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Obligatoire, volontaire ou par tirage au sort : tour d’horizon des services militaires en Europe

Face à la menace russe, Emmanuel Macron envisage l’instauration d’un service militaire volontaire, 28 ans après la fin de la conscription obligatoire en France. En Europe, certains pays disposent de dispositifs sur la base du volontariat ou l’envisagent, tandis que d’autres n’ont jamais abandonné le service militaire obligatoire. Etat des lieux des pratiques de nos voisins européens.
Marius Texier

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Le 28 mai 1996, lors d’une intervention télévisée, le président français Jacques Chirac annonce l’abandon du service militaire obligatoire : un dispositif vieux de près de 200 ans. La France passe désormais à une armée de métier avec une réduction drastique de ses effectifs. A la fin des années 1990 et jusque dans les années 2000, la mode est à l’abandon de la conscription obligatoire. La Belgique l’a arrêtée en 1994 tout comme les Pays-Bas en 1997 puis l’Espagne en 2001, la République tchèque et la Hongrie en 2004 ou encore l’Italie en 2005.

Pour autant, tous n’ont pas suivi cet élan. Nombreux sont les pays à avoir maintenu un service obligatoire ou d’autres à l’avoir réintroduit. La plupart l’ont même renforcé au cours de ces dernières années à la suite des nombreux troubles géopolitiques.

Service militaire obligatoire : quatre pays supplémentaires depuis 2014

Sur le continent, ils sont 12 pays à disposer d’une conscription militaire obligatoire. L’Autriche, Chypre, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Norvège et la Suisse maintiennent ce service obligatoire depuis de nombreuses années. La durée du service varie allant de six mois pour l’Autriche à 14 mois pour Chypre. L’an dernier, le Danemark a décidé de faire passer son service militaire de quatre à onze mois face à la menace que fait planer la guerre en Ukraine.

Dès l’invasion de la Crimée en 2014 qui s’est suivie de multiples agressions russes, le service militaire obligatoire jusqu’alors suspendu dans plusieurs pays a repris. En 2015, la Lituanie, pays balte frontalier de la Russie, est le premier Etat à le réintroduire. D’autres suivent alors. La Suède en 2017 avec un service obligatoire de neuf à quinze mois pour les hommes et les femmes et la Lettonie en 2023 avec un service obligatoire pour les hommes et volontaire pour les femmes. Très récemment, la Croatie a voté fin octobre le rétablissement de son service militaire obligatoire pour 2026. Ainsi, sur les 12 pays disposant d’une conscription militaire obligatoire, dix d’entre eux sont membres de l’Union européenne.

Loterie, féminisation et service volontaire

De plus, parmi les pays disposant d’un service militaire obligatoire, tous les citoyens d’une catégorie d’âge ne sont pas susceptibles de participer à l’effort militaire. Au Danemark, la sélection des appelés se fait par tirage au sort en fonction des besoins de l’armée. Pareil en Lituanie ou une loterie sélectionne les hommes pour un service de neuf mois. En Norvège, 15 % d’une classe d’âge est sélectionnée selon des critères de qualifications et de motivation.

Dans la plupart des pays précités, le service militaire des femmes se fait sur la base du volontariat. Mais en 2013, la Norvège décide, au nom de l’égalité entre les sexes, de rendre son service militaire de 12 mois obligatoire pour les femmes. Quatre années plus tard, la Suède lui emboîte le pas en rendant elle aussi la conscription militaire obligatoire à l’ensemble de ses jeunes citoyens.

A l’image de la France, de nombreux pays européens ont déjà ou sont sur le point d’opter pour un service militaire volontaire. Respectivement en 2020 puis en 2023, la Bulgarie et les Pays-Bas ont instauré un tel dispositif. Ils seront suivis dès l’année prochaine par la Belgique et la Roumanie. L’Allemagne envisage également la mise en place d’un service militaire obligatoire avec un projet de loi qui doit être voté en décembre prochain. L’objectif : recruter plus de 20 000 volontaires d’ici à 2026.

Un « nouveau cadre pour servir » en France

De son côté, la France entend elle aussi renforcer sa défense et sa sécurité. Le 13 juillet dernier, le président Emmanuel Macron rappelait, dans un discours devant les armées, la nécessité de « combler nos zones de fragilité » dans un contexte d’« aggravation des menaces internationales » et de proposer à la jeunesse un « nouveau cadre pour servir ». Depuis, selon les informations les plus récentes, le chef de l’Etat plancherait sur un service militaire volontaire qu’il va annoncer ce jeudi lors d’un discours sur la base militaire de Varces en Isère selon les informations de La Tribune Dimanche. Dans l’interview que le président a accordée ce matin à RTL et M6, il s’est refusé à ce stade de confirmer l’instauration d’un prochain service militaire obligatoire en évoquant simplement la transformation du Service national universel (SNU) vers une nouvelle forme.

Toujours selon La Tribune Dimanche, le service militaire volontaire consisterait, pour les jeunes d’au moins 18 ans, à effectuer un engagement militaire d’une durée de dix mois et rémunéré entre 900 et 1 000 euros par mois. Pour éviter que ce dispositif puisse entraver les études des engagés, des crédits ECTS leur seront assurés. Au total, plusieurs dizaines de milliers de volontaires sont attendus à l’horizon 2035.

Une idée inspirée du Sénat

A de nombreuses reprises, les parlementaires se sont penchés sur la question d’un engagement militaire pour les plus jeunes. En 2023, le sénateur indépendant Marc Laménie transmettait un rapport d’information sur le succès du service militaire volontaire auprès des jeunes défavorisés. Il y exprimait le souhait de voir le dispositif être étendu au travers d’une planification.

De son côté, la sénatrice des Bouches-du-Rhône, Marie-Arlette Carlotti a fourni un avis en 2022 sur la réserve opérationnelle. Auprès de Public Sénat, elle invitait les jeunes à s’engager au sein de l’armée de réserve : « Les jeunes ne côtoient presque jamais les militaires ou alors seulement occasionnellement dans la rue au cours des opérations Sentinelle », regrettait-elle. « Il s’agit de faire comprendre aux jeunes qu’ils peuvent être utiles ».

Mais dans un contexte de discussions houleuses au Parlement sur le budget et où la moindre économie est traquée, le coût du dispositif risque de faire tiquer. Selon une note du Haut-commissariat au plan, le coût pourrait s’élever à plus d’1,5 milliard d’euros. Il devrait être intégré à l’occasion de l’examen d’une loi de programmation militaire rectificative à la fin de l’automne selon les informations de Politico.

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