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Le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte et le président américain Donald Trump lors du forum de Davos, en Suisse, le 21 janvier 2026.

Revirement de Donald Trump sur le Groenland : « Toute dissension interne au sein de l’Otan donne du grain à moudre à Vladimir Poutine et à Xi Jinping »

Après des jours de menaces croissantes d’annexion du Groenland, le président américain Donald Trump a finalement annoncé mercredi soir « avoir conçu » avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, « le cadre d’un futur accord » concernant le territoire autonome danois. Si les termes de ce document demeurent pour le moment très flous, le républicain semble avoir abandonné l’idée d’utiliser la force pour récupérer la région. Mais l’Alliance atlantique ressort de l’épisode une nouvelle fois affaiblie.
Théodore Azouze

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Il est enfin sorti du bois. Silencieux depuis des jours sur les menaces posées par Donald Trump sur le Groenland, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte est réapparu à l’occasion du Forum économique de Davos, en Suisse, pour une nouvelle session de flatterie vis-à-vis du président américain. « Cher Donald – ce que vous avez accompli aujourd’hui en Syrie est incroyable », a écrit l’ex-Premier ministre néerlandais au républicain, dans un texto révélé par le locataire de la Maison-Blance sur Truth Social mardi. « J’utiliserai mes interventions médiatiques à Davos pour mettre en valeur votre action là-bas, à Gaza et en Ukraine. Je suis déterminé à trouver une solution sur le Groenland. »

En coulisses, Mark Rutte, qui entretient d’excellentes relations avec Donald Trump, s’est affirmé comme une sorte de médiateur sur le dossier groenlandais. Annexion de l’île arctique, risque de nouveaux droits de douane vis-à-vis des pays européens, critiques de dirigeants alliés… Ces derniers jours, la crise transatlantique a paru atteindre des sommets de tension entre les Etats-Unis et le Vieux continent. Jusqu’à ce que, mercredi soir, Donald Trump annonce une avancée importante. Depuis la Suisse, il a alors affirmé avoir mis en place « le cadre d’un futur accord » concernant le territoire autonome danois, après une « réunion très productive » avec le secrétaire général de l’Otan. 

Une ébauche d’accord aux termes nébuleux

Que contient cette ébauche de traité ? Difficile aujourd’hui de le savoir, tant ses termes demeurent flous. Citant une source proche des discussions, l’AFP rapporte que le Danemark pourrait renégocier l’accord de défense signé en 1951 entre les deux pays. Ce texte facilite déjà grandement l’envoi de troupes américaines au Groenland. Plus tôt dans la journée, le New York Times mentionnait des informations encore plus précises : plusieurs responsables de l’Otan confiaient au journal new-yorkais que de petites parcelles groenlandaises pourraient être transformées en territoires américains pour y construire des bases de l’US Army. Aucun de ces éléments n’a néanmoins été confirmé officiellement.

Si Mark Rutte se mobilise tant pour trouver un compromis entre Washington et Copenhague, deux partenaires historiques, c’est avant tout pour limiter la casse symbolique de la brouille au sein de l’Alliance atlantique. L’article 5 du traité de l’Atlantique nord prévoit en effet la solidarité entre pays membres. « Les dissensions entre les pays alliés ne sont pas une bonne chose pour l’Otan, parce que ça érode sa posture dissuasive », explique à Public Sénat Estelle Hoorickx, spécialiste de l’Otan et chercheuse à l’Institut supérieur de défense de Bruxelles. Or, poursuit l’experte, « c’est ça qui fait la force de l’Otan ». Une union fortement mise à mal depuis un an et le début du second mandat de Donald Trump. Ce dernier ne manque jamais l’opportunité de critiquer ses alliés européens, dénonçant encore mercredi à Davos une relation « à sens unique » au sein de l’Otan. 

Le recul de Trump, un « succès relatif, mais fragile » des Européens ?

