Iranian President Ebrahim Raisi speaks during the 45th anniversary of the 1979 Islamic Revolution
Credit:Iranian Presidency Office/SIPA/2402120914

L’UE désigne les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste : « Les attaquer c’est risquer de faire resurgir un esprit de corps » 

Après l’inscription des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au CNRS, au sein du Centre de recherche sur le Monde iranien (CeRMI) analyse les enjeux de cette inscription. Entretien.
Henri Clavier

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« Terroriste, c’est bien ainsi que l’on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang », a écrit la cheffe de la diplomatie européenne à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères ayant abouti à l’inscription des gardiens de la révolution islamique sur la liste des organisations terroristes. Cela doit également permettre de prendre des sanctions individuelles contre des responsables du régime iranien. 

La France avait annoncé soutenir cette inscription et l’Elysée expliquait, dans l’après-midi, qu’il s’agissait d’une réponse « à la magnitude sans précédent de la répression menée par les autorités iraniennes, le faire en visant directement les responsables de cette répression ». Les bilans des ONG sur la violente répression qui s’est abattue sur les manifestants en janvier font état de milliers, voire de dizaines de milliers de morts, même si un bilan reste difficile à établir compte tenu des restrictions de communication et de la coupure d’internet. 

Créés en 1979 après la révolution islamique, les gardiens de la révolution sont un organe militaire destiné à protéger le régime. Les gardiens de la révolution dont les effectifs sont estimés entre 150 000 et 200 000 membres sont aujourd’hui un pilier de l’appareil sécuritaire du régime iranien. 

Pour Public Sénat, Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), au sein du Centre de recherche sur le Monde iranien (CeRMI) évoque les enjeux de l’inscription des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. Entretien. 

Que peut apporter l’inscription des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes ? 

C’est un peu comme apporter une gerbe de fleurs au cimetière. C’est aussi un aveu d’impuissance sur la nature et l’activité des Gardiens de la révolution. Par ailleurs, c’est contreproductif, ça ressemble à une faute politique. C’est un réseau politique et économique très vaste qui contrôle réellement la République islamique d’Iran. Ils sont extrêmement divisés avec certains qui cherchent à sortir du régime actuel. Cette condamnation unanime risque de créer une réaction de corps et en renforcer l’unité. 

Les Gardiens de la révolution sont un groupe social et politique très différent du clergé avec des fonctions différentes. Au départ, ce sont des militaires, ensuite ils ont acquis des compétences plus vastes relatives à l’industrie de défense et diverses activités économiques. Cela explique aujourd’hui pourquoi les Gardiens de la révolution sont au cœur de l’activité économique iranienne et pourquoi des divisions sont apparues au sein de ce corps, notamment entre les militaires, les pragmatiques ou encore les religieux. 

Pourquoi les gardiens de la révolution n’ont pas été placés plus tôt sur la liste des organisations terroristes ? 

Toucher aux Gardiens de la révolution, c’est toucher l’État iranien dans son ensemble. S’attaquer aux Gardiens de la révolution, c’est risquer de faire resurgir un esprit de corps qui peut souder les différents courants. Jusque-là on cherchait à faire revenir l’Iran dans le giron du droit international. Il y a toujours eu une nécessité d’entretenir un lien avec l’Iran, notamment pour faciliter les négociations sur le nucléaire. Les derniers événements, et notamment les bombardements de juin, ont empêché la reprise des négociations. On ne découvre pas les activités des gardiens de la révolution que cela soit dans le financement des activités de ses proxys comme le Hamas ou même avant. L’Iran avait notamment commandité l’attentat commis par le Hezbollah à Beyrouth en 1983 et ayant entraîné la mort de 58 militaires français. 

Qu’est ce que cela révèle de la position de l’Union européenne ? 

Du point de vue de l’Union européenne, cela montre que nous ne pouvons rien faire pour influencer l’Iran et les pousser à conclure un accord sur le nucléaire. Par ailleurs, les sanctions individuelles devraient avoir un impact limité. Les oligarques iraniens ont de l’argent en Occident, dans tous les pays du monde. Ce ne sont pas les sanctions qui vont changer leur comportement. C’est symbolique, mais ça ne va pas infléchir la position du gouvernement iranien. 

C’est une forme de reconnaissance de la légitimité d’une éventuelle intervention américaine ? 

L’Europe a démissionné lorsque Trump a déchiré l’accord sur le nucléaire iranien en 2018. l’Iran n’est qu’un épisode de ce phénomène. La pression populaire est extrêmement forte en Iran pour changer le système, même parmi les partisans du régime. Mais ce ne sont pas des frappes qui vont aider, pour cela il faut des gens à la tête du système qui prennent des décisions pour sortir de l’impasse. L’action occidentale inhibe cette émergence.

 

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