Fourth of July Fireworks in Washington
US President Joe Biden arrives to view the Independence Day fireworks display over the National Mall from the Truman Balcony of the White House in Washington, DC on Thursday, July 4, 2024. Photo by Tierney L. Cross/UPI Photo via Newscom/upiphotosthree012149/UPI/Newscom/SIPA/2407050614

Présidentielle américaine : « Il y a un risque que Joe Biden apparaisse sur la voie de la sénilité », lors de sa conférence de presse

Menacé dans son propre camp, Joe Biden joue son avenir politique à l’occasion d’une grande conférence de presse. Le président américain devra rassurer les démocrates sur sa capacité à rester en poste pour les quatre prochaines années.
Henri Clavier

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« Que toute personne qui pense que je ne devrais pas être candidat se présente contre moi. Allez-y, annoncez votre candidature à la présidence. Défiez-moi à la convention », a lancé Joe Biden, ce lundi 8 juillet. Une première contre-attaque après son débat désastreux face à Donald Trump où l’ancien président des Etats-Unis s’était fait un malin plaisir d’attaquer l’actuel locataire de la Maison Blanche sur son âge mettant en doute ses capacités cognitives. Depuis ce débat du 27 juin, c’est une longue session de rattrapage qui s’est ouverte pour l’équipe de Joe Biden afin de convaincre les électeurs, mais aussi son propre camp, qu’il est le plus apte à empêcher un retour de Donald Trump au pouvoir. 

Si Joe Biden s’est toujours présenté comme un rempart au milliardaire New-Yorkais, son propre camp commence à émettre publiquement de sérieux doutes sur la possibilité de victoire du président sortant. Depuis plusieurs mois, des membres du parti démocrate réfléchissent à un changement de dernière minute pour épargner une déroute au candidat de 81 ans. 

Depuis le débat face à Donald Trump, plusieurs personnalités du camp présidentiel s’expriment à visage découvert et mercredi, un sénateur démocrate a appelé, pour la première fois, Joe Biden à « se retirer de la course ». Après plusieurs membres de la chambre des représentants, Nancy Pelosi, ancienne présidente de la chambre basse, presse Joe Biden de « prendre une décision ». Un coup de pression à peine voilé. 

« Une conférence de presse de grand garçon » 

Pour éteindre l’incendie, Joe Biden doit impressionner et rassurer son camp. Pour cela, la Maison Blanche promet « une conférence de presse de grand garçon », ce jeudi. L’équipe du président-candidat compte bien faire taire les critiques avec une prise de parole exceptionnelle pour Joe Biden, peu friand de l’exercice. Sans notes, sans prompteur et face à une foule de journalistes, c’est l’aisance intellectuelle et orale de Joe Biden qui sera scrutée. 

« Le président des Etats-Unis a toujours eu des problèmes d’élocution, n’a jamais aimé les conférences de presse. Le débit de Joe Biden est lent parce qu’il est bègue, mais ça demeure un combat du quotidien pour lui. Sur l’état cognitif, il a toujours été surnommé « Joe le gaffeur ». En 2019, il avait dit je suis heureux de me retrouver dans le New Hampshire alors qu’il était dans le Vermont. Néanmoins, ces problèmes se sont accrus avec l’âge, il y a aujourd’hui un risque que Joe Biden apparaisse sur la voie de la sénilité », analyse Alexis Pichard, enseignant en civilisation américaine à l’Université Paris-Nanterre et spécialiste de la politique et des médias américains. En participant à 36 conférences de presse depuis le début de son mandat, Joe Biden est l’un des présidents de l’histoire récente des Etats-Unis ayant le moins sollicité les journalistes. Le nombre de questions et la durée des échanges ne sont pas connus, une seule certitude : ils doivent permettre de rassurer sur la vitalité du président en campagne. 

L’inquiétude monte chez les démocrates 

« Le problème n’est pas tant sur son bilan et sa présidence que les démocrates sont prêts à mettre en avant. Au niveau économique et social, les réformes mises en place par Joe Biden ont été payantes, il a un bon bilan. Le doute se porte sur ses capacités cognitives et physiques, l’image donnée lors du débat face à Donald Trump a été catastrophique. Les excuses invoquant les déplacements à l’étranger ou un rhume ne sont pas bien passées dans son camp », souligne Alexis Pichard. 

Si l’anxiété monte au sein du camp démocrate, ce n’est pas uniquement à cause du risque de perdre la Maison Blanche, la candidature de Joe Biden pourrait également torpiller les équilibres au Congrès, où les démocrates tiennent encore une courte majorité au Sénat. En effet, le 5 novembre, les Américains devront également renouveler la Chambre des représentants et un tiers de la Chambre haute. « C’est quitte ou double, cette conférence de presse va déterminer si Joe Biden peut, ou non, relancer sa candidature », tranche Alexis Pichard. Pour celui qui s’était présenté comme le garant d’un retour de la confiance et de la sérénité dans la vie politique américaine, l’erreur n’est pas permise. 

« Kamala Harris, vice-présidente depuis quatre ans, n’a pas émergé comme une figure de remplacement » 

Malgré sa difficulté à incarner la « force tranquille » qu’il vantait en 2020, la mise en retrait de Joe Biden, même en cas de défaillance lors de son entretien avec les journalistes, n’a rien d’une évidence. Le natif de Scranton insiste, pour l’écarter il faudra le battre lors de la convention démocrate qui se tiendra du 19 au 22 août. « Il faut absolument prendre en compte que la décision d’un retrait ne peut venir que de Joe Biden lui-même », rappelle Alexis Pichard. Autre paramètre essentiel, les potentiels remplaçants capables de reprendre le flambeau ne se bousculent pas. « Dans les noms qui apparaissent il y a celui de Kamala Harris vice-présidente depuis quatre ans, mais elle n’a pas émergé comme une figure de remplacement, elle n’a pas donné l’impression qu’elle pouvait être l’héritière naturelle de Joe Biden », rapporte Alexis Pichard. Si l’ancienne procureure n’a pas révolutionné la fonction de vice-présidente des Etats-Unis, plusieurs élus démocrates ont mis en avant les qualités de Kamala Harris et souhaitent qu’elle occupe le Bureau Ovale. Sans se déclarer, la Vice-présidente se tiendrait prête à se jeter dans la bataille en cas de défaillance de Joe Biden. 

Parmi les autres doublures éventuelles, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, ne cache pas ses ambitions présidentielles, mais préfère se réserver pour 2028. D’autres noms sont évoqués, notamment celui de la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, ou celui du gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro.  « Malgré leurs qualités respectives, ils n’ont pas de renommée nationale, Joe Biden s’est lancé parce que dans les sondages, tous les candidats alternatifs faisaient moins bien face à Donald Trump », rappelle Alexis Pichard. 

Les donateurs démocrates sceptiques sur l’état de santé de Joe Biden 

C’est pourtant la perspective de la déroute qui inquiète certaines personnalités démocrates, notamment parmi les donateurs. L’acteur George Clooney a publié une tribune dans le New York Times pour appeler Joe Biden à se retirer de la course. En France, la situation pourrait faire sourire, mais en organisant un gala de charité le mois dernier, l’acteur a récolté 28 millions de dollars, un record pour le parti démocrate. Dans les campagnes présidentielles américaines, la course aux donations se révèle presque aussi importante que la lutte pour les électeurs. « Certains gros donateurs des démocrates ont mis en suspens leur donation où l’ont conditionné au retrait de Joe Biden. C’est un élément décisif qui pourrait influencer la décision car personne ne peut se passer des gros donateurs », estime Alexis Pichard.

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