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Ports ukrainiens visés par des drones russes : « Ces frappes sont faites pour détruire le marché ukrainien »

Le 2 août à l’aube, des attaques de drones russes ont provoqué d’importants dégâts sur les infrastructures portuaires ukrainiennes du Danube. D’après les autorités ukrainiennes, Kiev a également été visée par des appareils explosifs, mais les engins auraient été abattus par l’armée ukrainienne.
Lucille Gadler

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Des infrastructures portuaires ukrainiennes essentielles

Dans la nuit du 2 août, des attaques de drones russes ont provoqué d’importants dégâts sur les infrastructures portuaires ukrainiennes du Danube. Des installations vitales pour les exportations de céréales ukrainiennes qui continuent malgré la persistance du conflit dans le pays.

Depuis que la Russie a mis fin, mi-juillet, à l’accord qui permettait à Kiev d’exporter ses céréales, ce sont Reni et Izmaïl, deux ports fluviaux ukrainiens frontaliers de la Roumanie, dans la région d’Odessa, qui sont devenus les principaux canaux de l’exportation agricole de l’Ukraine. Ce mercredi 2 août, c’est le port d’Izmaïl qui a été ciblé, après que Reni ait subi des bombardements russes le 24 juillet dernier. D’après le gouverneur de la région, Oleg Kiper, aucune victime n’est pour l’instant à déplorer.

« Les frappes sont quotidiennes en Ukraine. La Russie continue de terroriser la population ukrainienne avec pour objectif de casser la résistance. Or la force de l’armée ukrainienne, c’est le soutien de sa population. L’armée ukrainienne tient car elle est très soutenue par la population » explique Alla Lazareva, rédactrice en chef adjointe du journal The Ukrainian Week.

« Ces frappes sont également faites pour empêcher d’exporter les céréales aux partenaires étrangers, pour détruire le marché ukrainien » poursuit-elle. « Le problème pour l’économie ukrainienne, c’est que si l’Ukraine ne peut pas livrer ses céréales, alors les partenaires trouveront des remplaçants. Et nous perdons, plus que des récoltes, des marchés économiques et de l’argent. »

Pour la journaliste, ces frappes s’inscrivent également dans une stratégie de guerre spécifique à la Russie : « La Russie utilise une stratégie visant à affamer les populations. Elle l’a déjà fait dans les années 30. Ma grand-mère a perdu sa famille avec ces opérations de mise à mort de la résistance. Ce n’est pas la première fois que la Russie utilise le recours à la faim comme stratégie de guerre. Et ces crimes ne sont pas punis, et l’impunité en renforce toutes les autres. »

Dans la matinée, le président de la Roumanie, Klaus Iohannis a dénoncé sur « X » (anciennement twitter) un « crime de guerre » jugeant les « attaques continues de la Russie contre l’infrastructure civile ukrainienne sur le Danube, à proximité de la Roumanie […] Inacceptables ». « C’est juste à côté de leur frontière. Les pays voisins au conflit regardent cette guerre autrement : ils ont beaucoup de mauvaises expériences avec l’impérialisme russe et les guerres coloniales menées par le passé. La Roumanie et les autres pays frontaliers craignent pour eux. La résistance ukrainienne est aussi une protection pour eux » explique Alla Lazareva.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a appelé le monde à « réagir » dénonçant des atteintes à la « sécurité alimentaire mondiale ». Ces dernières semaines, avant de viser le Danube, l’armée Russe a frappé à plusieurs reprises les infrastructures portuaires ukrainiennes de la mer Noire, d’où étaient auparavant exportées les céréales ukrainiennes rapporte l’AFP.

Manœuvre en mer Noire : « une guerre de communication »

Ce mercredi 2 août, Moscou a annoncé le lancement de « manœuvres navales impliquant des dizaines de navires de guerre en Baltique ».

« C’est une guerre de communication, ça fait partie de la stratégie d’intimidation. La Russie veut montrer de quoi elle est capable » observe Alla Lazareva. « Il y a deux jours, des hélicoptères russes ont franchi la frontière aérienne de la Pologne, avant de rapidement rebrousser chemin. C’est de la provocation, nous sommes dans une guerre de communication. La Russie veut montrer que personne n’est à l’abri. Y compris les membres de l’OTAN, dont la Pologne fait partie ».

Turquie : « le double jeu »

Recep Tayyip Erdogan, le président Turc, a appelé son homologue russe à « ne prendre aucune mesure risquant de provoquer une escalade des tensions » en mer Noire. D’après l’AFP, le président Turc a également « souligné l’importance de l’Initiative de la mer Noire, qu’il considère comme un pont pour la paix, à propos de l’accord céréalier. Selon le Kremlin, Vladimir Poutine a de son côté demandé le soutien de Recepp Tayyip Erdogan pour exporter les céréales russes, tout en réitérant son refus de relancer l’accord avec l’Ukraine. »

« La Turquie a son propre jeu. Elle renforce en permanence ses relations en fonction de la puissance régionale. Par rapport à l’Otan, c’est le double jeu. D’un côté, elle veut rester un négociateur indispensable de l’Otan, du monde Turque et de l’Ukraine. De l’autre, la Turquie n’adopte pas les sanctions internationales contre la Russie… Et il y a toujours ce canal de communication qui se maintient entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan. C’est dans l’intérêt de la Turquie de jouer sur plusieurs registres. »

Guerre des drones : « la guerre peut également se dérouler sur le territoire Russe »

Depuis le printemps, l’offensive ukrainienne s’intensifie en Russie, comme l’illustre l’attaque du quartier d’affaires dans la nuit du 29 au 30 juillet dernier. « Pour l’Ukraine, ça montre que la défense anti-aérienne russe n’est pas aussi performante » commente Alla Lazareva, « cela démontre aussi que les capacités de tir Ukrainiennes sont assez précises. Ces attaques se sont déroulées de nuit et ont pu viser des bâtiments de prestige. Cela prouve également que la guerre peut aussi se passer sur le territoire russe ».

Quelle direction pour la guerre en Ukraine ?  : « Une partie du pays veut pousser l’Ukraine à la négociation pour mettre fin au conflit. Une autre partie du pays affirme que c’est sur le champ de bataille que la guerre se joue. Pour l’instant, nous ne sommes pas prêts à négocier. La Russie non plus : pour elle, il n’est pas question de concessions, il s’agit de garder les territoires occupés » conclue Alla Lazareva. « L’Ukraine a un grand potentiel économique, l’Europe ne doit pas l’oublier dans le soutien qu’elle apporte durant cette guerre. Nous pouvons construire une grande solidarité économique ».

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