Mali : les djihadistes veulent « discréditer le pouvoir en place pour islamiser le régime »

Invité de la matinale de Public Sénat, le journaliste Vincent Hugeux, spécialiste de l’Afrique revient sur la situation au Mali où les djihadistes et les rebelles Touaregs ont entamé un blocus de la capitale. Une avancée qui illustre la faiblesse des forces russes dans la région.
Henri Clavier

Temps de lecture :

3 min

Publié le

« Ça met en évidence la fragilité de ces forces maliennes et de ses supplétifs russes », juge Vincent Hugeux, journaliste et spécialiste de l’Afrique. Depuis le 25 avril, le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, affilié à Al-Qaïda, et ses alliés du Front de libération de l’Azawad ont lancé une série d’attaques contre la junte militaire au pouvoir. Depuis le 28 avril, les forces rebelles ont engagé un blocus de la capitale Bamako. Dans les combats, les forces de la junte militaire ont perdu le contrôle de la ville de Kidal au nord du pays et le ministre de la Défense et numéro 2 du régime, Sadio Kamara a été assassiné dans un attentat.

« La conquête de la totalité du pays par la force n’est pas l’objectif »

La junte militaire, au pouvoir depuis 2021, se retrouve en difficulté face à l’alliance des mouvements djihadistes et indépendantistes Touaregs du pays. Pour rappel, en 2012 la France était intervenue militairement à la demande des autorités maliennes alors que les forces Touaregs et djihadistes marchaient sur Bamako. Aujourd’hui, cette coalition cherche à faire plier le régime. « La conquête de la totalité du pays par la force n’est pas l’objectif. Il s’agit de discréditer le pouvoir en place de montrer ses failles et ses faiblesses pour obtenir a minima un régime djihado-compatible, pour islamiser le régime. Qu’il s’agisse des effectifs, des équipements, des cadres, les djihadistes et les Touaregs savent qu’ils n’ont pas les moyens d’administrer un pays », détaille Vincent Hugeux.

Cinq ans après son accession au pouvoir, la junte militaire et son allié russe ont suscité d’importants rejets. « C’est aussi une sorte de défaillance générale des services publics », relève Vincent Hugeux.

Le rôle des forces russes en question

La situation démontre également la difficulté pour les forces russes de s’installer durablement en Afrique. « C’est le symbole des limites d’une puissance qu’on a voulu considérer comme illimitée […] il y a eu un moment donné une sorte d’hubris russe », analyse Vincent Hugeux. Depuis 2021, la Russie a développé, à travers son ancien groupe paramilitaire Wagner, une politique de soutien aux putschs dans la région du Sahel nouant ainsi des liens étroits avec les juntes au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Le soutien militaire aux différentes juntes s’était accompagné d’une importante campagne de désinformation contre la France qui intervenait militairement dans la région. Sous pression, l’ancienne puissance coloniale a dû quitter la plupart de ses bases au Sahel et mettre un terme à ses activités militaires dans la région. « Il y a eu un travail de propagande extrêmement intense via les médias locaux sur le thème nous sommes à vos côtés pour la lutte éternelle contre l’impérialisme », rappelle Vincent Hugeux. Alors, qu’officiellement, la présence russe devait permettre de sécuriser la région, le déroulement des premiers combats semble démontrer le contraire. « S’ils considèrent que la balance atout/handicap est en leur défaveur ils abandonneront sans hésiter », explique Vincent Hugeux à propos des forces russes.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

France G7 Summit Trump
8min

International

Accord Washington-Téhéran : « Après Pearl Harbour et l’Irak, cette guerre a certainement été la plus grosse erreur stratégique de l’histoire des Etats-Unis »

L'accord entre Washington et Téhéran prévoit l'arrêt immédiat des hostilités au Moyen-Orient et la réouverture du détroit d'Ormuz, il ouvre 60 jours de négociations, notamment sur la question du nucléaire. À ce stade, la situation semble plutôt favorable au régime iranien, et beaucoup moins pour le président américain qui apparait fragilisé après trois mois de conflit, et sous la menace des élections de mi-mandat.

Le

Anthropic – Claude AI – Artificial Intelligence
7min

International

Anthropic : la « guerre de l’IA » est-elle déclarée ?

La décision de l’administration Trump de suspendre l’accès des étrangers aux modèles d’intelligence artificielle les plus avancés d’Anthropic a provoqué une onde de choc en Europe. Pour de nombreux responsables politiques et experts, elle constitue surtout une démonstration de force révélant la dépendance du Vieux continent aux technologies américaines.

Le

Mali : les djihadistes veulent « discréditer le pouvoir en place pour islamiser le régime »
9min

International

Accord Etats-Unis/Iran, prix à la pompe, droits de douane sur le vin, Affaire Lyhanna, présidentielle : ce qu’il faut retenir des déclarations d’Emmanuel Macron au 13 heures de TF1

C’est depuis Evian, où s’ouvre le G7, que le chef de l’Etat a fait le point sur la situation internationale à nouveau brûlante, avec l’accord tout juste signé entre les Etats-Unis et l’Iran. Alors que la France est « prête à agir très vite », aux côtés des Britanniques, pour assurer la sécurité du détroit d’Ormuz, il s’oppose à toute velléité iranienne d’instaurer un péage pour passer cet espace stratégique pour l’acheminement des hydrocarbures.

Le

G7 Summit 2025, Mountain Lodge, Kananaskis, Canada – 17 Jun 2025
7min

International

Accord Iran-États-Unis, guerre en Ukraine, déséquilibres économiques… Quels sont les enjeux du G7, qui débute ce lundi à Evian ?

Les dirigeants de sept des plus grandes puissances mondiales se réunissent à Evian-les Bains (Haute-Savoie) jusqu’à mercredi, pour un G7 sous présidence française percuté par l’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Iran. La guerre en Ukraine et les déséquilibres économiques avec la Chine sont également à l’ordre du jour des discussions. Tour d’horizon des principaux enjeux.

Le