Politique migratoire européenne : la majorité d’Ursula von der Leyen « court derrière l’extrême droite » regrette cet eurodéputé écologiste

La Commission européenne va publier le mois prochain sa stratégie migratoire et souhaite renvoyer les migrants illégaux dans des centres de rétention hors de l’UE. Cette politique sera-t-elle plus efficace ? Comme assurer aux personnes un traitement humain, et qu’elles puissent faire valoir leurs droits ? Se faisant l’Union tourne t-elle le dos à ses valeurs ? C’est le débat de cette semaine dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat.
Alexandre Poussart

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« Nous avons franchi une étape très importante pour reprendre le contrôle de l’immigration au sein de l’Union européenne ». C’est en ces termes que le ministre danois de l’Immigration, social-démocrate, a salué, le 8 décembre dernier, le vote de la révision du règlement retour par une majorité des Etats-membres de l’UE. Cette réforme proposée par la Commission européenne d’Ursula von der Leyen prévoit une répartition des déboutés du droit d’asile entre les 27. Les pays qui refuseraient cette solidarité se verront infligés une amende de 20 000 euros par demandeur d’asile. Ce texte autorise aussi le renvoi de migrants irréguliers hors des frontières de l’Union européenne, vers des centres de retour ou des pays tiers dont ils ne sont pas originaires.

Ces centres de retour hors de l’UE sont « bien la preuve qu’aujourd’hui Madame von der Leyen est sous la pression de l’extrême droite », commente Mounir Satouri, eurodéputé français écologiste et président de la sous-commission Droits de l’homme au Parlement européen, interrogé dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat. « Les sociaux-démocrates, les libéraux et la droite européenne courent derrière l’extrême droite comme un hamster dans sa cage. Le sujet de l’immigration inquiète les opinions publiques donc ils se disent « reprenons les idées de l’extrême droite ». Mais leur politique est un échec total. Rien n’empêchera un candidat au départ de traverser la mer car en restant de l’autre côté, il a plus de chance de mourir. »

Une réforme taillée pour Giorgia Meloni

Le système des centres de retour hors de l’UE a été testé par la dirigeante italienne de droite radicale Giorgia Meloni qui a conclu un accord avec l’Albanie afin de construire des centres de rétention administrative pour les migrants irréguliers italiens. Pour Paolo Borchia, eurodéputé italien, du parti La Lega, membre de la coalition de Meloni, « l’Italie a un problème de retour des migrants illégaux dans leurs pays d’origine. Si on veut être plus efficace, il faut essayer quelque chose de nouveau : des centres dans les pays tiers, cela peut être une solution efficace. »

 

Mais ces centres de retour albanais ont été jugés contraires au droit européen par les magistrats italiens et n’ont pas vraiment fonctionné jusque-là. La réforme proposée par la Commission européenne devrait permettre leur ouverture effective.

Certaines ONG de défense des réfugiés s’inquiètent du respect des droits de l’homme et des conditions d’accueil des personnes dans ces centres hors de l’UE.

« En Albanie, plusieurs ONG sérieuses ont déjà montré qu’il y avait des atteintes flagrantes aux droits de l’homme », s’inquiète Mounir Satouri. « Et puis nous les Européens, nous avons par le passé financé des garde-côtes libyens pour retenir des migrants, dans des conditions terribles. Certaines personnes ont été réduites en esclavage, il y a eu des viols de femmes, des exactions. »

Cette réforme revoit également la liste de pays sûrs, dans lesquels les migrants irréguliers pourront être renvoyés, sans aucun lien avec leur pays d’origine. Cette liste comprend notamment le Bangladesh, la Colombie, l’Égypte, le Kosovo, l’Inde, le Maroc et la Tunisie. « Ce ne sont pas des pays sûrs, ce sont des pays labellisés sûrs par les autorités européennes », estime Mounir Satouri. « Prenons l’exemple de la Tunisie. Ce pays est reconnu comme sûr alors que le Parlement européen a voté pour dénoncer les atteintes aux droits de l’homme dans ce pays et adopté une résolution qui condamne le régime tunisien après l’emprisonnement d’une avocate célèbre. Il y a une incohérence terrible dans cette affaire. »

Une aide au développement contre le retour des ressortissants expulsés ?

Le mois prochain, la Commission européenne doit publier sa stratégie sur l’asile et les migrations pour les 5 prochaines années. Bruxelles veut muscler sa diplomatie migratoire et conditionner l’obtention de visas et d’aide au développement pour les pays de départ à la réadmission de leurs ressortissants expulsés.

« C’est un outil qui peut rendre plus efficace notre politique migratoire. Il faut que les pays de départ coopèrent avec l’Union européenne », explique Paolo Borchia.

Pour son homologue écologiste, conditionner l’aide au développement à la coopération migratoire relève du chantage. « Cela fait longtemps qu’on aurait dû revoir notre politique d’aide au développement et notre stratégie de co-développement avec l’Afrique. Parce que ce qui peut réduire les départs, c’est que les gens vivent bien chez eux et en sécurité. On n’a pas fait cela. On a parfois donné des armes à des belligérants qui ont créé une instabilité, et ce qui a poussé des gens à partir. »

Le Parlement européen devra se prononcer en mars sur cette révision du règlement retour. Selon Mounir Satouri, « une alliance entre la droite et l’extrême droite » pourrait faire passer cette réforme

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