La France est rattrapée par l’embrasement au Moyen-Orient. Sept soldats français ont été touchés dans la nuit du 12 au 13 mars par une frappe de drone sur la base kurde de Mala Qara, au Kurdistan irakien. Parmi eux, une victime est à déplorer : l’adjudant-chef Arnaud Frion, 42 ans, qui appartenait au 7e bataillon de chasseurs alpin basé à Varces-Allières-et-Risset (Isère). Ces forces françaises sont déployées depuis 2014 dans le cadre de « l’opération Chammal » en appui des forces kurdes et irakiennes qui luttent contre l’Etat islamique. « Une attaque inacceptable », a réagi Emmanuel Macron.
Derrière cette attaque, un nom revient en boucle : Ashab al-Kahf. Ce mouvement pro-iranien a menacé de s’en prendre aux intérêts français. « Tous les intérêts français en Irak et dans la région seront sous le feu de nos attaques », a averti le groupe dans un communiqué. Le timing de sa publication, quelques heures seulement après la frappe sur Mala Qara, ne laisse que peu de doute quant à la responsabilité d’Ashab al-Kahf, même si aucune revendication directe n’a été annoncée.
Soutenu par les Gardiens de la Révolution
Le groupe a exhorté les forces de sécurité irakienne à rester à au moins 500 mètres d’une base à Kirkouk, située aussi au nord de l’Irak, où se trouvent selon lui des militaires français. Ce communiqué en forme d’avertissement se veut une réponse à « l’arrivée du porte-avions français dans la zone d’opérations du Commandement central américain et son engagement dans les opérations ». Dès les premiers jours du conflit, Emmanuel Macron avait annoncé le déploiement du Charles de Gaulle à proximité de Chypre, dans les eaux méditerranéennes.
Dans la galaxie des groupes ayant prêté allégeance à la République islamique, Ashab al-Kahf fait figure de petit nouveau. Apparu en 2019, il fait partie d’une myriade de milices pro-iraniennes présentes sur le sol irakien, dont le régime iranien se sert comme d’une façade. « Ce sont des mouvements dont on parle moins, mais qui sont suivis par nos services de sécurité », assure à Public Sénat le général Dominique Trinquand. Ashab al-Kahf est ainsi soutenu par les Gardiens de la Révolution au même titre que le Hezbollah libanais et les Houthis au Yémen, mais dispose d’une force de projection moins importante.
Attaque au lance-roquette contre l’ambassade américaine
Du moins jusqu’à présent, car Ashab al-Kahf a affiché l’ambition d’étendre son périmètre d’action au-delà des frontières irakiennes. En 2024, il adopte un nouveau nom, Kataib Sarkhat al-Quds, et le justifie par cette volonté d’extension. Avant cela, le groupe avait revendiqué en Irak des attaques à l’engin explosif contre des convois et au lance-roquette, notamment contre l’ambassade américaine en novembre 2020, rapporte le Washington Institute.
Sa radicalité anti-américaine est très prononcée. Ashab al-Kahf accuse régulièrement l’exécutif irakien d’une trop grande complaisance vis-à-vis des Etats-Unis et d’Israël. En mai 2021, lorsque le Premier ministre irakien limoge des membres de milices, le groupe dénonce une soumission aux « goûts des Américains et des Anglais, avec de l’argent saoudien et émirati » et le menace d’« humiliation et de défaite », note encore le Washington Institute.
Si la responsabilité d’Ashab al-Kahf se confirme, l’attaque de Mala Qara, au Kurdistan irakien, s’inscrirait dans l’offensive plus générale de l’ensemble des milices pro-iraniennes contre les ennemis du régime. Dans son premier message aux Iraniens, le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei a appelé hier à « venger les martyrs » de la guerre déclenchée le 28 février par l’attaque israélo-américaine. Un appel du pied à ses proxis qui semble avoir été entendu.