« L’Union européenne est divisée. Et c’est le jeu de Donald Trump de la diviser encore plus », alerte Jean-François Rapin

Donald Trump a été officiellement investi comme le 47ᵉ président américain lundi. Lors de son discours au Capitole, le dirigeant a de nouveau réitéré ses menaces commerciales et annoncé la sortie des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat et de l’Organisation mondiale de la Santé. « L’Union est européenne est divisée. Et c’est le jeu de Donald Trump de la diviser encore plus », analyse le président (LR) de la Commission des affaires européennes au Sénat Jean-François Rapin, invité de Public Sénat ce mardi.
Théodore Azouze

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Un avant-goût de ses quatre années de mandat à venir. Lundi, Donald Trump a été officiellement investi en tant que 47ᵉ président des États-Unis, au terme d’une cérémonie tenue au Capitole, en présence de son prédécesseur Joe Biden. Après avoir prêté serment et suivi le protocole des festivités à Washington, le nouveau dirigeant a signé une série de décrets sur différents sujets. À cette occasion, il a notamment annoncé la sortie des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Énergie, économie, guerre en Ukraine… Donald Trump a multiplié les sorties chocs lors du premier jour de sa nouvelle présidence. De quoi inquiéter ses alliés européens et ses partenaires économiques, à qui il promet une guerre commerciale avec de nouvelles barrières douanières. « Au lieu de taxer nos citoyens pour enrichir d’autres pays, nous imposerons des droits de douane et des taxes aux pays étrangers pour enrichir nos citoyens », a ainsi déclaré le milliardaire lundi.

« L’unité européenne est cruciale, mais elle n’est pas là »

« Aujourd’hui, Donald Trump revient armé, avec ses convictions et des moyens. Ce nombre impressionnant de décrets qu’il a pu signer d’entrée, montre qu’il était préparé », réagit ce mardi matin Jean-François Rapin, le président (LR) de la Commission des affaires européennes au Sénat, invité de la matinale de Public Sénat ce mardi. Avec ses premiers pas lundi, « on sent très bien que Donald Trump donne le ton de sa présidence », poursuit le parlementaire.

Quelle place accordée à l’Europe face à ces nouvelles positions américaines ? Une seule dirigeante d’un Etat membre des 27, la Première ministre italienne d’extrême-droite Giorgia Meloni, était présente lundi à Washington pour assister à l’investiture de Donald Trump. « L’Union est européenne est divisée. Et c’est le jeu de Donald Trump de la diviser encore plus », avance Jean-François Rapin. « L’unité européenne est cruciale, mais elle n’est pas là », regrette pour sa part Marie-Cécile Naves, chercheuse à l’Iris et autrice de « Géopolitique des États-Unis » (ed. Eyrolles), toujours sur le plateau de Public Sénat.

Le rôle de Washington face à Kiev, qui lui assure aujourd’hui une importante aide militaire, interroge par ailleurs les Européens. Durant sa campagne, Donald Trump avait promis de « régler la guerre en Ukraine en 24 heures » une fois au pouvoir, se disant prêt « à parler » avec Vladimir Poutine pour arrêter « le carnage » en Ukraine. Lundi, il a opté pour un tout autre discours. « Je crois que Poutine est en train de détruire la Russie en refusant un accord. Je pense que la Russie va avoir un gros problème », a-t-il affirmé. « Je pense qu’il est dans son rôle, capable de changer de ligne, c’est assez déstabilisant », y compris « pour l’Ukraine », résume Jean-François Rapin.

« On n’a pas attendu Donald Trump pour avoir une Amérique qui agit de manière unilatérale »

Ces dernières semaines, avant même son entrée en fonction, Donald Trump a également mis en avant des velléités expansionnistes. Il a notamment déclaré à maintes reprises vouloir s’emparer du Groenland, territoire autonome rattaché au Danemark, pays membre de l’UE. Un souhait qu’il a de nouveau répété en marge de son investiture, lundi soir. Autre demande régulière du président américain : la reprise par les Américains du contrôle du canal du Panama. Un souhait contesté par les autorités du pays.

