Le 7 janvier 2026, la police fédérale de l’immigration américaine a tué une femme au volant de son véhicule lors d’une opération à Minneapolis - Mark Brown/ZUMA/SIPA

Mère de famille tuée par la police américaine : « Cette chasse aux migrants se fait largement au faciès »

Mercredi, aux États-Unis, un policier de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police fédérale de l’immigration, a tué une femme au volant de son véhicule lors d’une opération à Minneapolis. La victime, Renee Nicole Good, âgée de 37 ans, était de nationalité américaine et mère d’un enfant de 6 ans. Cet évènement s’inscrit dans le cadre d’un durcissement violent de la politique fédérale américaine selon Ludivine Gilli, historienne et directrice de l'Observatoire de l'Amérique du Nord à la Fondation Jean-Jaurès.
Steve Jourdin

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Une bataille fait rage sur le sens à donner aux images qui ont été révélées à la suite du drame. Qu’est-ce qu’on peut dire de manière certaine d’après les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux ?

Les éléments visibles sur les vidéos rendent très fragiles les arguments avancés par Kristi Noem (la secrétaire à la Sécurité intérieure) et par Donald Trump, qui évoquent la légitime défense. À ce stade, rien ne permet d’établir clairement que l’agent était en danger immédiat. Les images montrent surtout une intervention extrêmement agressive, dans un contexte déjà très tendu.

Est-ce qu’il va y avoir des suites judiciaires ?

C’est probable. Des centaines de personnes se sont rassemblées à Minneapolis pour demander le départ des agents de l’ICE, et le maire de la ville (démocrate) s’est exprimé de manière très ferme. Il est donc tout à fait possible que des recours judiciaires soient engagés, soit au niveau local, soit au niveau fédéral.

Pourquoi l’ICE, la police de l’immigration, suscite autant de polémiques ?

Il faut replacer cette affaire dans un contexte plus large. Depuis janvier 2025, et encore plus violemment depuis juin, l’administration Trump a durci de façon spectaculaire la politique migratoire. Les raids de la police de l’immigration ont lieu dans de nombreuses régions du pays.

Dans certains États comme le Texas, ces actions sont largement déléguées aux autorités locales, favorables à une politique très répressive. En revanche, lorsque l’ICE mène ce qu’on appelle des raids « at large », c’est-à-dire des opérations massives dans l’espace public, souvent dans des villes démocrates, cela politise immédiatement son action et crée un contexte propice aux débordements.

Ces méthodes sont-elles nouvelles ?

Pendant longtemps, l’ICE intervenait principalement après une interpellation classique. Une personne était arrêtée par la police locale, et si l’on découvrait qu’elle était en situation irrégulière, l’ICE prenait alors le relais.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les agents mènent des raids directement dans l’espace public : dans les rues, dans les commerces, parfois à proximité des écoles. Ce type d’opérations existait auparavant, mais jamais dans les proportions actuelles. Cet incident aurait très probablement pu être évité si l’ICE ne procédait pas de manière aussi brutale.

Pourquoi Donald Trump cherche-t-il à généraliser ces pratiques ?

Il y a un aspect symbolique très fort. Déployer l’ICE et la Border Patrol projette une image de force et diffuse un climat de peur, ce qui est politiquement assumé.

Mais il y a aussi une logique purement comptable. Donald Trump avait fixé un objectif de 1 000 interpellations par jour. En juin, Stephen Miller (chef de cabinet adjoint de la Maison Blanche) a relevé ce chiffre à 3 000 interpellations quotidiennes. Pour atteindre ces objectifs, il faut aller partout, y compris dans l’espace public.

Le problème, c’est que cette chasse aux migrants supposés en situation irrégulière se fait largement au faciès, en ciblant des personnes noires ou latino-américaines. Or de nombreux citoyens américains correspondent à ces critères, ce qui conduit à des interpellations arbitraires, avant d’être relâchés.

Le fait que cela se produise à Minneapolis a-t-il une portée particulière ?

Oui, Minneapolis est la ville où George Floyd a été tué par la police en 2020. La mémoire collective est encore très vive, ce qui renforce la charge émotionnelle et politique de l’événement.

Peut-on s’attendre à un mouvement de protestation comparable à celui de 2020 ?

C’est difficile à prévoir, car ce sont des dynamiques imprévisibles. Mais ce n’est pas impossible. Le contexte actuel est celui d’une politique perçue par beaucoup comme une politique de la peur, ce qui peut provoquer une mobilisation importante, notamment dans les villes démocrates.

Quelle est la stratégie politique de Donald Trump derrière ce type d’événement, satisfaire une base électorale dans la perspective des midterms de novembre ?

On est en campagne électorale permanente aux États-Unis. Dès qu’une élection se termine, la suivante commence. Donald Trump applique une stratégie de saturation, le « flood the zone » : multiplier les événements et les polémiques pour occuper l’espace médiatique.

Cela contribue à mobiliser les démocrates, mais Trump sait surtout qu’il conserve un soutien très solide du côté républicain sur la question migratoire, y compris sur les méthodes les plus dures de la police de l’immigration.

Quelle est aujourd’hui la position des démocrates sur l’ICE ?

Elle est de plus en plus hostile. Début 2025, certaines méthodes faisaient déjà débat, mais depuis le mois de juin il n’y a plus d’ambiguïté. L’opinion démocrate est désormais très largement opposée à ces pratiques.

Cela renvoie aussi à la question des villes sanctuaires. Dans ces localités, les maires et gouverneurs n’ont pas le droit d’entraver l’action des forces fédérales, mais ils peuvent refuser d’y apporter leur concours. C’est précisément le principe des villes sanctuaires : ne pas collaborer, sans empêcher.

Peut-on dire que l’ICE est devenue une police très politique ?

Oui, clairement. La politique migratoire est aujourd’hui l’un des sujets les plus polarisants aux États-Unis. Sur l’ICE et ses méthodes, la fracture entre républicains et démocrates est totale, et pleinement assumée.

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