Iran Protests
This photo provided by the U.S. Navy shows a Boeing F/A-18E Super Hornet landing on the Nimitz-class aircraft carrier USS Abraham Lincoln in the Indian Ocean on Jan. 22, 2026. (Mass Communication Specialist Seaman Daniel Kimmelman/U.S. Navy via AP)/ARE102/26026255706004/AP PROVIDES ACCESS TO THIS PUBLICLY DISTRIBUTED FILE HANDOUT PHOTO PROVIDED BY THE U.S. NAVY; MANDATORY CREDIT./2601260925

Porte-avions américain Lincoln au Moyen-Orient : « Il s’agit d’exercer une pression maximale sur Téhéran »

Ces derniers jours, le président américain souffle le chaud et le froid sur une éventuelle intervention militaire contre le régime iranien. Ce lundi, le porte-avions Abraham Lincoln et son escorte sont arrivés au Moyen-Orient. S’agit-il du signe d’une attaque imminente ? Pour Public Sénat, le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, analyse les derniers développements militaires dans la région.
Steve Jourdin

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Que signifie concrètement ce déploiement américain ?

C’est un signal politique et militaire très clair. L’Abraham Lincoln arrive depuis la mer de Chine méridionale, ce qui montre que ce déploiement n’était pas improvisé, mais décidé au plus haut niveau. On parle d’un groupe aéronaval complet, capable de frappes massives, de défense antimissile et de contrôle maritime.

L’objectif officiel est la « sécurité et la stabilité régionales », mais en réalité il s’agit d’exercer une pression maximale sur Téhéran, tout en rassurant les alliés des Américains après la répression sanglante en Iran.

 

Donald Trump a menacé à plusieurs reprises de frapper l’Iran. Où en est-on réellement ?

On est dans une logique de dissuasion coercitive. Donald Trump menace, puis temporise, puis menace à nouveau. Il avait semblé reculer après avoir assuré que Téhéran avait suspendu certaines exécutions de manifestants. Mais le message reste le même : soit l’Iran accepte de négocier selon les conditions américaines, soit il s’expose à une option militaire. Le porte-avions est là pour rendre cette menace crédible.

 

Dans ce contexte, une opération militaire américaine est-elle imminente ?

Elle devient en tout cas crédible. Et c’est précisément le but. Une intervention américaine ne se ferait pas seule : elle dépendrait largement d’un feu vert israélien et des capacités de renseignement du Mossad. Frapper les Pasdaran nécessite une connaissance très fine des cibles. Et renverser un régime suppose de savoir ce qui vient après. Tant que cette équation n’est pas claire, Washington privilégiera la pression militaire sans passage à l’acte.

 

Quels seraient les risques d’une intervention pour les Américains ?

Le gouvernement des mollahs a perdu une grande partie de ses capacités de défense antiaérienne. Des frappes aériennes auraient donc un impact réel. En revanche, l’Iran a continué à se doter de missiles balistiques. Il conserve ainsi la capacité de frapper des cibles en Arabie saoudite ou en Israël. C’est là que se situe le point critique : les alliés des États-Unis sont-ils prêts à accepter un certain niveau de pertes en représailles ?

 

Que recherchent réellement les Américains ?

Deux objectifs principaux. D’abord, l’émergence d’un nouveau régime en Iran, ce qui reviendrait à soutenir une population largement martyrisée. Ensuite, la possibilité de renégocier le dossier nucléaire iranien, avec un arrêt de l’enrichissement de l’uranium, afin d’empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire militaire.

 

Certaines sources évoquent un bilan de la répression dépassant les 30 000 morts. Est-ce que la France a été trop timide ?

La France n’est pas absente. Elle est militairement présente dans la région, notamment à Abou Dhabi, et a déployé des moyens navals pour protéger ses alliés. Sur le plan diplomatique, Paris a toujours été à l’avant-garde des négociations sur le nucléaire iranien. Mais l’Europe n’a pas la capacité militaire, ni la volonté politique de peser autant que Washington dans cette séquence. L’initiative est clairement américaine.

 

Faut-il classer les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste ?

Oui, sans ambiguïté. Les Pasdaran sont le bras armé du régime, impliqués dans la répression intérieure et dans les opérations extérieures. Leur qualification comme organisation terroriste serait un signal politique fort. Concernant le Hezbollah, la question est différente, mais est liée : il constitue un relais stratégique de Téhéran dans la région.

 

Si le régime iranien venait à tomber, quel serait l’impact mondial ?

Ce serait un tournant majeur dans la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient. Téhéran est le cœur d’un système d’alliances armées qui encercle Israël et déstabilise la région. La disparition du régime des mollahs serait, en soi, un facteur de paix. Mais la vraie inconnue reste le lendemain : quel régime émergerait ? Installer une démocratie durable dans cette zone serait une rupture historique. Souhaitable, mais loin d’être garantie…

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