SWITZERLAND-GENEVA-U.S. AND UKRAINE-GENEVA TALKS-RUBIO
Credit:CHINE NOUVELLE/SIPA/2511240803

Plan de paix pour l’Ukraine : « Poutine négocie, car il est en position de faiblesse »

En réponse au plan de paix américain pour l’Ukraine jugé conforme aux exigences russes, les Européens ont établi une contre-proposition que Reuters a dévoilé. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a salué des avancées importantes, mais encore insuffisantes pour une « paix réelle ». Selon Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), ce « moment charnière » n’est que le début d’un « long processus ». La contre-proposition européenne ne convient pas à la Russie a fait savoir le Kremlin.
Marius Texier

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Deux plans pour une résolution du conflit en Ukraine ? Après un premier plan américain dévoilé le 20 novembre dernier et largement rejeté par les Européens et les Ukrainiens, un second plan a émergé des négociations qui ont eu lieu à Genève dans la nuit de dimanche à lundi. Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne se sont accordés sur une contre-proposition.

Largement plus en faveur de l’Ukraine, ce nouveau plan revient sur la proposition américaine de limiter la taille de l’armée ukrainienne à 600 000 soldats et souhaite la maintenir dans sa taille actuelle (800 000 soldats). Les Européens souhaitent que les négociations territoriales se maintiennent sur la ligne de front contrairement aux Etats-Unis qui envisagent d’attribuer certaines zones à la Russie en marge des négociations. Enfin, les Européens exigent que les Etats-Unis fournissent à l’Ukraine des garanties de sécurité à la manière de l’article 5 du traité de l’OTAN qui indique que toute attaque contre un pays membre est une attaque contre tous. Les Européens ont également réaffirmé la politique d’ouverture de l’OTAN laissant planer le doute sur une possible adhésion de l’Ukraine à l’organisation.

L’Europe reprend la main

Avec ces nouvelles propositions, les Européens entendent bien peser dans les négociations après un premier plan américain ayant été perçu comme une simple reprise des demandes russes. « Certaines formules dans le plan laissent à penser qu’il a été rédigé par la Russie », avance le président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), Emmanuel Dupuy. Le 22 novembre, trois sénateurs américains ont affirmé que le document en 28 points était « une proposition » émanant directement du Kremlin. Marco Rubio a quant à lui démenti cette information indiquant que la « proposition de paix a été rédigée par les Etats-Unis ».

Quoi qu’il en soit, la contre-proposition européenne indique que le Vieux continent ne souhaite pas jouer les seconds rôles dans la résolution du conflit. « Pour l’Europe, l’enjeu de ce nouveau plan est de réaffirmer les lignes rouges en insistant tout particulièrement sur la souveraineté de l’Ukraine », indique Emmanuel Dupuy. « Ils ne souhaitent pas une forme de gel du processus de paix similaire à un Minsk III ». En 2015, les dirigeants de l’Ukraine, de la France, de la Russie et de l’Allemagne se sont accordés (Minsk II) sur des mesures concernant la guerre dans le Donbass et l’instauration d’un cessez-le-feu. Un traité très fragile qui n’a pas empêché l’invasion russe de 2022.

« Cette fois-ci, la première négociation s’est faite sous l’égide des Américains puis la contre-proposition montre une européanisation des négociations », indique Emmanuel Dupuy. « Reste à savoir ce que vont faire les Américains. Soit, ils décident de poursuivre des négociations bilatérales avec la Russie (le 15 août 2025, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont rencontrés lors d’un sommet en Alaska), soit de manière magnanime, ils acceptent de laisser une place aux Européens comme le souhaite Marco Rubio, secrétaire d’Etat des Etats-Unis et présent lors des négociations à Genève ».

« Il se pourrait bien que quelque chose de positif soit en train de se produire »

Et semble-t-il, le président américain Donald Trump apparaît satisfait des négociations à Genève. Dans un message posté aujourd’hui sur son réseau social, il évoque une possible avancée dans la résolution du conflit : « Est-il vraiment possible que les pourparlers de paix entre la Russie et l’Ukraine aient fait d’énormes progrès ??? N’y croyez pas tant que vous ne l’avez pas vu, mais il se pourrait bien que quelque chose de positif soit en train de se produire ».

