Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu at the U.S. Capitol  –  24 Jul 2024
Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu speaking to a Joint session of Congress in the House Chamber at the U.S. Capitol. - Michael Brochstein / SOPA Images//SOPAIMAGES_sopa010942/Credit:SOPA Images/SIPA/2407250904

Netanyahou devant le Congrès américain : « Une intervention complètement décalée », selon le politologue, Jean-Paul Chagnollaud

Pour sa quatrième intervention devant le Congrès américain, le Premier ministre israélien a exhorté son allié historique à intensifier son soutien dans la guerre contre le Hamas. Son intervention a été marquée par le boycott d’une soixantaine d’élus Démocrates, dont Kamala Harris, signe de la fin d’un appui inconditionnel à la politique de Benjamin Netanyahou, analyse le politologue, Jean-Paul Chagnollaud.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une intervention devant le Congrès qui a pris des allures de « dernière séance ». « Benjamin Netanyahou semble plus que jamais en sursis », constate Jean-Paul Chagnollaud, président de l’Iremmo (Institut de Recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient).

Mercredi, devant les deux chambres du parlement américain, Benjamin Netanyahou a exhorté les Etats Unis à débloquer une nouvelle aide militaire pour Israël, estimant que cela pourrait « accélérer la fin de la guerre ». « Pour que les forces de la civilisation triomphent, l’Amérique et Israël doivent rester unis » […] « Au Moyen-Orient, l’axe de la terreur de l’Iran défie les Etats-Unis, Israël et nos amis arabes. Il ne s’agit pas d’un choc de civilisations, mais d’un choc entre la barbarie et la civilisation », a-t-il déclaré.

Ces propos ont recueilli les applaudissements nourris des Républicains mais sans pour autant faire oublier le boycott de 60 élus démocrates dont l’ancienne « speaker » Nancy Pelosi et la prétendante à la maison blanche, Kamala Harris. La sénatrice Patty Murray, remplaçante dans l’ordre protocolaire de Kamala Harris qui préside le Sénat, s’était fait aussi porter pâle. « Ce sera la première fois dans l’histoire américaine qu’un criminel de guerre aura [l’]honneur » de s’exprimer devant le Congrès, avait tancé, la veille, le sénateur indépendant, Bernie Sanders.

Des milliers de manifestants étaient également rassemblés autour du Capitole pour protester contre sa venue. Dans la foule, des pancartes exhortant les Etats-Unis à « cesser l’aide américaine à Israël » et qualifiant Netanyahou de « criminel de guerre ». Une référence au mandat d’arrêt émis par le procureur de la Cour pénale internationale de La Haye pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » visant le Premier ministre de l’Etat hébreu.

« Les temps ont changé »

« Depuis longtemps Netanyahou essaye d’imposer sa ligne aux Etats-Unis. C’est la quatrième fois qu’il s’exprime devant le Congrès. On se souvient qu’en 2015, il avait essayé de contrer le président Obama en s’en prenant à l’accord négocié avec les Etats-Unis sur le nucléaire iranien. Mais les temps ont changé. Depuis le 7 octobre, les critiques se sont faites de plus en plus vives chez les électeurs démocrates, concernant l’usage disproportionné de la force à Gaza. Son argumentaire Etats-Unis/Israël : même combat, ne fonctionne plus. Surtout après la décision du 19 juillet de la Cour Internationale de Justice qui considère que l’occupation par Israël de territoires palestiniens est illégale et doit cesser le plus rapidement possible. En conséquence son intervention devant le Congrès semblait complètement décalée avec le contexte actuel », analyse Jean-Paul Chagnollaud.

