La pique présidentielle continue de faire réagir à droite. Au cours d’un déplacement lundi dans un hôpital de l’Ariège, Emmanuel Macron, en s’adressant à un médecin algérien, avait lancé une pique aux partisans d’une ligne dure avec le pouvoir algérien, en ciblant « tous les mabouls » qui veulent « se fâcher avec l’Algérie ». Il s’était attiré les critiques de Bruno Retailleau, l’ancien ministre de l’Intérieur et actuel président de LR, dont le passage au gouvernement a été marqué par une crise ouverte avec l’Algérie.
L’une des figures de son groupe sénatorial, Roger Karoutchi, a demandé une explication de texte au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ce mercredi à l’occasion des questions d’actualité au gouvernement. « Dans le cadre des relations franco-algériennes, pouvez-vous nous donner votre définition du terme maboul ? », a requis le parlementaire des Hauts-de-Seine, avec une concision qui est devenue sa marque de fabrique dans ce type de séance.
Fort de son expérience de préfet de police de Paris ou encore de directeur général de la sécurité intérieure, le locataire de la place Beauvau, nommé le 12 octobre dernier, a défendu la nécessité de « réenclencher une discussion » au niveau sécuritaire et migratoire avec Alger, dans « l’intérêt de la France » et de « la protection même de nos concitoyens ». Un tacle à peine dissimulé à la politique intransigeante de son prédécesseur Bruno Retailleau.
« Le respect et la dignité plutôt que l’insulte »
Il a rappelé qu’il n’y avait désormais plus de laissez-passer consulaires qu’au moment de sa visite à Alger en février, étape importante dans la normalisation des relations bilatérales entre les deux pays. Le ministre a néanmoins ajouté que le gouvernement était conscient d’un « certain nombre de situations particulières » dans cette relation, citant le cas de l’écrivain Boualem Sansal, qui a séjourné un an dans les geôles du régime algérien, ou encore celui de Christophe Gleizes, journaliste condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». « C’est un dialogue exigeant, mais nécessaire, et qui est totalement assumé par le gouvernement », a conclu Laurent Nuñez.
Dans sa réplique, le sénateur LR a pointé du doigt les emprisonnements arbitraires en Algérie, ainsi que les accords « totalement déséquilibrés », au détriment de la France, des accords de 1968 liant les deux pays. « Si on devait, au plus haut niveau de l’État, utiliser des mots en arabe, je préférais sincèrement plutôt que maboul, qu’on utilise le très beau mot de charaf qui veut dire respect, loyauté et qui a d’ailleurs son équivalent en hébreu, kavod, qui veut dire la même chose, respect, dignité, loyauté », a-t-il réagi. « Et si on avait en plus le sentiment qu’on avait dans la vie publique française, le respect et la dignité plutôt que l’insulte, tout irait mieux. »