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Alors que Donald Trump menace d’annexer le Groenland, après son coup de force au Venezuela, les dirigeants de l’Union européenne tentent de faire bloc derrière le Danemark et de défendre un droit international moribond.
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Par Steve Jourdin
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Il y a en effet un paradoxe. Si l’on regarde le classement des dix premières réserves mondiales, le Venezuela arrive en tête avec environ 300 milliards de barils. Mais il s’agit d’un pétrole particulier : lourd, très visqueux, relativement soufré, donc plus complexe et plus coûteux à exploiter.
Malgré l’importance de ses réserves, le Venezuela n’est que le 21ᵉ producteur mondial. Cela s’explique par le caractère profondément chaotique du pays. L’histoire pétrolière vénézuélienne est marquée par une longue instabilité politique et institutionnelle, notamment dans ses relations avec les États-Unis : nationalisations successives, rupture des partenariats avec les compagnies américaines, puis un tournant opéré sous Hugo Chávez.
Cette instabilité chronique n’a jamais permis de créer les conditions nécessaires à des investissements durables et massifs dans le secteur pétrolier.
L’industrie est dans un état de délabrement avancé. La production est tombée à moins d’un million de barils par jour, contre plus de trois millions il y a vingt ans. On assiste à une véritable déliquescence de l’appareil de production.
La compagnie nationale PDVSA est exsangue : manque de maintenance, fuite des compétences, corruption, absence d’investissements. À cela s’ajoute la pression américaine, avec l’embargo, les sanctions et les restrictions financières. Le résultat est une situation extrêmement paradoxale pour un pays disposant de réserves aussi importantes.
Face à cela, le Venezuela a noué des partenariats avec la Chine, la Russie et l’Iran. L’action américaine peut être interprétée comme un coup de semonce, une manière de rappeler la volonté de Washington de conserver une forme de contrôle sur cette région stratégique.
Aujourd’hui, l’essentiel des exportations vénézuéliennes se dirige vers la Chine et Cuba, ce qui entraîne des effets géopolitiques immédiats, notamment à court terme.
Il existe un élément factuel. Sous Hugo Chávez, plusieurs contrats ont été rompus avec des entreprises américaines. Ces ruptures ont donné lieu à des procédures d’arbitrage international, qui ont condamné le Venezuela à verser des compensations financières.
Dans les faits, ces indemnisations n’ont jamais réellement été payées. Les montants en jeu se chiffrent en quelques dizaines de milliards d’euros, mais Donald Trump ne les mentionne jamais précisément. Son discours relève davantage de la posture politique que d’une réalité juridique clairement établie.
Il s’agit avant tout d’un effet d’annonce. Nous sommes dans une année électorale aux États-Unis et Donald Trump prépare les élections de mi-mandat. C’est probablement l’objectif principal de cette communication.
L’exploitation du pétrole vénézuélien nécessiterait au minimum 100 milliards de dollars d’investissements. Cela suppose des conditions très lourdes en matière de stabilité politique, de sécurité juridique et d’infrastructures. Or, il ne suffit pas de renverser Nicolás Maduro pour créer un environnement favorable aux investisseurs.
D’ailleurs, les premières réactions des grandes compagnies pétrolières américaines ont été marquées par une grande prudence. De son côté, l’OPEP reste vigilante et cherche à préserver ses équilibres.
Pour l’instant, le prix du pétrole a plutôt tendance à baisser. Le baril évolue autour de 60 dollars, un peu moins pour le WTI américain. Ce contexte n’est pas favorable à des investissements lourds et de long terme.
On voit clairement la logique de communication de l’administration Trump : envoyer un signal à la Chine, à la Russie et à l’Iran pour rappeler l’existence d’un pré carré américain. Mais savoir si cette stratégie rapportera réellement quelque chose aux États-Unis, reste très incertain.
Même si le pétrole vénézuélien était remis en exploitation, cela ne pourrait se faire qu’à l’horizon de la décennie 2030. D’ici là, rien ne garantit que la demande mondiale de pétrole sera en hausse. Il s’agit d’une industrie lourde, lente et risquée.
À court terme, il s’agit de compliquer la position de la Chine, de rappeler l’existence du pré carré américain et de créer des contraintes supplémentaires pour Cuba, très dépendante du pétrole vénézuélien. Il faut rappeler que Marco Rubio, influent au sein de l’administration américaine, est d’origine cubaine et affiche une hostilité marquée envers le régime castriste.
À plus long terme, les conséquences sont beaucoup plus incertaines. Nous assistons à une forme de guerre mondiale de l’énergie. D’un côté, la Chine accélère fortement sa décarbonation, notamment dans les transports et la mobilité électrique. Rien ne garantit que la demande mondiale de pétrole restera élevée à long terme.
Malgré ces incertitudes, la ligne politique américaine est claire. L’administration Trump a mis en place un comité pour la domination énergétique. L’objectif est de faire des énergies fossiles un instrument de puissance géopolitique en contrôlant les principales réserves mondiales.
Cette stratégie inquiète déjà le Canada, le Groenland et l’Europe. Pour Washington, l’énergie est un outil de domination. Pour l’Europe, la seule issue crédible reste la neutralité carbone et le Green Deal, afin de réduire sa dépendance énergétique.
Les marchés ont très peu réagi. On a observé un léger sursaut du cours du baril, rapidement suivi d’un retour à la normale. Du point de vue des traders, c’est presque un non-événement. Même si la production vénézuélienne s’arrêtait totalement, cela représenterait à peine 1 % de la production mondiale. L’impact serait négligeable pour la France, qui ne consomme pas de pétrole vénézuélien.
Le prix à la pompe devrait donc rester relativement bas. Ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle, car cela risque de retarder les efforts de décarbonation.
La question de la domination énergétique américaine est en revanche très sérieuse. Le Venezuela en est une illustration. Mais il est difficile de considérer Donald Trump comme un stratège de long terme. On l’a vu récemment avec l’Ukraine et les minerais critiques : une forte agitation médiatique, puis un passage rapide à autre chose. Ce type de séquence produit surtout de la communication et de la tension géopolitique à court terme.
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