Depuis qu’Emmanuel Macron tient ses vœux aux armées, le contexte n’aura peut-être jamais été aussi tendu sur la scène internationale : guerre en Ukraine qui continue, Venezuela, Iran, Groenland visé par Donald Trump… Le monde est plus que jamais en ébullition, sous pression des grandes puissances, Etats-Unis, Russie et Chine. Au milieu, l’Europe, et en particulier la France, essaie d’exister et tente de résister, dans la mesure du possible.
C’est lunettes de soleil sur le nez, sourire brite en mode Top Gun, qu’Emmanuel Macron a fait son apparition sur la base aérienne d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône. Plus qu’une coquetterie, peut-être une protection. A la tribune, on découvre avec surprise son œil droit, dont le blanc est devenu rouge. « Excusez ce caractère inesthétique de mon œil, c’est quelque chose de totalement anodin. Y voyez simplement une référence involontaire à l’œil du tigre, en ce début d’année. C’est un signe de détermination, elle est entière », s’en sort par une pirouette Emmanuel Macron, sans plus d’explications.
« 36 milliards d’euros » de plus pour la défense d’ici 2030 : Emmanuel Macron veut que le Parlement vote l’actualisation de la LPM « d’ici le 14 juillet »
Devant un parterre d’hommes, et de quelques femmes, en uniforme, et entouré de Rafale, le chef de l’Etat a donc tenu ses vœux aux forces armées, commençant d’abord par un autosatisfecit. Après deux lois de programmation militaire (LPM), le budget de la défense sera porté en 2027 à « 64 milliards d’euros annuels », a rappelé le Président, au centre d’une image parfaitement symétrique – sûrement le goût de l’ordre propre aux miliaires.
« En deux mandats, le budget des armées aura été doublé », se félicite-t-il. Rappelant son objectif fixé en 2017 d’atteindre 2 % du PIB en 2025 « pour réparer notre outil de défense et répondre aux menaces », il ajoute : « Nous y sommes, l’engagement est tenu ».
Un renforcement des moyens des armées illustré ici, sur la base d’Istres, qui accueille « une flotte de 15 Airbus de ravitaillement », des A 330 MRTT, qu’Emmanuel Macron va prendre pour rentrer à Paris, avec aux commandes l’astronaute Thomas Pesquet, qualifié pour piloter l’appareil en tant que réserviste.
Pour Emmanuel Macron, la situation internationale lui donne raison. « Notre effort de défense va continuer ici, comme dans les autres garnisons de France », assure-t-il, avant d’ajouter : « Pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant ».
« C’est pour cela qu’il faut faire plus vite et faire plus fort », soutient Emmanuel Macron, qui a particulièrement mis la pression sur les industriels de la défense, pour véritablement augmenter la production.
Concrètement, « l’actualisation de la LPM prévoit pour 2026-2030 un effort supplémentaire de 36 milliards d’euros pour accélérer notre réarmement, dont 3,5 milliards dès 2026 », précise Emmanuel Macron. Encore faut-il que le budget soit voté, pour l’année qui a déjà commencé…
Pour se « rendre prêt à la hauteur des périls », Emmanuel Macron souhaite « que l’actualisation de la LPM puisse être adoptée d’ici le 14 juillet prochain » par le Parlement. « L’histoire ne pardonne ni l’impréparation, ni la faiblesse », lance encore Emmanuel Macron en guise d’avertissement, soulignant que « nos armées sont notre assurance-vie et la dissuasion nucléaire en est la clef de voûte ».
Munitions, spatial, défense sol-air, drones… La France veut être prête pour « un engagement majeur d’ici 3 ou 4 ans »
Ces « surmarches » de la loi de programmation militaire doivent nous permettre de « faire face, si nous devions y être confrontés, à un engagement majeur d’ici 3 ou 4 ans ». Un effort qui « consacre trois grandes priorités » : « Augmenter nos stocks de munitions de tous types » ; « des moyens supplémentaires » pour « se doter d’une alerte avancée », entre « spatial » et « radar terrestre » et renforcement des « constellations satellitaires » pour « la connectivité et l’acquisition de renseignement » ; et enfin renforcer « notre défense sol-air », avec le système SAMP/T, « plus efficace que le système (américain) Patriot ».
Le Président entend aussi « moderniser, avec des drones de tous types, pour les trois armées. Nous devons aller plus vite là-dessus. Soyons clairs, nous sommes en retard, car les Ukrainiens ont formidablement innové ».
Groenland : la France va envoyer d’autres « moyens terrestres, aériens et maritimes »
Face au « retour des puissances de déstabilisation », avec « la Russie sur le sol européen », des déstabilisations régionales comme en « Iran », et « un discours qui parfois sème le doute chez les alliés », dit-il, le chef de l’Etat pointe « un nouveau colonialisme chez quelques-uns », tout en prenant soin de ne citer à aucun moment les Etats-Unis de Donald Trump.
Revendiquant être « une puissance de stabilité », la France a envoyé une quinzaine de militaires au Groenland, territoire que vise explicitement le président américain. Le chef de l’Etat annonce que ces moyens seront renforcés. « La France et les Européens doivent continuer partout où leurs intérêts sont menacés d’être là, sans escalade, mais intraitables sur le respect de la souveraineté territoriale », soutient-il, expliquant que « la France a décidé de se joindre à l’exercice qui a été programmé et lancé par le Danemark, de manière souveraine et indépendante », « une première équipe de militaires français est déjà sur place et sera renforcée dans les prochains jours par des moyens terrestres, aériens et maritimes ».
La France fournit aujourd’hui « les deux tiers » des « capacités de renseignement » à l’Ukraine
Se félicitant de la Coalition des volontaires pour l’Ukraine, avec un commandement franco-britannique basé « au Mont Valérien », dont l’objectif est de permettre des garanties de réassurance, en cas de cessez-le-feu, le Président souligne que l’aide de la France à Kiev passe aussi par le renseignement. « Là où l’Ukraine était éminemment dépendante des capacités de renseignement américaines à une écrasante majorité il y a un an, aujourd’hui, les deux tiers sont fournis par la France », s’est félicité Emmanuel Macron.
« Nous sommes à portée de tirs » de la Russie
Le Président est revenu sur le tir, par la Russie, d’un missile à longue portée Orechnik contre l’Ukraine, la semaine dernière. « Ce tir est un signal très clair d’une puissance dotée [de l’arme nucléaire], mais qui a décidé de se doter de telles capacités », souligne Emmanuel Macron, qui alerte : « Le message est clair, et pour tous ceux qui pensent que la Russie serait une question qui ne nous concerne pas, il doit être reçu cinq sur cinq : nous sommes à portée de ces tirs ».
Pour lui, « si nous voulons là aussi rester crédibles, nous devons, nous, Européens, et tout particulièrement la France, qui dispose de certaines technologies, nous saisir de ces nouvelles armes qui changeront la donne à court terme », avec la nécessité de développer avec nos partenaires « ces capacités de feu dans la très grande profondeur ».