Loi de programmation militaire actualisée : le Sénat renforce l’effort de 14 milliards d’euros pour être au « rendez-vous de l’histoire »

Les sénateurs ont adopté en commission l’actualisation de la loi de programmation militaire en portant de 36 à 50 milliards d’euros l’effort supplémentaire apportées aux armées sur la période 2024-2030. Un effort renforcé jugé indispensable pour répondre aux multiples menaces.
François Vignal

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Un effort sur l’effort. Le Sénat, qui s’apprête à examiner à partir du 2 juin l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) sur la période 2024-2030, entend muscler davantage encore les crédits de la défense. Adopté en 2023, la LPM actuelle prévoit 400 milliards d’euros de budget pour la défense au total sur la période, plus 13 milliards de crédits divers, jugés plus incertains par la Haute assemblée. Le gouvernement vise un effort supplémentaire de 36 milliards d’euros pour cette LPM actualisée, nécessaire face aux menaces, entre guerre en Ukraine qui dure toujours et conflits qui se multiplient. Le texte, déjà adopté par les députés, renforce notamment les moyens sur les munitions (+8,5 milliards d’euros) ou les drones (+8,4 milliards).

« On se bat pour une LPM sincère, de vérité et cohérente avec les menaces que l’exécutif nous présente »

Les sénateurs veulent aller plus loin. En commission, ils ont adopté ce mercredi matin le texte, par 33 voix contre 12, avec un effort supplémentaire conséquent de 14 milliards d’euros, qui s’ajoutent aux 36 milliards, soit + 50 milliards d’euros sur la période. Ce qui porte le total des crédits de la défense à 450 milliards d’euros sur 2024/2030. « On se bat pour une LPM sincère, de vérité et cohérente avec les menaces que l’exécutif nous présente », a défendu ce mercredi, lors d’une conférence de presse, Cédric Perrin, président LR de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.

Si l’effort est important, avec une augmentation de 39% par rapport au texte initial, c’est en réalité un minimum, selon le sénateur LR du Territoire de Belfort. « Ce que nous proposons aujourd’hui, c’est une programmation qui ne permet que de sécuriser la loi de programmation précédente », explique Cédric Perrin. Car lors de l’examen sur la LPM actuelle, en 2023, le Sénat avait été le théâtre d’un débat parfois houleux avec le ministre des Armées d’alors, un certain Sébastien Lecornu, sur la véracité des 13 milliards, qui s’ajoutaient aux 400 milliards, qui étaient des crédits plus certains. « Si les 13 milliards n’existent pas, on avait raison », se félicite aujourd’hui le président de la commission, qui estime ainsi que « la copie du Sénat n’est pas loin de ce que demande le gouvernement » en définitive. Mais en réalité, face aux multiples menaces, il faudrait encore plus : « Evidemment, que c’est insuffisant », lâche le sénateur LR. Dans l’idéal, le budget de la défense atteindrait entre 90 et 100 milliards d’euros par an, comme avait dit Sébastien Lecornu lui-même quand il était au ministère.

« Nous essayons de lisser dans la durée la progression »

L’objectif fixé par la majorité sénatoriale de droite et du centre permettrait de porter le budget des armées à au moins 2,7% du PIB en 2030, contre 2,5% dans le projet du gouvernement, tel qu’adopté par les députés. Pour l’année prochaine, les sénateurs fixent la hausse de l’effort à + 500 millions d’euros pour le budget 2027, ce qui porterait les crédits à 6,7 milliards d’euros, comme en 2026. Un effort jugé atteignable. Puis le Sénat entend maintenir cet effort à 6,7 milliards d’euros entre 2027 et 2030, pour atteindre un budget annuel des armées de 83,9 milliards d’euros en 2030, contre 76,3 milliards initialement.

Les sénateurs veulent renforcer l’effort maintenant, pour rendre plus réalisable l’objectif d’atteindre les 3,5% du PIB dans le budget de la défense en 2035, engagement pris par les pays de l’Otan. Au lieu de 1 point de plus entre 2030 et 2035, l’effort ne serait « que de 0,7/0,8 » point de PIB, d’ici 2035, si la copie du Sénat était retenue. « C’est important, mais beaucoup plus réalisable », soutient Cédric Perrin, qui ajoute : « Nous essayons de lisser dans la durée cette progression pour faire en sorte que l’effort soit partagé entre la période 2026-2030 et la période 2030-2035 », en vue de la prochaine LPM, qui devrait arriver après la présidentielle.

30 Rafale de plus, 3 nouvelles Frégates

De quoi « alimenter nos capacités ». Très concrètement, alors que le gouvernement ne prévoit pas de commander davantage de Rafale, et qu’« il n’y a jamais eu aussi peu d’avions (dans l’armée) depuis des décennies », la version sénatoriale du texte fixe l’acquisition de « 20 Rafale » supplémentaires, « plus 10 Rafale Marine » pour le porte-avions, ainsi que l’achat de 3 nouvelle frégate. La cible du lance-roquette capacitaire est fixée à « 26 au minimum et 52 à terme ».

Pour répondre aux risques « de guerre majeure de haute intensité » en Europe avec la Russie, en dehors du territoire national, d’ici 2030, comme alerte la revue nationale stratégique de 2025, il faut agir maintenant, alerte Cédric Perrin. « Il faut considérer que demain, ce n’est pas dans 10 ans, ce n’est pas dans 5 ans. Demain, c’est demain », lance le président de la commission, qui considère que « c’est un rendez-vous avec l’histoire important ».

« La LPM n’est pas contraignante » mais c’est aussi un « message d’ambition »

Reste à savoir comment financer ces 14 milliards d’euros supplémentaires. « C’est une question de priorité à se donner », répond le sénateur LR, qui prône une « gestion plus orthodoxe des finances publiques » pour financer l’effort de défense. Autrement dit, il faut trouver des économies ou des financements ailleurs, tout le débat étant de savoir où.

Mais Cédric Perrin reconnaît que « la LPM n’est pas contraignante ». Il s’agit de fixer des objectifs. Libre aux gouvernements futurs de les suivre, ou pas, chaque année, lors du vote du budget. « Ça n’oblige personne en 2027, mais ce sera une référence », avec à la fois une dimension de « prospective qui est primordiale », ainsi qu’un « message de l’ambition, et non de la résignation, pour nos adversaires », alors que « nous ne faisons pas extrêmement peur ». Des enjeux qui doivent absolument être abordés lors du rendez-vous de 2027, espère Cédric Perrin : « Pour la présidentielle, on a besoin de débattre de ces sujets ». Or si les enjeux de défense sont redevenus brûlants, ils sont souvent les grands oubliés des campagnes présidentielles.

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