Guerre au Moyen-Orient : « On est dans un moment de possible extension de ce conflit vers l’Irak »

Invitée de notre matinale, la chercheuse spécialiste du Moyen-Orient, Yasmina Asrarguis, est revenue sur la situation au Moyen-Orient. Le président américain poursuit la « restructuration » entamée au cours de son premier mandat « d’un nouvel ordre régional » basé sur la reconnaissance d’Israël et l’appareil militaire américain.
Louis Mollier-Sabet

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Cinq jours après le début de l’intervention israélo-américaine en Iran, « on est dans un moment possible d’extension de ce conflit vers l’Irak », analyse Yasmina Asrarguis, chercheuse spécialiste du Moyen-Orient. La porte-parole de la Maison Blanche a confirmé ce mercredi que Donald Trump avait « parlé avec des dirigeants kurdes » à propos de la base dont disposent les Etats-Unis dans le nord de l’Irak. Plusieurs médias américains évoquent une stratégie de militarisation des milices kurdes par le commandement militaire américain.

« Hier nous avons appris que les Kurdes irakiens traversaient vers l’Iran. Trump essaie de recréer cette coalition internationale qui avait combattu Daesh dans la région. C’est une stratégie poussée et préparée depuis plusieurs mois par la CIA » développe Yasmina Asrarguis.

Kurdes : Trump fait un « pari risqué » et brouille les pistes

Mais cette stratégie pose de nombreuses questions, avertit l’ancienne membre de la cellule diplomatique du président Emmanuel Macron. « Est-ce que les Kurdes vont revenir au secours des Américains après avoir été abandonnés deux fois par Donald Trump lui-même ? » interroge-t-elle, alors que Washington vient juste de laisser tomber la faction syrienne qui l’avait aidé à combattre le groupe jihadiste Etat islamique. D’après la chercheuse, Donald Trump fait le « pari » que les Kurdes peuvent être « les nouveaux Al-Joulani », en référence à Ahmed al-Charaa, également connu sous son nom de guerre Abou Mohammed al-Joulani, fondateur d’Al-Nosra et ancien commandant djihadiste, qui avait été soutenu par la Turquie jusqu’à prendre Damas et devenir Président de la République arabe syrienne.

« C’est un pari extrêmement risqué. Les Kurdes ont leurs propres aspirations nationales. Il est impensable que Trump s’appuie sur Massoud Barzani et les Kurdes irakiens sans que ces derniers ne fixent des revendications territoriales. Or nous ne savons pas quel est le cahier des charges des Kurdes », développe la membre de l’Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. D’après Yasmina Asrarguis, la « carte kurde » a justement été sortie par les Américains « comme un moyen de pression sur le régime en place » afin « de diversifier les possibilités de gouvernance de l’après-guerre. »

Vu la précision et la rapidité avec laquelle les Américains et les Israéliens ont réussi à « décapiter » le régime, les observateurs ont tous souligné que « les proches de l’ayatollah avaient été infiltrés à très haut niveau », et que Donald Trump s’appuierait donc sur les vestiges du régime actuel pour la transition. Avec l’entrée en jeu des Kurdes, « le jour d’après n’est pas encore défini », conclut Yasmina Asrarguis.

« Trump poursuit sa restructuration d’un nouvel ordre régional basé sur la reconnaissance d’Israël »

Alors que l’Iran a riposté en ciblant une dizaine de pays du Golfe, la spécialiste du Moyen-Orient estime que le régime a commis « sa plus grande erreur stratégique des dernières années. » L’Iran avait en effet passé les dernières années à « habilement » se présenter comme « défenseur de la solidarité islamique », explique-t-elle. Or, en ciblant tous ces pays – qui plus est pendant le mois de ramadan – l’Iran a « soudé » des pays qui étaient en « brouille diplomatique », comme l’Arabie saoudite et les Emirats, ou le Qatar et Oman, poursuit Yasmina Asrarguis. « L’opinion publique arabe est en train de vivre une réunification. Sur les dernières années, je n’avais jamais vu un tel alignement diplomatique de tous ces pays. C’est un changement drastique de paradigme au sein des capitales arabes », note la chercheuse.

D’après cette chercheuse spécialiste de la normalisation des relations israélo-arabes, une « restructuration » se joue au Moyen-Orient dans « la mise en place d’un nouvel ordre régional », mais qui ne date pas d’aujourd’hui. « La première administration Trump (2016-2020) avait modélisé un Moyen-Orient intégré et reconnaissant Israël. C’est le projet d’étendre les Accords d’Abraham (2020) [entre Israël et les Emirats arabes unis d’une part, et Israël et le Bahreïn de l’autre] à grande échelle » De fait, ajoute Yasmina Asrarguis, les pays du Golfe, en se protégeant contre les attaques de l’Iran, « protègent Israël. » « On assiste à une alliance sécuritaire autour du commandement américain et ces pays se réorganisent autour de l’appareil militaire américain », conclut-elle.

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