Moins énigmatiques que le président américain, les dirigeants européens se sont montrés optimistes sur le nouveau plan tout en restant prudent. Pour le Premier ministre britannique Keir Stramer, des « progrès significatifs » sont à l’œuvre tandis que Jean-Noël Barrot, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères français, a évoqué des discussions « constructives et utiles ». Le chancelier allemand Friedrich Merz a lui temporisé indiquant ne pas s’attendre à un accord cette semaine. Invité demain de la matinale de RTL, Emmanuel Macron sera interrogé sur cette nouvelle étape du conflit en Ukraine.

« La situation économique de la Russie est dramatique »

Selon Emmanuel Dupuy, les négociations à l’œuvre sont une manière pour la Russie de gagner du temps et de reprendre la main. « Vladimir Poutine négocie, car il est en position de faiblesse », indique le chercheur. « Pour la Russie, la guerre en Ukraine c’est plus de 2 300 véhicules blindés de perdus soit plus que la bataille de Stalingrad lors de la Seconde Guerre mondiale. C’est plus d’un million de morts et aucune prise de territoire ces six derniers mois. Son pétrole se vend à moitié prix désormais et ses exportations ne cessent de diminuer ».

Et les données macroéconomiques russes l’indiquent. Son déficit budgétaire a explosé cette année dépassant de 30 % l’objectif annuel que le gouvernement s’est fixé. Avec un budget de la défense et de la sécurité qui représente un peu plus de 40 % des dépenses, l’effort de guerre assèche ses finances publiques longtemps alimentées par ses importantes exportations de gaz et de pétrole. « Sa situation économique est dramatique avec un risque pour sa cohésion sociale », indique Emmanuel Dupuy.

Mais pour le chercheur, la fin du conflit est encore loin : « Nous sommes actuellement dans un statu quo. Ce processus de négociation est un moment charnière, mais ne correspond pas à un événement conclusif », prévient-il. « Dans des négociations, il y a cette fâcheuse tendance à penser que c’est la fin d’un processus alors que ce n’est que le début ».

Partager cet article

Dans la même thématique

President Donald Trump Announces 2026 World Cup Draw
6min

International

L’accord Trump-Poutine sur le diesel russe « entérine le lâchage de l’Ukraine par les Etats-Unis », affirme Romuald Sciora

Après l’accord signé samedi avec la Russie prévoyant l’importation de millions de tonnes de diesel russe, Donald Trump a appelé au départ de Volodymyr Zelensky de la présidence ukrainienne. Pour le chercheur Romuald Sciora, cet accord est davantage symbolique que stratégique. Il vise à nouer une alliance entre la Russie et les Etats-Unis.

Le

Plan de paix pour l’Ukraine : « Poutine négocie, car il est en position de faiblesse »
6min

International

IA : « il y a un risque existentiel pour notre civilisation et notre démocratie », s’inquiète l'eurodéputé écologiste David Cormand

Comment garder le contrôle sur le développement de l’intelligence artificielle alors que les dérives liées à ces usages se multiplient et que la puissance des géants américains et chinois du numérique ne cesse d’augmenter face aux Etats ? L’Europe a-t-elle eu raison avant les autres en encadrant ses usages ? A-t-elle au contraire fait preuve de trop de prudence en se dotant d’un IA Act ? C’est le débat de la semaine dans l’émission Ici l’Europe, diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le

Présidentielle au Brésil
6min

International

« Une victoire de Flavio Bolsonaro à la présidentielle au Brésil marquerait un tournant historique vers un régime autoritaire et illibéral » selon l’historienne Armelle Enders

Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien chef d’Etat brésilien d’extrême droite, a créé la surprise dimanche en arrivant en tête au premier tour de la présidentielle au Brésil. Il affrontera le président Lula au second tour dans trois semaines, lors d’un scrutin qui pourrait être un tournant historique pour le pays en cas de retour du bolsonarisme au pouvoir, selon l’historienne spécialiste du Brésil Armelle Enders.

Le

Plan de paix pour l’Ukraine : « Poutine négocie, car il est en position de faiblesse »
5min

International

Carburants : Comment la Bulgarie réussit à maintenir le litre d’essence à 1,66 euro

Les prix du carburant n’ont jamais été aussi élevés en Europe et continuent de flamber à cause des tensions dans le détroit d’Ormuz. Chaque Etat-membre met en place ses mesures d’aide à la population et à l’économie, mais quelle doit être la stratégie de l’Union européenne pour calmer cette crise ? On en débat cette semaine dans Ici l’Europe, émission diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le