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Rivalité Chine-Etats-Unis : « L’Iran, dans ce jeu, est un élément secondaire »

La Chine se fait discrète depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par l’attaque israélo-américaine de l’Iran le 28 février dernier. Pourtant, le pays est au cœur des enjeux de la zone, par sa forte dépendance au pétrole iranien et sa rivalité ouverte avec les Etats-Unis.
Mathilde Nutarelli

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L’attaque conjointe Israël-Etats-Unis sur l’Iran le 28 février dernier et la riposte iranienne ont lancé le Moyen-Orient dans un engrenage qui retentit bien au-delà de la zone géographique. Parmi les pays concernés, il en est un qui se fait discret et qui pourrait pourtant être au centre du jeu : la Chine.

« On ne peut pas prouver ni affirmer qu’il y ait un grand plan américain contre la Chine mais c’est une hypothèse de travail »

Dans le désordre actuel, il est un pays qui ne vient pas à l’esprit immédiatement, c’est la Chine. Donald Trump ne s’en cache pas : sa grande rivale, c’est elle. Or, en deux mois, il a frappé deux de ses proches partenaires économiques : le Venezuela, qui est le premier fournisseur de pétrole en Amérique latine de l’Empire du milieu et l’Iran qui est son premier fournisseur de pétrole au Moyen-Orient.

D’après le spécialiste de la zone Pierre Razoux, auditionné par la commission des affaires étrangères du Sénat le 4 mars dernier, l’attaque américaine sur l’Iran, qui a épargné ses infrastructures pétrolières, peut être un message envoyé à la Chine. « Cela peut être un moyen de leur dire : ‘On contrôle le pétrole du Venezuela, qui représente 4 à 5 % des importations chinoises et maintenant le pétrole de l’Iran, qui en représente 12 à 13 %. Si on détruit les infrastructures pétrolières iraniennes, ce n’est plus dans la balance de la négociation, mais si on le maintient, on peut négocier’ ». Or, Donald Trump et Xi Jinping doivent se rencontrer pour échanger sur le commerce international au mois d’avril, après la trêve dans la guerre commerciale conclue par les deux géants en octobre dernier. « On ne peut pas prouver ni affirmer qu’il y ait un grand plan américain contre la Chine », nuance Marc Julienne, spécialiste de la Chine et directeur du centre Asie de l’Ifri, « mais c’est une hypothèse de travail ».

« L’Iran représente 12 % du total du pétrole chinois »

En effet, la Chine de Xi Jinping a des intérêts vitaux au Moyen-Orient : une grande partie de son pétrole et de son gaz naturel liquéfié provient des pays du Golfe. « Les Chinois ont à peu près 45 % de leur approvisionnement en pétrole qui provient des pays du Golfe et l’Iran représente 12 % du total du pétrole chinois. C’est absolument significatif », explique Theo Nencini, chercheur doctorant à Sciences Po Grenoble et là l’ICP et chercheur associé au projet CHINAMed. Le reste lui est fourni par la Russie, pour la majorité.

« Plus longtemps la crise dure et plus forte est la pression sur la Chine »

Ainsi, le blocage du détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique au golfe d’Oman et par lequel transitent 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, dont les Iraniens revendiquent le contrôle depuis le 4 mars, joue en défaveur de la Chine. « A très court terme, il n’y aura pas de tensions particulières pour la Chine, mais ça ne saurait tarder », analyse le chercheur. « Plus longtemps la crise dure et plus forte est la pression sur la Chine », explique Marc Julienne. « Toute diminution de ses approvisionnements en pétrole va forcément faire pression sur l’industrie. Or, l’économie chinoise ne repose que sur un seul moteur essentiel : son industrie, qui est très énergivore », précise-t-il. « Deux mécanismes jouent : la pression sur la quantité d’approvisionnement et la hausse des prix. Si les prix du pétrole augmentent fortement, cela constituera une pression pour l’économie chinoise ».

Or, le pays est déjà dans une mauvaise passe économique : ses dirigeants ont dû revoir à la baisse leurs objectifs de croissance pour 2026, dévoilés ce jeudi. « C’est la première fois qu’ils se situent entre 4,5 % et 5 %. Pendant trois ans, ils ont été de 5 % et étaient encore plus élevés avant », rappelle Marc Julienne, « le dynamisme économique chinois n’est pas là ».

« [La Chine] a de très bonnes relations avec tout le monde dans la région »

Pour ne pas mettre encore plus à mal son économie, la Chine a donc intérêt à ce que les choses se stabilisent. Pour autant, Theo Nencini en est convaincu, elle n’interviendra pas directement dans le conflit. « Les Chinois n’ont pas les moyens d’intervenir, ni physiquement ni militairement », explique-t-il, « ils sont en phase d’observation ».

Il faut dire que le positionnement diplomatique chinois dans la zone ne facilite pas la tâche. « Elle a de très bonnes relations avec tout le monde, y compris les pays les plus antagonistes : l’Iran et Israël, l’Arabie saoudite et le Qatar. Elle vend, produit, importe et ne s’implique pas dans les enjeux territoriaux, religieux », explique Marc Julienne. Ce qui ne l’a pas empêché de condamner l’attaque israélo-américaine du 28 février. Mais cette prise de position diplomatique ne se traduira pas en actes, les spécialistes en sont convaincus. « Le Moyen-Orient n’est pas leur préoccupation principale, mais ils ont intérêt à une stabilité », explique Theo Nencini. Pour jouer l’apaisement, Pékin a néanmoins envoyé ce mercredi un émissaire pour prendre contact avec les pays du sud du Golfe.

Ainsi, l’Iran et le Moyen-Orient ne seraient que des pièces dans le jeu de deux superpuissances du XXIe siècle qui se livrent une guerre larvée depuis plusieurs années ? « On est dans la rivalité du siècle, entre deux très grandes puissances aux enjeux technologiques, militaires, commerciaux, idéologiques, … L’Iran, dans ce jeu, est un élément secondaire. Sur l’échiquier, c’est un pion et pas un roi », conclut Marc Julienne.

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