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Dans leur livre L’Ours et le renard [Ed. Perrin], les historiens militaires Michel Goya et Jean Lopez font « l’histoire immédiate » de la guerre en Ukraine. Dans les premiers enseignements à tirer de ce conflit encore en cours et par définition indécis, les deux historiens estiment que l’approche de l’invasion développée par les Russes en mars 2022 a été capitale dans l’enlisement du conflit.
« Les Russes ont dessiné une opération sur la foi de renseignements de terrain, d’une culture militaire particulière et d’une vision politique. Tout cela leur a fait penser que leur adversaire ne leur opposerait pas de résistance, parce que celle-ci serait concentrée dans un noyau dur à la tête de l’Etat et qu’en prenant Kiev, l’opération d’invasion se transformerait en occupation », détaille Jean Lopez, journaliste et historien, fondateur de la revue Guerres et histoire.
D’après lui, cette erreur d’interprétation initiale a été à l’origine « d’un échec total extrêmement grave » pour l’armée russe, qui « prendra sa place dans les manuels d’histoire militaire comme l’un des plus grands ratages stratégiques, du XXIème siècle au moins. » Michel Goya, historien militaire, abonde : « Les Russes ont en quelque sorte fait tapis pour obtenir un succès décisif d’emblée, mais dans la bataille décisive de Kiev, ils ont complètement échoué. Cet échec a déterminé la suite des événements et a été un désastre pour l’armée russe. »
Le colonel de marine y voit un schéma classique des « guerres industrielles » contemporaines : « Dans ce type de guerre, soit un vainqueur s’impose en quelques semaines, soit on bascule dans une guerre très longue. On compare souvent ce conflit à la Première Guerre mondiale. Cela ressemble beaucoup à la guerre de Corée, ou à la guerre entre l’Irak et l’Iran, avec une invasion irakienne qui se transforme en guerre de tranchée pendant huit ans. Ce genre de conflit, ça se compte en semaines ou ça se compte en années. Malheureusement, là ça va se compter en années. »
Jean Lopez dresse lui aussi un parallèle avec la guerre de Corée (1950-1953), notamment « sur la façon dont la guerre ne s’est pas terminée » : « On a eu un gel des positions et on est revenu au statut ex-ante, après plusieurs millions de morts pour rien. Aujourd’hui, on est toujours dans cette ni-guerre, ni-paix entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Un scénario semblable d’hostilité franche et affirmée sur des positions bloquées, ce n’est pas impensable. »
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