant en Belgique, membre du groupe Renew, « aux Pays-Bas, il y a une tradition de prudence, et ce n’est pas mauvais, car laisser filer une dette ce n’est pas solidaire vis-à-vis des générations futures. Il faut aussi savoir comment sont utilisées les ressources publiques. »

Mais pour Philippe Lamberts, ce nouveau pacte budgétaire de stabilité est « la plus grande bourde politique de l’Europe de ces dernières années. On est en train de se couper les bras et les jambes au moment où on doit surinvestir pour rattraper notre retard sur le plan écologique, numérique, de défense, et face au vieillissement de la population. C’est une camisole de force, injustifiée sur le plan économique. »

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