Moyen-Orient : « C’est la première fois que l’Iran négocie en disant le détroit d’Ormuz est à nous. On est dans une situation absurde » 

Invité de la matinale de Public Sénat, le politiste Gilles Kepel, revient sur la situation au Moyen-Orient et la fragilité du cessez-le-feu. Ce dernier considère que, même si le régime iranien s’est durci, celui-ci ne s'est pas forcément renforcé.
Henri Clavier

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A la veille du début des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran au Pakistan, la trêve se révèle fragile. Hier, Israël a frappé durement le sud du Liban faisant 182 morts et 890 blessés. Le Hezbollah pro-iranien a dit jeudi avoir lancé des roquettes sur Israël, en réaction à sa « violation du cessez-le-feu ». Une situation qui irrite l’Iran qui considère le Liban comme inclus dans le cessez-le-feu et a depuis annoncé la mise en place d’une taxe pour passer le détroit d’Ormuz. Sur la scène internationale, de nombreux pays dont la France se sont exprimés pour demander le rétablissement de la liberté de naviguer dans le détroit d’Ormuz et l’arrêt des frappes sur le Liban. 

Les frappes israéliennes au Liban fragilisent la trêve 

Selon Gilles Kepel, professeur des universités et politiste spécialiste du Moyen-Orient, en poursuivant ses frappes sur le Liban, « Israël cherche à finir le travail » en ce qui concerne le Hezbollah ». Ce dernier estime également que le gouvernement israélien profite de « la confusion complète dans les déclarations au sommet des Etats-Unis » pour poursuivre ses frappes sur le Liban. Par ailleurs, le Premier ministre Benyamin Netanyahou, a fait savoir que le cessez-le-feu « n’est pas la fin de la campagne » contre l’Iran et Israël est « prêt à reprendre le combat à tout moment ». 

Signe que la trêve est fragile, les Etats-Unis ont également annoncé que l’armée américaine reste déployée à proximité de l’Iran jusqu’à l’application complète d’un « réel accord ». 

L’Iran renforcé après la guerre ? 

Selon Gilles Kepel, la fragilité de la trêve reflète également l’échec de la guerre menée par les Etats-Unis : « Il n’avait pas imaginé que l’Iran, très inférieur militairement aux Etats-Unis et Israël, adopterait une stratégie extérieure dite horizontale en tapant les Etats du Golfe. » Alors que la guerre en Iran aurait coûté entre 22 et 31 milliards d’euros aux Etats-Unis selon le Financial Times, l’épuisement de stocks de munitions critiques a également poussé à la conclusion de cette trêve. 

A plusieurs égards, l’Iran semble sortir renforcé de ce conflit. « C’est la première fois que l’Iran négocie en disant « le détroit d’Ormuz est à nous. On est dans une situation absurde », estime Gilles Kepel rappelant qu’avant la guerre la menace d’une fermeture du détroit d’Ormuz restait hypothétique. Malgré l’élimination du guide suprême iranien et d’un grand nombre de dirigeants dans une frappe du 28 février, le régime est parvenu à se maintenir. Le régime peut être à la fois durci et affaibli. Il va maintenant falloir assurer l’après-guerre et je ne suis pas sûr que le régime des gardiens de la révolution soit capable de l’assurer », envisage cependant Gilles Kepel.

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