Le républicain est pourtant déjà parvenu à obtenir des efforts de la part des autres membres de l’organisation. Lors du dernier sommet de La Haye (Pays-Bas), en juin dernier, il avait contraint l’ensemble des pays intégrés à l’Otan à augmenter leurs dépenses de défense et de sécurité à hauteur de 5% de leur produit intérieur brut. Une « grande victoire », s’était-il félicité à l’époque, alors de nouveau chaleureusement salué par Mark Rutte. Si l’entreprise de louanges dressées en permanence par le chef de file otanien au président américain peut interpeller, la méthode semble relever d’une stratégie pensée pour ne pas brusquer Donald Trump, qui avait menacé de quitter l’Alliance lors de son premier mandat, en 2018. 

« Les dernières déclarations du secrétaire général de l’Otan [sur le Groenland] s’inscrivent dans le prolongement d’une stratégie européenne concertée », confirme auprès de Public Sénat Alexandre Negrus, président de l’Institut d’études de géopolitique appliquée. Pour lui, le Vieux continent a su réagir par « une ambiguïté maîtrisée » aux avertissements de Donald Trump, par exemple en envoyant sur l’île danoise des militaires dans le cadre d’un exercice militaire – certes prévu de longue date. « Pour les Européens, la séquence actuelle autour du Groenland peut être analysée comme un succès relatif, mais fragile », tempère l’analyste.« La réponse européenne a été calibrée avec une grande intelligence stratégique. »

L’Otan « affaiblie par les coups de boutoir » du président américain

Malgré cette légère désescalade, la prudence reste de mise sur le continent européen. La crise a au moins eu le mérite de mettre en avant la nécessité stratégique pour les alliés de l’Otan de s’impliquer sur le continent arctique. La région devient en effet de plus en plus cruciale au niveau géopolitique, entre autres pour ses gigantesques réserves minières, gazières et pétrolières. Le contrôle de futures routes commerciales, formées par la fonte des glaces dans l’océan Arctique sous l’effet du réchauffement climatique, attire aussi les convoitises. « Les pays de l’Otan sont tout à fait conscients de ce que l’Arctique représente pour la sécurité de la zone euro-atlantique et de ce qu’elle peut avoir comme importance au niveau stratégique », relève Estelle Hoorickx, qui juge donc « étonnant » de voir Donald Trump si offensif sur cette problématique vis-à-vis du Danemark, un de ses alliés historiques.

Forcément, la Russie, qui possède une large part de son littoral au-dessus du cercle polaire arctique, et la Chine, lorgnent également sur ces avantages actuellement peu exploités dans la région. Les deux puissances tentent de renforcer leur influence dans la zone face aux Etats-Unis. Le désordre au sein de l’Alliance atlantique profite donc à Pékin et à Moscou. « Toute dissension interne au sein de l’Otan donne du grain à moudre à Vladimir Poutine et à Xi Jinping », expose Alexandre Negrus, alors que l’invasion des troupes du Kremlin en Ukraine représente toujours aujourd’hui la principale menace pour les dirigeants européens. Dans ce contexte, « l’Alliance Atlantique reste affaiblie par les coups de boutoir de Donald Trump », elle « résiste aujourd’hui en tant qu’organisation ». 

Lors d’une nouvelle prise de parole ce jeudi à Davos pour annoncer la création de son « Conseil de la paix », nouvel organe censé concurrencer les Nations unies, Donald Trump s’est dit proche de « régler » le conflit entre Kiev et Moscou. Dans la foulée, le président américain a rencontré son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui tente tant bien que mal de s’assurer du soutien de Washington. Lors de son intervention au forum de Davos, le dirigeant a eu le sens de la formule au moment de livrer son analyse de la situation internationale et de la position de ses alliés du continent. « Au lieu de devenir une vraie puissance mondiale, l’Europe reste un kaléidoscope beau mais fragmenté de petites et moyennes puissances », a-t-il déploré. « [La puissance européenne] a l’air perdu lorsqu’elle essaye de convaincre le président américain de changer. »

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