L’Europe « doit arrêter de regarder le détroit d’Ormuz et produire une énergie décarbonée », selon cet eurodéputé français

La crise énergétique liée à la guerre en Iran révèle les fragilités de l’Union européenne, toujours très dépendante des énergies fossiles importées. Quelles leçons faut-il en tirer ? C’est le débat de la semaine dans Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat.
Alexandre Poussart

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Même s’ils ne se sont pas impliqués dans la guerre en Iran, les Européens ont été touchés par les conséquences de ce conflit et la flambée mondiale des prix des hydrocarbures. « Cette crise énergétique a eu un impact majeur sur un grand nombre d’activités. L’économie européenne s’en trouve fragilisée », constate Isabelle Le Callennec, eurodéputée française, membre du groupe du Parti populaire européen, interrogée dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat. « Je pense aux pêcheurs, aux agriculteurs, aux services d’aides à la personne, à toutes celles et ceux obligés de prendre leur voiture pour aller travailler. Et on a vu des réactions très différentes de la part des 27 Etats-membres de l’UE face à cette crise du prix de l’essence. »

Des réactions diverses des 27 face à la hausse du prix de l’essence

En effet, alors que les pays du Nord dits « frugaux » n’ont pas vraiment réagi à cette flambée à la pompe, certains Etats du sud comme l’Italie et l’Espagne ont baissé les taxes sur le carburant pour diminuer la facture des automobilistes, le Hongrois Viktor Orban, en campagne électorale, a bloqué le prix du carburant, tandis que la France a pris des mesures ciblées pour certains secteurs d’activités fortement impactés.

Cette crise venue d’Iran a surtout révélé les fragilités de l’Union européenne car l’importation d’énergies fossiles représente la moitié de sa consommation énergétique. Une faille déjà révélée par la guerre en Ukraine en 2022 et l’envolée des prix de l’énergie. « En 2022, lorsque l’UE prend des sanctions contre la Russie, elle n’a pas eu de réflexion sur l’autonomie énergétique européenne », estime Marc Botenga, eurodéputé belge, membre du groupe La Gauche. « On vous dit « on n’importera plus d’énergie de Russie, puis vous n’arrivez plus à importer du Moyen-Orient, et donc vous allez chercher vos hydrocarbures aux Etats-Unis et c’est Donald Trump qui en profite. Nous sommes en train d’augmenter notre dépendance vis-à-vis du gaz américain. »

Relancer le nucléaire, accélérer sur le renouvelable

Pour Christophe Grudler, eurodéputé français, membre du groupe centriste Renew, le défi européen est de réduire cette dépendance aux énergies fossiles en renforçant la place des énergies décarbonées produites en Europe et notamment du nucléaire. « La présidente de la Commission européenne depuis 2019, Ursula von der Leyen, a reconnu qu’elle avait fait une erreur en bloquant le développement du nucléaire pendant des années. La question maintenant c’est de retrouver un nouvel élan pour relancer cette énergie nucléaire mais aussi l’hydraulique, car l’Europe a d’importantes ressources dans ce domaine. »

A quel rythme faut-il décarboner l’économie ?

Le débat au sein des instances européennes se crispe sur le rythme de sortie des énergies fossiles alors que le Parti populaire européen, premier parti du Parlement européen, s’est allié avec les groupes d’extrême droite ces derniers temps pour freiner les ambitions environnementales de l’UE, par exemple en assouplissant l’objectif d’interdiction de la vente de voitures thermiques en 2035.

« Ce que demande mon groupe c’est de donner du temps et des moyens aux entreprises européennes pour s’adapter à ces objectifs de décarbonation, qui peuvent avoir un impact sur leurs coûts et leur compétitivité dans un contexte de concurrence mondiale avec les Etats-Unis et la Chine », explique Isabelle Le Callennec. Son homologue belge du groupe La Gauche se montre critique sur cette posture de la droite européenne qui « met le frein sur les énergies renouvelables, ne met pas les moyens et après vient pleurer sur notre dépendance aux énergies fossiles. »

« L’Europe n’est jamais aussi forte que dans les crises », résume Christophe Grudler. « Quand il y a une crise, il y a une prise de conscience. On l’a vu pour la défense avec l’agression russe en Ukraine. On le voit désormais pour l’énergie. Cette crise énergétique est l’occasion pour les Européens de s’organiser pour que demain en Europe on produise de l’énergie décarbonée, du renouvelable, du nucléaire, qui nous permette de ne plus dépendre des autres. »

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