Mali : les djihadistes veulent « discréditer le pouvoir en place pour islamiser le régime »

Invité de la matinale de Public Sénat, le journaliste Vincent Hugeux, spécialiste de l’Afrique revient sur la situation au Mali où les djihadistes et les rebelles Touaregs ont entamé un blocus de la capitale. Une avancée qui illustre la faiblesse des forces russes dans la région.
Henri Clavier

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« Ça met en évidence la fragilité de ces forces maliennes et de ses supplétifs russes », juge Vincent Hugeux, journaliste et spécialiste de l’Afrique. Depuis le 25 avril, le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, affilié à Al-Qaïda, et ses alliés du Front de libération de l’Azawad ont lancé une série d’attaques contre la junte militaire au pouvoir. Depuis le 28 avril, les forces rebelles ont engagé un blocus de la capitale Bamako. Dans les combats, les forces de la junte militaire ont perdu le contrôle de la ville de Kidal au nord du pays et le ministre de la Défense et numéro 2 du régime, Sadio Kamara a été assassiné dans un attentat.

« La conquête de la totalité du pays par la force n’est pas l’objectif »

La junte militaire, au pouvoir depuis 2021, se retrouve en difficulté face à l’alliance des mouvements djihadistes et indépendantistes Touaregs du pays. Pour rappel, en 2012 la France était intervenue militairement à la demande des autorités maliennes alors que les forces Touaregs et djihadistes marchaient sur Bamako. Aujourd’hui, cette coalition cherche à faire plier le régime. « La conquête de la totalité du pays par la force n’est pas l’objectif. Il s’agit de discréditer le pouvoir en place de montrer ses failles et ses faiblesses pour obtenir a minima un régime djihado-compatible, pour islamiser le régime. Qu’il s’agisse des effectifs, des équipements, des cadres, les djihadistes et les Touaregs savent qu’ils n’ont pas les moyens d’administrer un pays », détaille Vincent Hugeux.

Cinq ans après son accession au pouvoir, la junte militaire et son allié russe ont suscité d’importants rejets. « C’est aussi une sorte de défaillance générale des services publics », relève Vincent Hugeux.

Le rôle des forces russes en question

La situation démontre également la difficulté pour les forces russes de s’installer durablement en Afrique. « C’est le symbole des limites d’une puissance qu’on a voulu considérer comme illimitée […] il y a eu un moment donné une sorte d’hubris russe », analyse Vincent Hugeux. Depuis 2021, la Russie a développé, à travers son ancien groupe paramilitaire Wagner, une politique de soutien aux putschs dans la région du Sahel nouant ainsi des liens étroits avec les juntes au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Le soutien militaire aux différentes juntes s’était accompagné d’une importante campagne de désinformation contre la France qui intervenait militairement dans la région. Sous pression, l’ancienne puissance coloniale a dû quitter la plupart de ses bases au Sahel et mettre un terme à ses activités militaires dans la région. « Il y a eu un travail de propagande extrêmement intense via les médias locaux sur le thème nous sommes à vos côtés pour la lutte éternelle contre l’impérialisme », rappelle Vincent Hugeux. Alors, qu’officiellement, la présence russe devait permettre de sécuriser la région, le déroulement des premiers combats semble démontrer le contraire. « S’ils considèrent que la balance atout/handicap est en leur défaveur ils abandonneront sans hésiter », explique Vincent Hugeux à propos des forces russes.

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