« Biden n’a plus à craindre. Ce peut être une occasion de marquer l’histoire »

Ce jeudi, le Premier ministre rencontre le président Biden, avec lequel il entretient des relations compliquées depuis la riposte d’Israël à l’attaque du Hamas. Joe Biden avait dénoncé dès décembre « des bombardements indiscriminés » menés par l’Etat hébreu dans la bande de Gaza. « Depuis le renoncement de Biden à briguer un second mandat, je fais l’hypothèse qu’il n’a plus rien à perdre dans son approche du conflit au Moyen Orient. Je ne serais pas étonné qu’il prenne des positions fortes, en avançant une solution par le haut, à deux Etats. Biden n’a plus à craindre. Ce peut être une occasion de marquer l’histoire », esquisse le politologue. Benjamin Netanyahou s’entretiendra aussi avec Kamala Harris, qui s’est jusqu’à présent montrée discrète sur ce dossier. Mais depuis son accession au Sénat, elle défend une solution à deux Etats. En mars, elle avait appelé à un cesé le feu pour mettre fin à « l’immense souffrance ».

Le dirigeant israélien se rendra vendredi en Floride, à l’invitation de Donald Trump qu’il a longuement remercié dans son discours. Les deux hommes disent s’entendre à merveille, mais leur relation s’est néanmoins refroidie depuis que Benjamin Netanyahou a reconnu la victoire de Joe Biden en 2020.

Signe que les rapports ont changé entre les Etats-Unis et Israël, les sanctions prises par Washington ces derniers mois à l’encontre de colons israéliens violents de Cisjordanie. « Il va être intéressant de voir si Joe Biden va accentuer ces sanctions en les étendant à certains ministres israéliens (Itamar Ben Gvir, le ministre de la Sécurité national et Bezalel Smotrich, ministre des Finances NDLR). », conclut Jean-Paul Chagnollaud.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

U.S President Trump Joins Memorial Day Event
6min

International

Avec « le boys band masculiniste » de Donald Trump, la virilité se gouverne à coups d’hormones

En annonçant que l’armée américaine va désormais mesurer le taux de testostérone de ses soldats pour détecter d’éventuels déficits et proposer des traitements hormonaux, le ministre de la Défense Pete Hegseth franchit un nouveau cap dans la mise en scène d’une masculinité érigée en vertu politique. Pour ses soutiens, il s’agit d’améliorer les performances des troupes. Pour ses détracteurs, cette décision s’inscrit dans un projet idéologique plus vaste, celui d’un pouvoir masculiniste qui fait de la biologie un instrument politique.

Le

U.S.-WASHINGTON, D.C.-WHITE HOUSE-TRUMP-PRESS CONFERENCE-IRAN
6min

International

« Donald Trump prépare ses soutiens à contester le résultat des élections de mi-mandat, mais le contexte est plus inflammable qu’en 2020 » 

La nuit dernière, lors d’une allocution télévisée depuis la Maison Blanche, Donald Trump a dénoncé une fraude massive sous ingérence chinoise dans l’organisation des élections aux Etats-Unis. Un discours complotiste sans preuve qui vise à préparer la contestation de sa défaite aux élections de mi-mandat en novembre prochain, selon Alexis Pichard, docteur en civilisation américaine.  

Le

Explosions in Tehran March 8
10min

International

Frappes en Iran : «  Les différentes lignes du régime sont aujourd'hui en train d'entrer en collision »

Ce mercredi, les Etats-Unis ont achevé une quatrième vague de bombardements visant les côtes iraniennes, alors que le régime islamique a de nouveau verrouillé le détroit d’Ormuz en promettant qu’il resterait fermé jusqu’à la fin des « agressions américaines ». Pour David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut Français d’Analyse Stratégique (IFAS), chercheur associé à l'EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques, Washington mise désormais sur un effondrement du régime depuis l’intérieur.

Le

BELGIUM-EU-FRANCE-UKRAINE-RUSSIA-DIPLOMACY-SUMMIT
8min

International

« L’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne n’avancera que si l’agriculture est une priorité des négociations » 

L’Union européenne a ouvert mardi un deuxième volet dans les négociations d’adhésion de l’Ukraine. Si ce processus se déroule de manière accélérée, de nombreux sujets bloquants doivent être discutés entre Kiev et les 27, comme la question de la puissance agricole ukrainienne qui pourrait déstabiliser le marché européen.

Le