Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth va devoir s’expliquer mercredi 29 avril sur la conduite de la guerre en Iran, lors de sa première audition parlementaire depuis le début d’un conflit qui s’enlise, malgré un cessez-le-feu prolongé par Donald Trump. Le chef du Pentagone, très critiqué par l’opposition démocrate, fera face aux questions des membres de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants aux côtés de Dan Caine, le chef d’état-major américain.
Depuis le début de la guerre, le 28 février, des parlementaires des deux bords ont critiqué l’exécutif américain pour le manque d’information qui leur a été fournie, alors qu’il est d’usage que certains d’entre eux soient régulièrement informés avec des renseignements classés secret défense. Pete Hegseth, figure particulièrement clivante du gouvernement de Donald Trump, risque ainsi de faire face à des questions appuyées de l’opposition démocrate, alors que les conséquences économiques de la guerre se font sentir dans le monde entier et jusque dans l’opinion américaine avec une hausse des prix à la pompe.
« Il est temps qu’il réponde d’une guerre lancée par choix »
« Il est temps qu’il réponde d’une guerre lancée par choix », a salué la députée démocrate Maggie Goodlander. Les questions sur les victimes civiles de la guerre, la préparation des Etats-Unis aux représailles de Téhéran et la logique stratégique du Pentagone devraient dominer l’interrogatoire de Hegseth par les membres de la commission, ont expliqué plusieurs collaborateurs du Congrès à la chaîne ABC.
D’autant que Donald Trump et son gouvernement ont multiplié les déclarations contradictoires sur les objectifs de la guerre et les manières d’y mettre fin. Le Président américain alterne entre appels aux négociations et messages belliqueux. Ce mercredi matin, il a posté une photo modifiée de lui, fusil d’assaut à la main, devant un Iran en proie aux explosions, surmonté du message « No more Mr. Nice Guy » (« Fini de jouer les gentils »).
Demande d’enquête sur les six soldats tués au Koweît
Cette conduite erratique de la guerre irrite les élus démocrates, qui ont lancé six procédures visant à démettre Pete Hegseth de ses fonctions, sans réel espoir d’y parvenir. Avec certains parlementaires républicains, ils n’ont toujours pas digéré que l’exécutif américain n’ait pas consulté le Congrès avant de déclencher ce conflit, alors que la Constitution exige son accord pour formellement « déclarer » la guerre. Les démocrates ont également plusieurs fois échoué à faire passer une résolution pour limiter les pouvoirs militaires de Donald Trump en Iran.
Plus d’une dizaine d’entre eux ont aussi demandé la semaine dernière l’ouverture d’une enquête sur la mort de six soldats américains au Koweït dans les premiers jours du conflit, estimant que le ministre avait « induit le public en erreur sur les circonstances de l’attaque ». Au total, 13 militaires américains ont été tués depuis le 28 février, et 400 ont été blessés.
Explosion du budget
Les parlementaires devraient aussi interroger Pete Hegseth sur le coût de la guerre, tant d’un point de vue strictement budgétaire que sur l’utilisation à grande échelle de missiles aux stocks limités. Car l’audition porte officiellement sur la demande de l’exécutif américain d’augmenter de 42% le budget américain de la défense, déjà faramineux, pour le porter à 1 500 milliards de dollars en 2027, l’équivalent du PIB des Pays-Bas.
L’audition pourrait enfin porter sur la vague de départs dans les plus hauts postes du Pentagone, ou sur l’utilisation de l’intelligence artificielle au sein des forces armées. L’entreprise Anthropic est en conflit avec le ministère de la Défense pour avoir refusé que ses outils d’IA soient utilisés pour la surveillance de masse des citoyens américains et pour rendre des armes totalement autonomes.
(Avec AFP)