Présidentielle américaine : la victoire de Donald Trump va créer « une situation dans laquelle Trump aura tous les leviers constitutionnels », analyse Jean-Louis Bourlanges

Ce mercredi, Jean-Louis Bourlanges, ancien président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, était l’invité de la matinale de Public Sénat. Il a notamment réagi aux résultats de l’élection présidentielle américaine. Pour l’ancien député MoDem, avec cette victoire, Donald Trump dispose de « tous des leviers constitutionnels ».
Camille Gasnier

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Depuis la convention de West Palm Beach en Floride, Donald Trump a remercié les Américains de l’avoir choisi pour être « le 47e président des Etats-Unis », qualifiant son élection de « victoire politique jamais vue dans le pays ». Plusieurs dirigeants ont déjà félicité le candidat républicain. Parmi eux, Emmanuel Macron, qui a commenté sur X/Twitter : « Félicitations Président Donald Trump. Prêt à travailler ensemble comme nous avons su le faire durant quatre années. Avec vos convictions et avec les miennes. Avec respect et ambition. Pour plus de paix et de prospérité ». C’est également le cas de Benyamin Netanyahou, de Viktor Orbán ou de Volodymyr Zelensky.

Interrogé sur ce sujet, Jean-Louis Bourlanges assure que cette victoire va créer « une situation dans laquelle Trump aura tous les leviers constitutionnels : la Maison-Blanche, la Chambre des représentants, le Sénat, la Cour suprême et une administration au carré ». En effet, si l’élection présidentielle est celle dont on parle le plus, la composition d’une partie du Sénat et de la totalité de la Chambre des représentants est également en jeu.

« Une campagne de caniveau, extrêmement véhémente, extrêmement déplaisante »

L’ancien député MoDem analyse la victoire du candidat républicain au regard de sa campagne, une campagne qu’il qualifie de « caniveau », « extrêmement véhémente et extrêmement déplaisante ». L’ex président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale a déclaré être un peu « déconcerté », affirmant qu’il y a eu un « durcissement de la campagne de Donald Trump ces derniers jours ». Il estime que le candidat républicain « a atteint un degré de véhémence tout à fait impressionnant ». Or, ce n’est pas la stratégie habituellement adoptée par les candidats à la présidence des Etats-Unis : « En général, les candidats essayent de gagner les indécis ». Mais cette méthode s’est avérée gagnante pour Donald Trump : « Il a radicalisé son discours, il n’a pas eu tort en termes tactiques, ça a produit l’effet de mobilisation qu’il attendait ».

Kamala Harris « n’a pas eu le temps de nouer le nœud que représente un projet politique présidentiel »

Du côté démocrate, Jean-Louis Bourlanges affirme que la défaite de Kamala Harris relève en partie de son arrivée tardive dans la campagne. En effet, Joe Biden, candidat initial dans la course à la Maison-Blanche, s’était retiré en juillet dernier. Kamala Harris n’a ainsi bénéficié que d’un temps restreint pour lancer sa campagne. L’ancien président de la commission des affaires étrangères déplore cette arrivée tardive : « Kamala Harris a été amenée à construire à quelques jours de la convention démocrate une campagne ». Un manque de temps qui, selon Jean-Louis Bourlanges, l’a empêché de construire un véritable programme politique : Kamala Harris « n’a pas eu le temps de nouer le nœud que représente un projet politique présidentiel […], « elle n’a pas pu faire la New Frontier de Kennedy, la Great Society de Johnson, le système de Clinton qui était assez formidable ou même le système de Reagan, le candidat à la présidence, c’est quelqu’un qui rassemble comme un champion, or elle n’a pas eu le temps de le faire ».

« Au fond, les orientations de Kamala Harris et de Donald Trump, vis-à-vis de nous en particulier, n’étaient pas structurellement différentes »

Quelles vont être les conséquences de l’élection de Donald Trump ? Sur les grandes lignes, les implications n’auraient pas été différentes en cas de victoire de Kamala Harris assure l’ex président de la commission des affaires étrangères : « Au fond, les orientations de Kamala Harris et de Donald Trump, vis-à-vis de nous en particulier, n’étaient pas structurellement différentes, ce qui était différent, c’était le style, la volonté de coopération, l’animosité ». Certains aspects de la future politique de Donald Trump avaient d’ailleurs déjà été engagés par l’administration de Joe Biden ou de Barack Obama. En effet, l’ancien député considère que le fait que « l’Amérique se replie sur ses intérêts économiques était déjà dans l’Inflation Reduction Act (IRA), l’idée qu’elle se tourne vers le Pacifique, existait déjà dès Obama, et l’idée que l’on doive se dégager de l’affaire ukrainienne, c’était déjà là dans les derniers mois ».

Ukraine : « La négociation, si elle a lieu, aura lieu entre Vladimir et Donald Trump »

En ce qui concerne le conflit russo-ukrainien, Donald Trump avait annoncé durant sa campagne qu’il le résoudrait en un jour s’il était élu. Jean-Louis Bourlanges indique que la résolution de ce conflit se fera notamment avec la Russie, considérant que « la négociation, si elle a lieu, aura lieu entre Vladimir et Donald Trump, les Ukrainiens sont évidemment concernés, mais sont des acteurs qui seront un petit peu minorés ». L’ancien président de la commission des affaires étrangères assure que ces pourparlers se feront sans l’Union européenne : « Les Européens n’ont pas la volonté [de négocier] […], les forces qui résistent sont essentiellement les forces du Nord […], on a manifesté un témoignage de solidarité fort, mais on ne s’est pas donné une obligation de résultat ».

Donald Trump va « continuer d’aider Israël sans se soucier des Palestiniens »

Enfin, sur le conflit au Moyen-Orient, la réaction du futur président des Etats-Unis est prévisible : « Il va continuer d’aider Israël sans se soucier des Palestiniens ». L’ancien député précise que « Donald Trump a toujours choisi d’ignorer une force et une cause, qui était la cause palestinienne, de s’opposer à l’Iran, et de soigner les autres pays de la région ».

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