Earthquake leaves more than 2000 dead in Azizmiz, Morocco – 10 Sept 2023
Two women carry another injured woman in front of a house destroyed by the earthquake in the city of Azizmiz. The earthquake in Morocco on Friday 8 September was the worst in the country's history, leaving more than 2,000 people dead. - Ximena Borrazas / SOPA Images//SOPAIMAGES_sopa0102588/Credit:SOPA Images/SIPA/2309110918

Séisme au Maroc : « Le Maroc est un Etat souverain qui détermine seul qui a le droit d’intervenir sur son sol »

Dans la nuit de vendredi à samedi, le Maroc a connu son séisme le plus meurtrier depuis plus de soixante ans. Il a dévasté des villages entiers dans une région située au sud-ouest de la cité touristique de Marrakech, faisant des milliers de morts. Christian Cambon (LR), président du groupe d’amitié France-Maroc et président de la commission des affaires étrangères de la défense et des forces armées au Sénat, estime que les deux pays doivent reprendre le chemin d’une coopération plus étroite.
Steve Jourdin

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Quelle est votre première réaction à cette catastrophe ? 

C’est un sentiment d’effroi et d’épouvante. Je souhaite adresser toute ma compassion aux Marocains. Il s’agit d’une région que je connais bien et qui est difficile d’accès, avec des douars reculés pour lesquels les opérations de sauvetage sont très compliquées. C’est une nouvelle catastrophe qui s’abat sur le Maroc, qui me touche à titre personnel et en tant que président du groupe d’amitié France-Maroc du Sénat.

On sent une émotion particulière chez les Français, alors que les dirigeants des deux pays sont brouillés depuis plusieurs années…

Le froid entre les dirigeants n’a pas lieu d’être dans une telle épreuve. Le Maroc et la France sont des pays liés par une amitié profonde, ancienne, culturelle. Je n’oublie pas non plus, en tant que président de la commission des affaires étrangères de la défense et des forces armées du Sénat, que les Marocains nous ont grandement aidés lorsque nous étions engagés au Sahel.

C’est l’un des pays d’Afrique du Nord les plus marqués par la francophonie, avec des dizaines d’écoles implantées sur tout le territoire. Il s’agit enfin d’une destination touristique très prisée de nos compatriotes. Pour toutes ces raisons, il faut mettre nos différends de côté et coopérer.

Au-delà de l’affaire Pegasus, l’enjeu diplomatique de cette brouille est notamment la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Pourquoi, contrairement à Washington, Berlin ou Madrid, le Quai d’Orsay freine-t-il des quatre fers sur ce dossier ?

Il s’agit d’un sujet de discorde entre nos deux pays. Emmanuel Macron et le gouvernement affichent leurs divergences vis-à-vis du Maroc et de sa volonté de reconnaissance sur cette région. Notre position au groupe d’amitié France-Maroc est différente : il faut que la France évolue vers une reconnaissance de souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, à l’image de ce qui a déjà été fait par l’Espagne, les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. Il ne s’agit pas de le faire dans l’immédiat, il ne faut pas mettre un tel dossier sur la table dans un texte contexte de catastrophe humanitaire. Mais les choses doivent évoluer.

 

Le Maroc voit d’un mauvais œil la politique de réchauffement engagé par Emmanuel Macron à l’égard d’Alger. Avec le recul, est-ce que cette politique était la bonne ?

Il faut éviter ce genre de polémiques en ce moment. Nous ne devons pas ressasser l’histoire des visas. Les deux chefs d’Etat, français et marocain, doivent prendre leur responsabilité. Il faut affirmer avec force la souveraineté du Maroc, et sa capacité à juger ce dont le pays a besoin en matière humanitaire. Le Maroc est un Etat souverain qui détermine qui peut intervenir sur son sol. N’ayons pas de réaction de susceptibilité. Les relations ne sont pas au beau fixe entre la France et le Maroc, mais notre rôle au groupe d’amitié France-Maroc est de tout faire pour que cela change.

 

L’historien spécialiste du Maroc, Pierre Vermeren, estime que le Maroc est « sorti de la famille France ». Vous partagez cette analyse ?

Je conteste formellement ce point, ce qui ne veut pas dire que le Maroc appartienne à la France. Le Maroc et la France doivent continuer à avoir des relations privilégiées, au titre de la francophonie, de la Méditerranée occidentale et de cette longue histoire d’amitié qui nous lie. Le Maroc n’est pas une possession de la France. Il faut traiter Rabat avec respect et s’attacher à renforcer nos échanges. C’est le devoir de tous les élus de la République.

Partager cet article

Dans la même thématique

US Hantavirus Ship
6min

International

Hantavirus : la gestion américaine du virus inquiète

Depuis la découverte d’un foyer d’infection à l’hantavirus, les Etats-Unis se distinguent des pays européens par leur prise en charge plus laxiste des patients. Le signe d’une fragilisation de leur principale autorité sanitaire, marquée par les départs et les coupes budgétaires depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Le

porte-avions
7min

International

Blocage du détroit d’Ormuz : pourquoi le porte-avions Charles de Gaulle se rapproche de l’Iran ?

Après avoir franchi le canal de Suez, le 6 mai dernier, pour rejoindre la mer Rouge, le porte-avions Charles de Gaulle va être déployé dans le golfe d’Aden. La France prépare, aux côtés notamment de la Grande-Bretagne, une mission « défensive » qui vise à assurer la circulation dans le détroit d’Ormuz, « après la sortie de la phase la plus chaude du conflit », avait précisé Emmanuel Macron. Mais Téhéran voit d’un mauvais œil l’initiative et menace d’une « réponse ferme et immédiate ».

Le

Congress Critical Minerals
5min

International

Trump en Chine : En déstabilisant l’ordre ancien, les États-Unis permettent à la Chine de se présenter comme la nouvelle force de stabilité

Le président Donald Trump entame ce mercredi une visite de deux jours en Chine dans un contexte international explosif (guerre au Moyen-Orient, tension sur les hydrocarbures, avenir de Taiwan). Pour Romuald Sciora, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l'IRIS, auteur de « America 250 » (Point Nemo), cette visite s’inscrit dans le cadre d’une bascule géopolitique historique.

Le