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Retrait de l’ICE, risque de Shutdown…Quelles conséquences après la mort de deux citoyens américains à Minneapolis ? 

Après la mort d’Alex Pretti et les polémiques autour de la police ICE, Donald Trump a infléchi sa stratégie annonçant un début de retrait des agents de l’ICE mobilisés à Minneapolis. En plus des réorientations de l’ICE et de la politique d’expulsion, les événements pourraient également engendrer une paralysie budgétaire pour plusieurs agences fédérales.
Henri Clavier

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Donald Trump est-il en train de changer son fusil d’épaule ? A la suite d’une « très bonne conversation » avec le maire démocrate de Minneapolis, Donald Trump a indiqué que les agents de l’agence fédérale en charge de l’immigration (ICE) allaient commencer à quitter Minneapolis. Par ailleurs, le « commandant itinérant » de l’ICE, Gregory Bovino a également été relevé de ses fonctions pour retrouver le poste qu’il occupait avant l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. 

Après la mort de deux citoyens américains, Renee Good et Alex Pretti, dans le cadre de l’opération « Metro Surge » à Minneapolis, de nombreuses voix se sont élevées, y compris au sein du camp républicain, pour critiquer l’action de l’ICE. En parallèle, les mauvais sondages sur la popularité du président à quelques mois des élections de mi-mandat ont pu participer à l’inflexion de la Maison Blanche. 

« Le malaise que cela a créé, y compris chez les Républicains, était intenable pour l’administration » 

Selon le New York Times, un long entretien s’est tenu lundi soir entre Donald Trump et Kristi Noem, la secrétaire à la sécurité intérieure des Etats-Unis. Une réunion à laquelle n’a pas participé le chef de cabinet adjoint de Donald Trump, également investi sur la politique migratoire et principal instigateur de l’utilisation de l’ICE comme une force de maintien de l’ordre. Kristi Noem et Stephen Miller avaient adopté la rhétorique la plus dure après la mort des deux citoyens américains estimant que leurs actions relevaient du « terrorisme ». Autre élément majeur, Donald Trump a annoncé que le conseiller Tom Homan, surnommé le « Tsar des frontières » allait se rendre à Minneapolis pour diriger les opérations. Le président des Etats-Unis a également indiqué que ce dernier lui rendrait compte directement désavouant à demi-mots Kristi Noem. 

Assez pour jeter les bases d’un revirement de l’administration américaine sur l’utilisation de l’ICE ? Pas nécessairement. « C’est compliqué de statuer sur les réorientations de cette police et de cette politique. Le malaise que cela a créé, y compris chez les républicains, était intenable pour l’administration. Il y a d’abord eu des tentatives pour calomnier Renee Good et Alex Pretti, ce narratif n’a cependant pas été repris par la porte-parole de la Maison blanche », explique Alexis Pichard, docteur en civilisations américaines et chercheur associé au Centre de recherches anglophones de l’université Paris-Nanterre. En effet, si certains responsables républicains, et notamment le gouverneur du Texas, ont appelé à « recalibrer » l’action de l’ICE, ces derniers considèrent toujours que les démocrates sont en partie responsables de la situation en raison du soutien apporté aux manifestants. 

Les démocrates veulent revoir le fonctionnement de l’ICE 

D’autre part, les actions de l’ICE pourraient avoir d’importantes conséquences budgétaires alors que le Sénat doit se prononcer d’ici le 31 janvier sur une douzaine de projets de loi budgétaires. Plusieurs politiques et agences fédérales sont concernées, notamment le département de la sécurité intérieure qui englobe le budget de fonctionnement de l’ICE. « Le point d’achoppement des négociations budgétaires se fera sur le financement des polices fédérales », note Alexis Pichard. « Les démocrates ont indiqué un certain nombre de conditions pour éviter le shutdown et le retrait d’ICE du Minnesota en fait partie. Les démocrates ne sont pas contre l’ICE, mais considèrent que l’augmentation du budget est dangereuse », abonde Jean-Eric Branaa, docteur en civilisation américaine et maître de conférences à l’université Panthéon-Assas. 

En effet, le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a indiqué ce week-end qu’il voterait contre les projets de loi budgétaires tant que le fonctionnement et le financement de l’ICE ne seraient pas remis en question. Selon une enquête du magazine The Atlantic, les effectifs de l’ICE ont plus que doublé enregistrant 12 000 recrues en quatre mois tandis que la durée de formation est passée de cinq mois à 47 jours. Une tendance que les démocrates souhaitent désormais enrayer. 

Un risque de shutdown ? 

« Les sénateurs démocrates n’apporteront pas les voix permettant l’adoption des lois budgétaires si le financement du département de la sécurité intérieure est inclus dedans », a déclaré le sénateur démocrate. Pour rappel, les textes budgétaires doivent être adoptés par une majorité qualifiée de 60 sénateurs ce qui contraint les républicains, pourtant majoritaires, à obtenir le soutien de certains sénateurs démocrates. 

Le projet de loi doit doter le département de la sécurité intérieure d’un budget d’environ 65 milliards de dollars (54,4 milliards d’euros) dont 10 milliards directement destinés au fonctionnement de l’ICE. S’il existe un risque de shutdown pour certaines agences fédérales, l’ICE ne devrait pas directement subir les conséquences d’un échec des négociations budgétaires. En effet, la « One big beautiful bill », adoptée le 4 juillet 2025, a doté l’agence d’un budget complémentaire de 75 milliards de dollars utilisable sur quatre ans. 

Le retour des contre-pouvoirs ?

Après avoir reculé sur son projet d’annexion du Groenland à cause du faible soutien de l’opinion publique et des menaces européennes, le président des Etats-Unis semble une nouvelle fois fragilisé sur la scène intérieure. « Ce qui fragilise Donald Trump et qui le rend accessible à la critique, même dans son camp, ce sont surtout les sondages. Parce qu’il subit un retour d’impopularité, il est à portée de tir », relève Alexis Pichard. Un nouveau revers pourrait d’ailleurs surgir si la Cour suprême venait à rendre une décision négative sur les droits de douane décidés par Trump depuis son retour au pouvoir. 

« Depuis la réélection de Donald Trump aucun contre-pouvoir ne semble avoir joué son rôle. Les contre-pouvoirs n’ont pas fonctionné pendant un an, mais aujourd’hui on observe des failles comme lorsque cinq sénateurs républicains se sont alliés aux démocrates pour faire avancer une résolution visant à limiter les pouvoirs militaires de Donald Trump au Venezuela », note Alexis Pichard. Les contre-pouvoirs législatifs pourraient être revigorés en cas de victoire des démocrates lors des élections de mi-mandat. « Pour la base électorale de Donald Trump, le contrat est rempli. Cela permet surtout aux démocrates de s’opposer et de se ressaisir des contre-pouvoirs », nuance Jean-Eric Branaa.

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