Cette posture, inscrite dans la logique de l’America first du président américain, est toutefois à relativiser selon Pierre Bourgois, maître de conférences en science politique, auteur de « Le néoconservatisme américain » (ed. PUF). « Si on prend la question du multilatéralisme, on n’a pas attendu Donald Trump pour avoir une Amérique qui agit de manière unilatérale, qui défend ses intérêts. Je dirais même que c’est l’histoire des États-Unis. […] Là où il y a une vraie différence, c’est dans la relation américaine aux alliés traditionnels », décrypte le chercheur, interrogé dans la matinale de Public Sénat.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: meeting on the digital age and access to social media
2min

International

Cessez-le-feu au Liban : Emmanuel Macron se dit préoccupé « par la poursuite d'opérations militaires » entre Israël et le Hezbollah

Emmanuel Macron, mobilisé depuis plusieurs semaines pour la fin du conflit au Liban, appelle ce vendredi au respect du cessez-le-feu annoncé hier par Donald Trump entre Israël et le Hezbollah. Une trêve « déjà fragilisée par la poursuite d’opérations militaires » entre les deux belligérants, s’inquiète le chef de l’État, qui enjoint Israël à « arrêter la guerre ».

Le

« L’Union européenne est divisée. Et c’est le jeu de Donald Trump de la diviser encore plus », alerte Jean-François Rapin
3min

International

Boualem Sansal veut attaquer le président algérien en justice : « C'est un vrai dictateur, horriblement méchant en plus d'être cruel », lance l’écrivain

Emprisonné pendant un an en Algérie entre novembre 2024 et 2025 pour « atteinte à l’unité nationale », Boualem Sansal compte attaquer le président algérien Abdelmadjid Tebboune en justice. « Le dossier est prêt, (...) mais on attend le bon moment », justifie l’écrivain de 81 ans dans la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril. « C’est une question de principe. »

Le

Peter Magyar Hongrie
11min

International

Défaite électorale de Viktor Orban face à Peter Magyar : « Celui que la situation va le plus ennuyer, c'est Vladimir Poutine »

Au pouvoir en Hongrie depuis 2010, Viktor Orban ne sera pas reconduit Premier ministre une cinquième fois consécutive. Son concurrent conservateur Peter Magyar l’a sèchement battu lors des élections législatives organisées dans le pays, dimanche 12 avril. Moins hostile à Bruxelles, celui-ci promet « une nouvelle ère » en Hongrie. Quels enseignements tirer de ce scrutin stratégique pour l’Europe ? Entretien avec Matthieu Boisdron, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de l’Europe centrale.

Le

La sélection de la rédaction

Inauguration of Donald Trump as the 47th President of the United States, Washington DC, USA – 20 Jan 2025
6min

International

Etat d’urgence, fin du « Green New Deal », droits de douane… Donald Trump commence son mandat par une série d’annonces fracassantes

Tout juste investi, le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé dans un discours aux accents revanchards la signature d’une multitude de décrets, visant notamment à mettre en œuvre ses promesses de campagne en matière de lutte contre l’immigration ou à en finir avec la politique économique de son prédécesseur.

Le

« L’Union européenne est divisée. Et c’est le jeu de Donald Trump de la diviser encore plus », alerte Jean-François Rapin
9min

International

Présidence de Trump : « Face aux Américains, les Européens sont victimes d'un nombre incalculable de vulnérabilités »

Officiellement investi ce lundi comme président des États-Unis, Donald Trump inquiète une partie de ses alliés européens, à la fois sur le plan géopolitique comme le plan économique. Quelle position l’UE doit-elle adopter face à ce nouveau rapport de force ? Plusieurs experts en débattaient au Sénat mercredi 15 janvier. Si la nécessité de conserver des liens importants avec l’allié américain est mise en avant, plusieurs d’entre eux appellent à une transformation majeure de la relation transatlantique.

Le