Mercosur : « le problème ce n’est pas la quantité de produits importés mais leur qualité » explique cet eurodéputé français et éleveur bovin

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen signe, ce samedi au Paraguay, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Un traité bénéfique pour plusieurs secteurs économiques européens, sauf pour les agriculteurs qui continuent de manifester. C’est le débat de la semaine dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat (diffusée le samedi à 16h30).
Alexandre Poussart

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C’est une image que beaucoup d’Etats européens attendent depuis longtemps, alors que d’autres pays la redoutent. Ce samedi au Paraguay, la présidente de la Commission européenne apposera sa signature à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, en Amérique latine. L’Allemande Ursula von der Leyen a obtenu mandat pour signer cet accord commercial, après le vote, le 9 janvier dernier, d’une majorité d’Etats-membres de l’Union et malgré l’opposition de plusieurs pays dont la France, l’Irlande, la Hongrie, la Pologne et l’Autriche qui n’ont pas réussi à former une minorité de blocage.

« C’est un accord géopolitique crucial »

« C’est beaucoup plus important qu’un accord commercial. C’est un traité stratégique avec un partenaire crucial dans une situation géopolitique et économique très délicate où Donald Trump veut imposer sa loi », se réjouit Javier Moreno Sanchez, eurodéputé socialiste espagnol, interrogé dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat, diffusée le samedi à 16 h 30.

La réaction est nettement moins joyeuse, côté français, où tous les élus sont défavorables à ce traité. « Le commerce international peut être bénéfique mais il ne faut pas affaiblir certains secteurs économiques. Et cet accord est injuste pour l’agriculture européenne », commente l’eurodéputé français Jérémy Decerle, membre du groupe centriste Renew au Parlement européen, éleveur de boeufs charolais de profession.

En effet, la future suppression de 90 % des droits de douane entre l’UE et le Mercosur suscite la colère des agriculteurs qui manifestent partout en Europe, dénonçant une concurrence déloyale avec les filières sud-américaines, non assujetties aux mêmes normes que les agriculteurs européens.

Une colère agricole que l’élu espagnol souhaite nuancer. « Les agriculteurs espagnols, pour la plupart, sont très favorables parce qu’ils voient des possibilités d’exportations et ils sont très actifs. Donc on n’a pas tout à fait les mêmes problèmes qu’en France mais je respecte tout à fait ce qui se passe dans l’Hexagone. »

Des concessions pour rassurer les agriculteurs

Pour rassurer la France et son secteur agricole, la Commission européenne a accordé quelques concessions, notamment des clauses de sauvegarde qui prévoient que les importations de certains produits seront suspendues si elles déstabilisent trop les marchés agricoles européens. De plus, cet accord prévoit des quotas stricts d’importations du Mercosur. Par exemple, l’Union européenne ne pourra pas importer plus de 2 % de viande de bœuf, de volaille ou de sucre, en provenance du Mercosur. Des mesures insuffisantes pour la France.

« Le problème avec le Mercosur, ce n’est pas la quantité de produits qui arriveraient sur notre territoire, mais c’est la qualité et la manière dont ils sont produits. On ne peut pas dire encore une fois aux agricultrices et aux agriculteurs européens, faites de cette manière parce que c’est mieux pour les consommateurs et pour l’environnement. Mais par contre, on ne s’interdit pas d’importer des produits qui ne respectent pas ça », s’indigne Jérémy Decerle.

Viande du Mercosur : « pas de traçabilité et des hormones de croissance »

Les opposants à ce traité réclament des mesures miroirs c’est-à-dire un alignement des normes sanitaires et environnementales de production entre les deux zones. Pour Jérémy Decerle, éleveur de boeuf charolais en Saône-et-Loire, « la différence entre de la viande bovine brésilienne et de la viande européenne, c’est d’abord la traçabilité. Un veau en Europe, dans les dix jours après sa naissance, il doit être muni d’une carte d’identité qui permet de tracer, de connaître les différentes exploitations dans lesquelles il est passé avant de se retrouver dans l’assiette du consommateur. Au Brésil, il n’y a pas ça. En Argentine, il n’y a pas ça. Et après, sur les traitements qui sont offerts, qui sont donnés, fait aux animaux, il y a des hormones activateurs de croissance qui peuvent être utilisés. »

Face à ces inquiétudes, la Commission européenne a accepté d’augmenter les contrôles sanitaires à l’entrée du sol européen et d’augmenter l’exigence des normes européennes d’importation mais sans mettre en place de véritables mesures miroirs.

Malgré cette signature, les opposants à l’accord comptent encore sur le Parlement européen pour bloquer son application. Les eurodéputés vont s’exprimer la semaine prochaine sur une possible saisie de la Cour de justice de l’Union européenne qui pourrait retarder de 18 mois l’application du traité. Le Parlement européen doit également ratifier l’accord au printemps prochain.

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